La situation de la chatte Bella a embrasé les réseaux sociaux. Ses maîtres, qui estimaient qu'elle était «trop affectueuse», ont préféré s'en défaire, ce qui leur a valu l'indignation des internautes.

Des propriétaires massacrés sur les réseaux sociaux

CHRONIQUE - LES ÉTOILES DE PICOTTE / Le 10 avril dernier, la Société Protectrice des Animaux d'Arthabaska (SPAA), située dans la région du Centre-du-Québec, accueillait une chatte pour une raison bien particulière. « Ses propriétaires la trouvaient trop affectueuse », peut-on lire sur le site www.lanouvelle.net.
L'histoire a rapidement fait le tour des réseaux sociaux. Les internautes étaient indignés par cette raison peu valable. Les commentaires étaient haineux face aux propriétaires de Bella :
« J'aimerais plutôt un titre comme : humain euthanasié, car trop stupide. »  
« Il a probablement été botté à cause qu'il collait trop. »
« Mais qu'ils crèvent ces gens-là ! »
Quand une personne souhaite l'euthanasie ou la mort d'un humain et qu'elle spécule des gestes de violence, le déséquilibre est encore plus grand qu'un abandon pour une raison bidon.
Un lieu sécuritaire
La SPAA est un endroit sécuritaire, mis à la disposition des citoyens qui ne veulent plus prendre soin de leurs animaux.
De plus, tous les chats et les chiens qui entrent à cet endroit voient le vétérinaire, reçoivent les soins de base et sont stérilisés.
L'abandon dans les refuges est un comportement priorisé face à l'euthanasie ou l'abandon en pleine nature.
Se tourner vers un refuge éthique est la solution la plus saine quand un animal et un humain souffrent dans leur cohabitation et ne trouvent pas de solution.
C'est mieux que de s'entêter à garder un chien au bout d'une chaîne, de gueuler constamment après son animal ou d'envoyer un chat dehors le plus clair de son temps pour avoir la paix. À moins que ces formes d'amour soient acceptables. C'est pratiquement le message qu'on peut en tirer quand on lit sans cesse « qu'un animal c'est pour la vie ». Pour la vie, mais jusqu'à quel prix ?
Mieux vaut sensibiliser
Or, avec ces commentaires méprisables, on risque plutôt de nuire à la cause animale. Pour freiner les abandons, mieux vaut miser sur la sensibilisation plutôt que de bûcher sur le problème.
De peur de se faire juger, les humains risquent d'envoyer leurs animaux en pleine nature. D'ailleurs, plusieurs évitent d'avoir recours aux réseaux sociaux pour faire adopter leur animal, car les jugements sont trop difficiles à gérer. Pourtant, ces bêtes de deuxième chance font le bonheur d'autres familles.
Rappelons que le chat est souvent recommandé pour les gens qui sont peu présents à la maison et qui veulent cohabiter avec un animal plus indépendant.
Contrairement au chien, le chat est capable de rester quelques jours seul s'il a suffisamment d'eau, de nourriture et de litière. Mais ce ne sont pas tous les chats qui supportent bien l'absence fréquente de leur famille.
La famille de Bella a donc pris une décision responsable et y est allée avec franchise en confiant son animal à un endroit qui saura trouver des gens plus convenables pour elle.
D'ailleurs, plusieurs personnes ont manifesté leur intérêt pour adopter cette chatte.
Gageons qu'à l'heure actuelle, elle fait déjà le bonheur d'humains attentionnés.
Entrevue avec la directrice
Marie-Josée Roy est directrice de la SPA d'Arthabaska.
« Toutes les semaines, nous publions un animal à adopter sur www.lanouvelle.net. On pèse toujours nos mots pour éviter des réactions trop extrêmes, mais sur Facebook ça va souvent trop loin. Tout le monde crucifie tout le monde », explique madame Roy.
Jamais l'équipe de la SPAA ne juge les gens qui leur confient leurs animaux, et ce, peu importe la raison invoquée.
« On les encourage plutôt à le faire et à ne pas être gênés. C'est mieux de venir les mener ici que de les abandonner en pleine nature », se rassure-t-elle.
Madame Roy n'utilise pas non plus la pitié pour faire adopter les bêtes qu'elle accueille.
« Je ne veux pas qu'une personne adopte par pitié, parce que la pitié n'est pas une raison valable », poursuit la directrice.
Par contre, Mme Roy est toutefois d'avis que la sensibilisation doit être faite, car on doit y songer sérieusement avant d'adopter.
« Je dis souvent à mon équipe que certaines personnes ne sont simplement pas faites pour avoir un animal », remarque Marie-Josée Roy.
Les animaux qui entrent à la SPAA n'ont pas de limite de temps.
« Mais c'est rare qu'on le mentionne. Si on annonce un animal qui est avec nous depuis un an, les gens croiront à tort qu'il sera euthanasié et ils risquent encore une fois d'adopter par pitié », conclut madame Roy.
Présentement la SPAA héberge une dizaine de chiens et une soixantaine de chats.