Les carnets de commandes sont épuisés dans un marché qui a été complètement bouleversé par la remise en production de la machine à papier de Port Hawkesbury Paper, en Nouvelle-Écosse, qui a reçu une subvention de 125 M $ du gouvernement provincial.

Deux semaines d'arrêt à Kénogami

Des nuages sombres s'accumulent au-dessus de la papeterie de Kénogami de Produits forestiers Résolu. La direction a annoncé aux travailleurs, jeudi, qu'il y aurait un arrêt de production de deux semaines en mars.
Les carnets de commandes sont épuisés dans un marché qui a été complètement bouleversé par la remise en production de la machine à papier de Port Hawkesbury Paper, en Nouvelle-Écosse, qui a reçu une subvention de 125 M $ du gouvernement provincial.
La direction de la papetière a informé les travailleurs jeudi midi de cette situation. Pour le moment, l'entreprise évalue la possibilité de réaliser des travaux d'entretien pour limiter les impacts de cette fermeture sur les 183 travailleurs.
« En ce moment, nous produisons du papier qui est entreposé en attendant de trouver des clients. Nos vendeurs redoublent d'efforts pour tenter de trouver des clients, mais ce n'est pas facile », explique le porte-parole de Résolu, Karl Blackburn.
Résolu a déjà dénoncé l'intervention du gouvernement provincial de la Nouvelle-Écosse qui a permis de relancer la production de cette usine. Aujourd'hui, indique Karl Blackburn, une usine comme Kénogami fait face aux impacts de l'introduction de 400 000 tonnes métriques additionnelles de papier impression dans un marché en décroissance.
La papeterie Kénogami produit de papiers de grade SCA et peut remplir des commandes pour les produits dans les qualités des SCC ou SCB. Par contre, dans ces deux classes de papier, la machine de Kénogami est moins rapide que celle de Dolbeau. La marge de manoeuvre pour Résolu et le partage des commandes entre les deux usines de la région est donc limitée avec l'arrivée du nouveau joueur.
«La mise en service de cette nouvelle machine a été à l'origine d'une plainte des Américains pour une subvention déloyale en vertu des règles du commerce international. Au 31 décembre, avec l'imposition d'une surtaxe de 18 % sur nos exportations de papier aux États-Unis, les deux usines de la région auront déboursé 50 millions $ en taxes compensatoires. Il s'agit de sommes considérables dans les circonstances.
«En vertu de ses responsabilités en matière de commerce international, le gouvernement fédéral aurait dû intervenir auprès de la Nouvelle-Écosse afin de les prévenir du risque que comporte la relance de cette usine. Aujourd'hui, nous nous retrouvons avec le problème et ça modifie nos plans. Au départ, le président Richard Garneau expliquait qu'il y avait des bonnes années pour les usines de papier du Québec dans un marché normal. Nous ne sommes plus dans cette situation.»
En plus d'obtenir le support financier de la province, Port Hawkesbury Paper a imposé une coupe de 130 M $ dans les régimes de retraite de ses employés. Dans un tel contexte, reprend Karl Blackburn, la concurrence est devenue très difficile. Dans la relance de l'entreprise, Résolu a conclu une entente avec le gouvernement du Québec et a pris l'engagement de maintenir les rentes des retraités.
La papetière profitait d'une période très intéressante dans le secteur du bois d'oeuvre, mais tout indique que ce moment de grâce prendra fin en mai lorsque le gouvernement américain décidera d'imposer une surtaxe sur les importations de bois canadien. Les signaux qui émanent des travaux entre les gouvernements ne sont pas vraiment rassurants et il est même question, à la suite d'une position de la Colombie-Britannique, d'un quota à l'exportation en plus d'une taxe.
Sylvain Gaudreault surveille la situation de près
Le député de Jonquière à l'Assemblée nationale, Sylvain Gaudreault, a discuté avec les dirigeants syndicaux de la papeterie de Kénogami en fin d'après-midi, jeudi, et n'entend pas baisser la garde pour forcer le gouvernement à prendre ses responsabilités face aux problèmes qui provoquent la fermeture temporaire de la machine à papier.
«Ça va bien dans la région selon le premier ministre Philippe Couillard. C'est ce qu'ils ont dit la semaine dernière quand nous avons soulevé le débat des problèmes économiques à l'Assemblée nationale», a déclaré Sylvain Gaudreault.
«Nous nous retrouvons à gérer un problème qui a été causé par un gouvernement fédéral qui n'a pas été en mesure de rappeler à la Nouvelle-Écosse que la relance de l'usine de Port Hawkesbury Paper allait causer des problèmes ailleurs. Il serait temps que le gouvernement du Québec fasse part de son désaccord avec cette affaire», a insisté Sylvain Gaudreault.
Il espère que l'actuel premier ministre du Canada profitera de ses bonnes relations avec le président américain Donald Trump pour faire en sorte d'abolir cette surtaxe désastreuse pour les usines de la région. Le député de Jonquière n'a pas caché son inquiétude pour les usines de papier de la région et se demande si le gouvernement du Québec partage les mêmes préoccupations lorsqu'il constate son inaction dans ce dossier.