Le chef d'orchestre Jean-Philippe Tremblay

Diffuser et démocratiser la musique classique

Quand musique classique et implication sociale font bon ménage, les chances sont énormes pour que le chef d'orchestre Jean-Philippe Tremblay soit dans les parages. Alors que l'Orchestre de la Francophonie entamera sous peu sa treizième saison, le fondateur de cet ensemble travaille de plus en plus à démocratiser la musique symphonique.
À seulement 34 ans, la feuille de route de Jean-Philippe Tremblay a tout pour donner des complexes à quiconque de sa génération. À la fois musicien prodigieux et jeune chef d'orchestre énormément en demande autour du monde, l'homme originaire de la région est en plus doté d'une humilité pas possible.
En 2001, Jean-Philippe Tremblay était mandaté afin de mettre sur pied un orchestre à l'occasion des Jeux de la Francophonie d'Ottawa-Hull. En aura donc résulté l'Orchestre de la Francophonie (OF) qui, à l'époque, était destiné à n'exister que le temps d'une saison. Toutefois, l'expérience aura tellement plu aux musiciens qui y auront pris part que Tremblay aura tout mis en branle afin que l'OF ait droit à un second souffle. La persévérance aura triomphé en vue du succès remporté par la deuxième saison de l'OF et, désormais, il s'agit d'un ensemble incontournable.
Au regard de la treizième saison annoncée par l'OF, on peut s'étonner de la présence à l'affiche du musicien Jean-Philippe Goncalves, notamment à la tête du projet aux sonorités électroniques Beast. Or, aux dires de Tremblay, cela va directement en lien avec la mission de l'OF. «Nous désirons que l'OF soit un tremplin pour les jeunes musiciens professionnels. Mais aussi, nous avons comme objectif de sortir la musique classique de l'image snob qui y est rattachée. C'est important de trouver des façons d'intéresser les plus jeunes à cette approche de la musique.»
Dans le même ordre d'idées, ce concert en compagnie de Goncalves sera présenté en collaboration la Société des arts technologiques. L'objectif, rien de moins que de proposer une idée de ce à quoi ressembleront les concerts de demain. «Depuis 200 ans, les concerts de musique symphonique ont toujours adopté le même type de mise en scène. Pourtant, rien n'interdit de moderniser l'approche scénique de la musique classique. C'est pourquoi nous profiterons des textures électroniques de Goncalves afin de les adapter au côté scénique. Par exemple, les gens de la SAT ont préparé un dispositif à l'aide de Kinect afin de capter les mouvements des musiciens sur scène pour ainsi être traduits par des jeux de lumière.»
Outre ces innovations technologiques, l'OF offre aussi une nouvelle approche auprès du jeune public. En effet, les musiciens impliqués dans l'OF se doivent de s'investir en tant qu'individu. «La Fondation du docteur Gilles Julien est une cause qui nous tient énormément à coeur et particulièrement son volet du Garage à musique. Les musiciens de l'OF fournissent donc de leur temps afin de partager leurs connaissances auprès de jeunes musiciens pour enfin leur donner l'occasion de se produire devant un public.»
Cette volonté de diffuser la musique classique est d'ailleurs omniprésente chez Jean-Philippe Tremblay. Au moment de s'entretenir avec Le Quotidien, Tremblay effectuait une visite express de quelques jours au Québec avant de repartir pour le Costa Rica. «Je participe au projet Youth Orchestra of the Americas. L'un des mandats de cet orchestre est d'amener la musique classique dans les endroits où elle est inaccessible. D'ailleurs, l'un des concerts qu'on a donnés au Panama était le premier du genre à avoir eu lieu dans cette ville. Il y avait des gens de tous les âges et c'était un moment unique.»
Bien que la treizième saison de l'OF se tiendra à Montréal du 24 juillet au 17 août, le chef d'orchestre garde toujours en tête ses origines. Lorsqu'on l'interroge à propos du Saguenay, celui-ci n'a que de bons mots. «Je ne veux pas donner dans le chauvinisme, mais notre région est très impressionnante en matière de musique symphonique. Pour avoir beaucoup voyagé, les gens du Saguenay démontrent une grande ouverture envers la musique classique et ça, c'est sans compter le nombre de musiciens talentueux qu'on y retrouve et les actions posées par ceux-ci pour diffuser la musique auprès de tous.»
Qui sait, peut-être aurons-nous droit un jour à sa vision futuriste du spectacle de demain...
Jmartel@lequotidien.com