Fabien Hovington.

Des leçons de voyage!

Une démission, un congé maladie, un maire visiblement ébranlé qui se dit trahi, une opposition qui jubile, des réseaux sociaux déchaînés, un bel événement compromis, une disparition nébuleuse. Ainsi se solde deux semaines de «psychodrame paramunicipal» initié par des révélations choquantes sur un voyage de représentants du Festival forestier de Shipshaw avec escale injustifiable sur la Côte d'Azur.
La Commission Charbonneau a sans doute induit en nous une sainte horreur des abuseurs de système, nous a rendus collectivement allergiques à ceux qui se pavanent au soleil en bedaine aux frais du contribuable. Et il nous en est passé à portée de main!
Montant
Promotion Saguenay redistribue l'argent du contribuable à des organismes, en espérant générer de la prospérité, d'où les 10 000$ confiés au Festival forestier pour s'inspirer d'un festival en Norvège. Le maire préside Promotion Saguenay et son chef de cabinet en était le directeur général. Ils devraient exiger des comptes précis en échange de la subvention. Le montant a dû sembler minime, remis à un organisme patronné par un conseiller municipal qui idolâtrait le maire, lequel l'encensait en retour.
Mais en politique, il faut se méfier de ses amis plus que de ses ennemis. S'ils n'augmentent pas les contrôles, ils seront personnellement responsables du prochain abus avéré ou potentiel, et ne pourront pas jouer les outrés et les trahis deux fois. Dans une capsule publiée hier sur le portail «Ville en action», le maire annonce qu'il cesse toute subvention aux festivals: facile et injuste.
Autre morale de l'histoire: quand le peuple défait un élu sortant, il a peut-être ses raisons. Au lieu de voler à la rescousse de Fabien Hovington, de l'imposer sur la liste de paye du contribuable en blâmant l'ingratitude citoyenne, la direction de la Zone portuaire et l'hôtel de ville auraient dû se laisser un peu de temps pour comprendre.
Mais le maire a raison: il ne peut pas gérer tous les organismes de la ville, encore qu'il en a souvent donné l'impression en plaçant ses soldats à la tête de corporations semblant parfois «pseudo-indépendantes».
Le Festival
Le gâchis, ce n'est pas seulement cette escapade sur la Côte d'Azur, mais aussi la disparition de tous les documents et les biens du Festival forestier, déménagés par on se sait qui, ni avec quelle autorisation, au lendemain de la défaite électorale de M. Hovington. Pourtant ce dernier n'avait pas de fonction officielle au festival, bien qu'il s'y activait et participait aux voyages. Si le Festival forestier de Shipshaw ne lève pas rapidement ce mystère et n'ouvre pas les comptes avec candeur et transparence, il faudra appeler la police. Avril, c'est trop loin!
M. Hovington prétend vaguement que la délégation inspectait des quais et des chapiteaux dans le sud de la France. Foutaise! Les chapiteaux scandinaves fort réputés résistent à notre climat; la rivière Saguenay se compare mieux avec les fjords de Norvège qu'avec les plages de la Côte d'Azur...
D'ailleurs la démission de l'adjoint du maire M. Guillot, qui était du voyage, contredit M. Hovington. La maladie subite de ce dernier provoque le scepticisme sur les réseaux sociaux qui constatent que cela garantit ses revenus, lui évite d'être «démissionné» et le met à l'abri de questions plus pointues. Mais il est bien possible qu'il soit dévasté.
La directrice du festival et M. Hovington ont tiré sur le messager, le président du CA, en exhibant ses reçus de carte de crédit. Mais cela a permis de découvrir que les comptes de dépenses ne passaient pas un filtre indépendant avant d'être remboursés.
Il y a là une leçon pour tous les membres de conseils d'administration naïfs et un peu fantoches dont la réputation sert de caution, sans qu'ils tiennent les cordeaux serrés. Souvent les événements créés par des bénévoles locaux avec peu d'argent et beaucoup de bonne volonté vivent une crise de croissance, et les CA manquent de méfiance quand cela grossit financièrement.
Là comme ailleurs...