Desbiens s'intéresse au chanvre

Le maire de Desbiens, Nicolas Martel, veut faire du Saguenay-Lac-Saint-Jean « la Vallée du chanvre », en commençant par tenir dans sa municipalité en juillet 2018 le deuxième Forum international du chanvre et en visant l'implantation d'une usine de transformation.
Des centaines d'experts, de producteurs et de gens d'affaires du monde entier sont attendus dans la région les 7 et 8 juillet. Fondateur du plus important réseau du chanvre industriel et environnemental dans le monde, le Japonais Takashi Okanuma est venu en faire l'annonce à Desbiens mardi matin. Il a organisé le premier forum en 2016 à Tokyo sous l'angle du développement durable et désire maintenant discuter des multiples applications commerciales du chanvre.
Cette plante est cultivée depuis des millénaires, mais a été « démonisée » récemment en étant associée au cannabis. Le chanvre peut remplacer le pétrole dans presque tout, même la fabrication de plastique. Son utilisation comme biomasse ou produit pharmacologique est prometteuse. Au Saguenay-Lac-Saint-Jean, quelque 2000 hectares sont dédiés à cette culture, qui s'adapte bien au climat boréal, mais pour le domaine alimentaire.
M. Takashi croit que la région est « parfaite » pour accueillir le forum et développer la production du chanvre industriel, avec ses 200 000 hectares de terres arables. « Avec l'aluminium et le bois d'oeuvre, il y a déjà une expertise pour les PME d'ici de commerce avec des joueurs internationaux », soutient-il.
Le maire de Desbiens voit le chanvre comme un créneau de développement économique régional, après la Vallée de l'aluminium. « Je souhaite une usine de transformation d'abord à Desbiens, mais pas juste ça. Il peut en avoir facilement deux ou trois au Saguenay-Lac-Saint-Jean, croit Nicolas Martel. On plante une graine pour l'avenir. »
Il lance la perche à l'entreprise Logistik Unicorp, qui cherche un emplacement pour une usine afin de fabriquer des uniformes en tissu de chanvre. Entre 30 et 50 emplois pourraient être créés. Des investissements de plusieurs millions de dollars seraient nécessaires. « Il y a l'ancienne usine de pâte et papiers disponible, mais aussi d'autres terrains industriels », avance le maire.
Événement majeur
La logistique sera importante en vue du forum, conviennent les organisateurs. L'hébergement se fera en majorité dans les municipalités environnantes. Des commanditaires seront sollicités et les gouvernements québécois et canadien ont déjà été avisés, puisque Desbiens n'assumera pas la facture toute seule. 
La proximité de l'Université du Québec à Chicoutimi et de centres de recherche en agriculture procure un autre atout à la région, croient Takashi Takashi et son collaborateur Claude Girard. 
« Le chercheur Claude Villeneuve va être approché pour aider à ce que l'événement soit carboneutre », indique ce dernier.
Une culture étourdissante
Même si la production du chanvre industriel a de quoi faire rêver, elle représente tout un défi pour les agriculteurs du Saguenay-Lac-Saint-Jean aux plans de la récolte et des assurances.
« C'est comme un rêve. C'est étourdissant de voir une culture pleine de promesses comme ça », a déclaré en conférence de presse mardi matin le président régional de l'Union des producteurs agricoles, Mario Théberge.
La ferme Taillon et fils, de Saint-Prime, entrevoit tout de même des difficultés. Elle produit du chanvre biologique à des fins alimentaires depuis une quinzaine d'années. C'est la graine qui est alors utilisée, plutôt que la tige, le bois ou les feuilles qui servent par exemple aux industries du textile, de la biomasse et des médicaments.
« Ce sont des variétés différentes. La rentabilité est tellement bonne pour les graines à près de 4000 $ la tonne, ça va prendre un signal très fort pour inciter les agriculteurs à s'orienter vers le chanvre industriel et nous prouver que c'est aussi rentable », confie le producteur Christian Taillon en entrevue téléphonique.
L'annonce d'une usine de transformation pourrait être assez motivante. Le chanvre industriel pousse vite, jusqu'à 15 centimètres par jour, si bien que l'offre des producteurs et la demande du marché pourraient s'arrimer presque en même temps. « On ne sait plus ce qui doit arriver en premier, l'oeuf ou la poule », image M. Taillon.
La récolte des graines est beaucoup moins compliquée que celle de la tige du chanvre, fait valoir le producteur. « Il y a des équipements spécialisés qui se font en Europe, mais c'est très dispendieux. Ça prendrait des investisseurs solides. » De nouvelles façons de faire devront aussi être développées.
Faire assurer les productions de chanvre pose également problème, comme on a pu le voir chez des producteurs du secteur de Saint-Gédéon et Hébertville après la tempête de grêle en juillet. Ils ont perdu toutes leurs plantations. 
« Comme c'est une culture émergente, la Financière agricole ne prend pas le chanvre en charge et il n'y a pas d'autre programme qui existe pour ça. Elle nous a quand même ouvert une belle porte en 2018 pour une assurance partielle, mais ça ne sera pas équivalent au blé par exemple », explique Christian Taillon.
Celui-ci a rencontré les organisateurs du Forum international du chanvre à Desbiens mardi après-midi, Claude Girard et Takashi Okanuma. Ils lui ont semblé plus sérieux que les nombreux promoteurs qui l'ont approché dans les dernières années, mais qui ont ensuite abandonné, avoue Christian Fillion.
Parti libéral: Nicolas Martel réfléchit
Le maire de Desbiens, Nicolas Martel, se donne encore une semaine de réflexion avant de préciser ses intentions pour l'investiture à la candidature du Parti libéral du Canada pour la circonscription de Lac-Saint-Jean. Le maire de Dolbeau-Mistassini, Richard Hébert, a confirmé en premier lundi qu'il se présenterait à la course, quand l'élection partielle pourra débuter après la démission officielle du député conservateur Denis Lebel. «Je souhaite bonne chance à M. Hébert», a lancé le maire de Desbiens mardi matin. Celui-ci recommence normalement à travailler cette semaine comme directeur d'école.