La ville de Saguenay a inauguré sa dernière session en tenant ses conseils de ville le midi, passant cette rondelle entre les jambes de la nouvelle opposition.

Donner un élan au conseil

La ville de Saguenay a inauguré sa dernière session en tenant ses conseils de ville le midi, passant cette rondelle entre les jambes de la nouvelle opposition. La loi prévoit que l'on fixe pour l'année les heures des séances régulières du conseil avant le 1er janvier. Le maire a avisé tout le monde lors d'une plénière en décembre qu'on ferait ça le midi. Il a cependant demandé si tous les conseillers pouvaient se libérer. L'opposition fraîchement élue n'avait pas lu la loi, ignorait que cela figeait les heures pour l'année, et n'a pas voulu s'opposer pour ce qui semblait une vétille. La voilà piégée pour un an.
Le maire défend cette décision unique au Québec: la salle est bondée, donc cela ne rebute pas les gens! Mais il attire surtout un public maussade, issu du tiers des citoyens qui n'aime pas sa gestion. Galvanisé par la présence de conseillères de l'opposition, ce public de retraités, d'étudiants, de gauche morose, a le temps de s'y rendre, d'y luncher, un sandwich ou du poulet sur les genoux.
Créneau
En coinçant les débats dans un créneau horaire serré, le maire espérait sans doute les limiter, les résorber, alors qu'ils deviennent inévitables avec un conseil sans unanimité, et sain dans une démocratie. Mais le travailleur d'usine, le parent qui fait dîner ses enfants, le cadre d'entreprise privée, l'infirmière, le prof, le médecin, la secrétaire; toute cette plèbe laborieuse qui gagne sa croûte, paie lourd de taxes et d'impôts, et dîne souvent sur le pouce, n'a guère le loisir de s'y rendre.
Idem pour les conseils d'arrondissement de Chicoutimi qui ont été cavalièrement placés à 16h, sans même demander aux nouveaux conseillers si cela faisait tous leur affaire.
Si cela n'empêche pas un élu de participer efficacement à ces séances, on peut maintenir les séances à ces heures incongrues. Mais il faudrait compenser. Premièrement, par une diffusion en direct et en différé largement publicisée afin que tout citoyen ait l'occasion de voir ses élus à l'oeuvre. Avec son équipement techno, la ville peut diffuser et garder en ligne le conseil sur le web, en plus de diffuser sur le câble.
Deuxièmement, par un moyen pour le citoyen de poser une question au conseil sans devoir être présent. Par exemple, si un amendement au zonage l'incommode ou l'inquiète, si un règlement municipal lui semble désuet ou absurde, un citoyen doit pouvoir faire valoir publiquement ses objections, ses préoccupations, et poser des questions à ses élus. Si les bris d'aqueduc se répètent dans un quartier, les contribuables doivent pouvoir demander publiquement que ce soit réparé en profondeur. L'aspect public de la question oblige les élus à se commettre, et pèse surtout quand il s'agit de sécurité ou de dommages.
Réponses
Ces citoyens-là, terre à terre, qui se heurtent à des problèmes concrets, doivent avoir voix au chapitre. Des plaintes discrètes au bureau du maire ne suffisent pas. L'institution du conseil municipal sert à donner une voix aux citoyens entre les élections, à laisser des traces publiques des problèmes soulevés, à forcer des réponses minimales.
Le maire a suffisamment d'ouverture technologique pour imaginer un système de courriels «live». La greffière recevrait sur sa tablette durant le conseil les questions de citoyens dûment identifiés, comme s'ils étaient au micro, et les livrerait, au rythme d'un courriel à chaque deux ou trois interventions. Avec un peu d'imagination, la ville innoverait avec ce projet pilote, donnerait une parole à cette masse laborieuse qui ne peut pas se rendre au conseil, ou que la foule intimide.
Au lieu d'avoir l'air de vouloir éteindre, restreindre et étouffer cette institution démocratique, les élus lui donneraient un nouvel envol, une nouvelle vigueur, un modernisme, un branchement plus réaliste sur la vie trépidante du citoyen moyen.
Le risque que les courriels soient «paquetés»? Aux journalistes et au greffe de vérifier! Ce ne sera pas pire qu'un micro assiégé par tous les mécontents chroniques!