La victoire incontestable des libéraux de Philippe Couillard s'est traduite par l'effondrement des majorités péquistes, même dans le château-fort du Saguenay-Lac-Saint-Jean.

Effondrement et débandade

La victoire incontestable des libéraux de Philippe Couillard s'est traduite par l'effondrement des majorités péquistes, même dans le château-fort du Saguenay-Lac-Saint-Jean.
Le PQ a perdu 6000 voix en moyenne dans chaque comté. La majorité de Stéphane Bédard est passée de 8000 à 1 600, celle d'Alexandre Cloutier de 11 000 à moins de 5 000, celle de Sylvain Gaudreault de 10 000 à 5 000. Idem dans Dubuc, où le libéral Serge Simard a grugé 6000 voix, faisant mieux qu'en 2008. À Roberval, 12 000 électeurs ont changé de camp. Un premier ministre, ça ne se refuse pas.
Roberval jouit d'un premier ministre comme député provincial et du ministre fédéral conservateur le plus puissant au Québec. Avec des élections fédérales dans un an demi, ça laisse le temps à M. Couillard de fixer des objectifs concrets et d'en discuter avec le ministre Lebel. Si avec ça, les dossiers touchant l'industrie forestière ne bougent pas...
Le patron de Produits forestiers Résolu doit rire dans sa barbe; il a embauché Karl Blackburn, ancien député de Roberval, issu d'une famille Jeannoise influente en politique. M. Blackburn été directeur général du Parti libéral jusqu'à récemment, connaît tout du parti et de Roberval, et PFR parie sans doute que son lobbyiste aura un accès privilégié au PM... qui marchera sur un fil de fer dans ce dossier!
Foi aux régions
Philippe Couillard a été le seul chef à répéter sa profession de foi envers les régions éloignées. Bien sûr, en restant vague sur les moyens. Il a livré son discours victorieux dans son comté, se contentant d'une accolade virtuelle avec les ténors élus de son parti à Montréal. Il a répété sa fierté d'être élu «chez moi». Pour appartenir au pays des Bleuets, il faut montrer patte bleue ostensiblement!
La dernière journée de campagne du chef libéral l'a amené dans quatre régions éloignées. Pauline Marois a renoncé à visiter même le Saguenay. Le calcul était bon: sa visite n'aurait pas sauvé Dubuc. Mais cela laisse un goût amer.
Philippe Couillard a quatre ans pour prouver que son attachement aux régions ne tient pas de pur électoralisme stratégique, mais qu'il a un plan. Son style très cérébral, ses notes lues, font de lui un piètre orateur. Même des mots chaleureux sonnent froids dans le ton. Comme neurochirurgien, il a sans doute appris à détacher l'émotion du métier. Sauf qu'en communication, l'émotion reste la porte d'entrée vers le cerveau des électeurs.
Débandade
La débandade comporte bien des leçons pour le PQ. Les Québécois l'ont puni durement pour ces élections hâtives, basées sur des sondages de popularité, sans avoir posé la question qui tue: «souhaitez-vous un gouvernement majoritaire, impliquant des élections maintenant?» Il n'a même pas essayé de s'entendre avec les autres sur la Charte et le budget.
Résultat: nous attendrons la prochaine crise d'accommodement déraisonnable parce qu'aucune loi ne stipule que les services publics doivent être donnés et reçus à visage découvert, et que l'égalité des hommes et des femmes dans la vie civile prime sur les croyances religieuses, deux points qui faisaient l'unanimité. Peu, c'est mieux que rien!
L'électeur passe au PQ le même message qu'au Bloc québécois; il ne veut ni référendum, ni souveraineté, mais un gouvernement qui administre prudemment. Les challengers qui lorgnent déjà la place de chef ont rendu un hommage quasi funèbre et un brin indécent à Pauline Marois sur la scène lundi soir. Tous ont brandi le flambeau de l'indépendance, faisant scander à la maigre assistance «on veut un pays!».
Le peuple vient de dire non. La campagne péquiste s'est effondrée lorsque le spectre d'un référendum est apparu. Avec une base militante vieillissante, le PQ doit revoir son article 1. Guettez l'implosion! Sinon, il ne reprendra le pouvoir que si les libéraux gaffent vraiment beaucoup. Et si la CAQ, à 2% du vote du PQ, ne le supplante pas comme alternative...
Pourvu que la Commission Charbonneau ne nous fasse pas regretter la majorité libérale!