Économie de la région: un changement de cap s'impose

La diversification de l'économie est en effervescence au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Les secteurs du tourisme, de l'agroalimentaire et de la construction seront appelés à prendre une place de plus en plus importante en 2017 et 2018. Et cela aura des impacts tant sur l'emploi et la démographie que sur le marché de l'habitation.
« Le Sommet économique régional de 2015 marque un tournant assez important dans la région au chapitre des efforts de diversification et de concertation qui sont mis de l'avant et ça se reflète sur différentes sphères », note l'économiste Chantal Routhier.
Tel est le principal constat qui se dégage de la plus récente étude économique réalisée par Desjardins et dont le contenu est rendu public aujourd'hui, mercredi.
Dans le secteur de l'aluminium, les efforts de rationalisation des coûts se poursuivent au sein des grandes entreprises alors que dans la foresterie, les négociations canado-américaines sur le bois d'oeuvre amènent déjà leur lot d'incertitudes. L'essentiel de la croissance du PIB de la région proviendra donc d'autres secteurs.
« À l'origine, l'économie était très axée sur l'aluminium et la foresterie. Nous constatons une phase de transition depuis le Sommet économique, où plusieurs acteurs locaux se mettent en action pour introduire de nouveaux vecteurs de croissances dans l'économie, comme le secteur maritime avec la zone aéroportuaire qui s'implante à Saguenay. On sent vraiment un élan très fort pour diversifier l'économie et c'est un message extrêmement porteur», commente le grand patron du Mouvement Desjardins, Guy Cormier.
« Sans négliger les secteurs de l'aluminium et de la foresterie, on essaie d'en faire émerger de nouveaux, dont le tourisme. Le processus est bien enclenché, il est en marche et on constate déjà des résultats. Ceux-ci ne vont aller qu'en augmentant dans les prochaines années », ajoute Mme Routhier.
Tourisme
En 2016, le Saguenay-Lac-Saint-Jean a affiché sa meilleure performance en 10 ans dans l'industrie touristique.
La région occupe le troisième rang dans les ports d'escale au Québec, après Montréal et Québec. Un investissement de six millions de dollars pour l'ajout de nouvelles infrastructures portuaires à La Baie viendra répondre à la demande grandissante des croisières internationales. 
D'ici 2022, la Corporation du circuit cyclable « Tour du lac Saint-Jean » réalisera un plan d'action afin que la Véloroute des Bleuets devienne la destination par excellence en Amérique du Nord. Un partenariat entre Tourisme Saguenay-Lac-Saint-Jean et la Norvège a aussi été signé pour développer le créneau Tourisme d'aventure. 
Parmi les autres projets, Desjardins note la création d'un nouvel organisme de promotion et de développement touristique à Dolbeau-Mistassini, en décembre 2016 et du Bureau des congrès de Tourisme Alma Lac-Saint-Jean, en janvier 2017.
Démographie
La diversification de l'économie permet aux employeurs de la région d'offrir des perspectives d'emplois intéressantes. Cela aura une incidence directe sur la démographie. Alors que le Saguenay-Lac-Saint-Jean perdait 660 citoyens en 2009, on en comptera 37 de plus en 2019, ce qui constitue une nette avancée. « Nous ferons un pas important. Les besoins de la population vont demeurer en croissance si on perd de moins en moins de personnes », souligne Mme Routhier.
« Plusieurs entrepreneurs sont à la recherche d'employés qualifiés. Il y a là un défi de rétention des jeunes et d'attraction de nouveaux arrivants à relever. Il faut être attractif », pointe M. Cormier. 
Habitation
En 2017 et 2018, un retour à la croissance est attendu dans le marché de la revente de propriétés existantes, selon les prévisions de Desjardins. 
« Le marché de la revente bénéficiera d'un effet de stimulus qui sera en lien avec le développement de l'activité économique. Nous avons senti un certain ralentissement en 2015-2016 avec ce qui se passe dans les domaines de l'aluminium et de la foresterie », pointe Guy Cormier.
« S'il y a moins de gens qui quittent la région et davantage de nouveaux arrivants, ça devrait se répercuter favorablement sur le marché de l'immobilier », souligne Chantal Routhier. 
Pour ce qui est de la construction neuve, le marché est en diminution dans les différents segments, que ce soit dans la maison, le condo ou le logement locatif.
Guy Cormier, président du Mouvement Desjardins.
Plusieurs projets risquent d'aboutir
Les investissements se sont affaiblis de 12% en 2015-2016 avec l'achèvement de plusieurs chantiers, tels que le parc éolien de Rivière-du-Moulin, le prolongement de la route 167 et l'érection du centre de détention de Roberval. Selon les chiffres de l'Institut de la statistique du Québec, ils s'élèvent à 1,1 G$.
Toutefois, ils auront tendance à se stabiliser, voire à s'accroître légèrement en 2017-2018 avec les nombreux autres projets qui se poursuivront dont la construction de la nouvelle ligne de 735 Kv de la Chamouchouane-Bout-de-l'Île par Hydro-Québec et l'agrandissement de l'urgence de l'hôpital d'Alma.
Il faudra surveiller ce qui découlera de l'annonce de la minière Métaux BlackRock qui veut s'installer au terminal portuaire de Grande-Anse pour y construire son usine de transformation du concentré de vanadium-titane-magnétite provenant de la mine de Chibougamau. 
Quant au projet d'une mine d'apatite par Arianne Phosphate au lac à Paul, il est toujours en élaboration, alors que Port Saguenay poursuit les consultations pour la construction d'un terminal maritime estimé à 225 M$. L'entreprise GNL Québec a aussi mentionné ses intentions d'ériger un complexe industriel de liquéfaction de gaz naturel évalué à 7,5 G$, à Grande-Anse. De son côté, Hydro-Québec projette l'installation d'une nouvelle ligne électrique entre la Côte-Nord et le Saguenay-Lac-Saint-Jean de 2019 à 2022.
Les perspectives restent modestes
L'ensemble du Saguenay-Lac-Saint-Jean affiche des perspectives somme toute modestes en regard d'autres régions du Québec pour 2017-2018. Le marché du travail progressera à très bas régime et le taux de chômage sera parmi les cinq plus élevés du Québec.
Quant aux industries de la forêt et de l'aluminium, elles demeureront sous pression.
Dans la foresterie, les difficultés, entre autres, à l'approvisionnement et aux négociations entre le Canada et les États-Unis sur le bois d'oeuvre, ralentiront l'industrie. La surtaxe de 17% à 20% imposée par le département américain du Commerce sur le papier surcalandré en provenance du Canada continuera d'affecter négativement la compétitivité et la rentabilité des entreprises qui exportent aux États-Unis. Cela sera notamment le cas des usines de Produits forestiers Résolu situées à Dolbeau-Mistassini et Kénogami (voir textes en p.10).
Or, les efforts pour trouver de nouveaux débouchés se poursuivent, notamment à l'usine de Produits forestiers Résolu à Kénogami où une étude sera réalisée pour identifier des activités de remplacement à la suite de la fermeture de la machine numéro 6 en 2011. De plus, 16 M$ ont été investis en 2016 pour accroître la compétitivité de cinq scieries dans la région et l'entreprise projette d'injecter 25 M$ pour développer le marché des filaments cellulosiques.
Dans l'aluminium, les prix sur les marchés mondiaux devraient croître en 2017 et en 2018, mais modestement. Les efforts de rationalisation des coûts se poursuivront donc au sein des industries et Rio Tinto n'échappera pas à cette tendance. Ainsi, la phase 2 à l'usine d'Alma de Rio Tinto, entre autres, demeure donc tributaire de l'amélioration des conditions sur les marchés internationaux. Toutefois, l'entreprise poursuit la diversification de ses activités, notamment dans le domaine de l'automobile.
Ce qu'ils ont dit
« Lorsque l'on regarde les deux fondamentaux qui gèrent notre économie, soit la forêt et l'aluminium, on n'y voit pas une décroissance, mais plutôt un maintien. La région dispose de trois créneaux d'excellence, soit l'aluminium, l'agroalimentaire nordique et le tourisme d'aventure. Il faut profiter de cette reconnaissance pour laquelle le milieu a travaillé à se faire reconnaître. Il y a un beau potentiel dans ces secteurs-là pour l'avenir et les acteurs actuels ont su faire leur marque. Si la région peut les accompagner de façon plus marquée, c'est définitif que l'on pourra créer plus d'emplois et de richesse. » -Arthur Gobeil, président de la Vallée de l'aluminium
« À quelques égards, c'est malheureusement un sombre portrait de la région qui y est dressé. Ces indicatifs nous présentent la réalité existante. Le défi est très grand pour les acteurs régionaux. Par exemple, les statistiques du taux de chômage nous révèlent que nous arrivons au 12e rang sur les 16 régions du Québec. Pour le PIB, nous sommes 14e sur 16 et au niveau des investissements, nous arrivons 14e également. Il y a 16 régions et on se maintient dans le peloton de la fin. Le nombre de mises en chantier est aussi en diminution pour les années 2017 et 2018. Il faut poser des actions fondamentales pour avoir un effet sur les résultats. Lorsque je n'investis pas ou que je n'incite pas le privé à investir, ç'a un effet tout à fait désastreux. À mon avis, les deux éléments fondamentaux sont vraiment les investissements et les mises en chantier. Ça dynamiserait complètement toute l'économie. Le défi est là pour les intervenants économiques. » -Arthur Gobeil, président de la Vallée de l'aluminium
« La diversification économique est en marche, c'est ce que l'on observe en tant qu'analyste de l'extérieur. Les efforts sont là. On voit des résultats positifs. Les acteurs locaux sont à pied d'oeuvre pour stimuler l'économie qui a longtemps été dépendante de l'aluminium et de la foresterie. Maintenant, on a mis l'épaule à la roue et on se tourne vers d'autres secteurs de croissance alors que ceux-ci sont plus affaiblis. » -Chantal Routhier, économiste chez Desjardins
« La région a vécu ses défis dans les dernières années, mais on est optimiste pour l'avenir grâce à la diversification. Même si on pense que la croissance économique sera un peu moins soutenue que dans l'ensemble du Québec, en 2017, il y a des secteurs comme la construction, l'agroalimentaire et le tourisme qui vont faire preuve de beaucoup de momentum. Depuis la crise financière de 2008-2009, l'économie mondiale se transforme. Nous devons changer notre façon de la voir pour les prochaines années. » -Guy Cormier, président du Mouvement Desjardins