Robert Charlebois ne s'est pas contenté d'admirer Jean Béliveau, son héros d'enfance. Il l'a intégré dans la chanson Demain l'hiver, l'une de celles qui ont joué un rôle majeur dans son cheminement artistique.

Du petit écran à Demain l'hiver

« Je vous laisse le but du Canadien compté par Jean Béliveau sans aide. »
Tout fan de Robert Charlebois qui se respecte connaît cette phrase tirée de la pièce Demain l'hiver, qui compte parmi ses immortelles. Elle est sortie en 1967 et fait partie d'un 33 tours qui fut déterminant dans la carrière de l'artiste, celui où il porte un casque de guerre orné de jolies fleurs sur la pochette.
« C'est l'une des chansons importantes dans ma vie. Elle a été écrite à un moment où j'intégrais un peu de pop dans les arrangements », a raconté Robert Charlebois hier, lors d'une entrevue téléphonique accordée au Quotidien. Rappelons qu'après avoir composé des oeuvres très sages, dans l'esprit des boîtes à chanson, le musicien en lui se décrispait. Lindbergh pointait le bout de son nez.
Le décès de Jean Béliveau a ramené l'artiste loin derrière, à l'époque où, fervent amateur de hockey, il suivait les exploits de son équipe favorite sur la télévision en noir et blanc de ses parents. « C'était un héros de mon enfance. Un prince sur la glace », a résumé celui qu'on a souvent vu sur la scène, portant le chandail du Tricolore.
Sans être un proche du disparu, Robert Charlebois l'a côtoyé en trois ou quatre occasions. La dernière fois, ce fut au Centre Bell, à l'occasion d'un match de hockey auquel il assistait en compagnie des frères Molson. Le souvenir qui demeurera gravé dans sa mémoire est semblable à celui que chérit l'immense majorité des Québécois.
« C'était un grand gentilhomme qui respirait la douceur, le monsieur cool par excellence. Il était intelligent, aussi. Ce n'était pas une mascotte pour Molson », énonce le chanteur en faisant allusion à la seconde carrière du joueur de centre, en tant que responsable des relations publiques pour le Canadien.
Dure semaine
Survenant dans la foulée de celui de Paul Buissonneau, le décès de Jean Béliveau fait vivre une dure semaine à Robert Charlebois. L'homme de théâtre, qui vient de s'éteindre à l'âge de 87 ans, l'avait embauché à la Roulotte, une institution montréalaise ayant pour mission de tenir des spectacles itinérants. « J'avais 16 ans et c'est là que j'ai connu Yvon Deschamps », rapporte le chanteur.
Une dizaine d'années plus tard, c'est le même Paul Buissonneau qui lui offre de monter une revue musicale dans son théâtre, de concert avec Yvon Deschamps, Mouffe et Louise Forestier. Le hic, c'est qu'à une semaine de la première représentation, l'artiste n'avait plus le goût de s'investir dans ce projet.
« Je revenais de Californie. J'avais vu Frank Zappa, Janis Joplin, et ça ne me tentait plus de faire des petites mises en scène avec des parapluies. On s'est donc querellés avec Paul. C'est d'ailleurs lui qui a donné son nom au spectacle », mentionne Robert Charlebois en référant, bien sûr, à l'Osstidcho.
Le groupe s'est remis à l'ouvrage et le sentiment d'urgence a fait des merveilles. « C'est à ce moment-là qu'on a dit à Yvon qu'il devrait créer des monologues, lui qui nous faisait tellement rire autour d'une table », note le chanteur. La revue a été le succès que l'on sait, ce qui fait dire à Robert Charlebois que Paul Buissonneau lui a mis le pied dans l'étrier.