Des droits à deux vitesses

Le prestidigitateur Luc Langevin peut aller se rhabiller! Le gouvernement péquiste le surpasse.
La Charte des valeurs occupe peuple et médias. Elle éclipse l'effondrement de l'emploi, le rétrécissement budgétaire des familles, les nominations partisanes et autres gaspillages et même le scandale du Fonds de solidarité de la FTQ mis, selon les témoignages entendus à la Commission Charbonneau, au service de quelques magouilleurs et dirigé par des dissimulateurs.
Mais cette charte réglera-t-elle vraiment des problèmes? On discute croix, turban, kippa, et voile dans la fonction publique. Cela n'a jamais interpellé le Québec. Des accommodements religieux nous ont bel et bien indisposés au cours des dernières années: le poignard sikh à l'école; les congés fériés réclamés en plus de ceux du calendrier civil; l'obligation que tous mangent halal si un client l'exige; les locaux de prière dans les lieux de travail; l'exigence d'être servi par un homme ou une femme pour respecter certaines pruderies religieuses.
Peu, c'est mieux
La charte règle deux questions: les services sont reçus et donnés à visage découvert. Les libéraux l'avaient déjà proposé. Elle clarifie également la suprématie du principe d'égalité hommes-femmes sur toute exigence religieuse. Si le PQ avait juste proposé cela, il obtenait l'unanimité de l'Assemblée nationale. Mieux vaut un petit pas bien assuré qu'un saut à la perche sans coussin...
Mais le procès du voile, c'est un canon pour pulvériser une larve de moucheron. En plus, tous les vrais accommodements qui nous ont tourmentés collectivement restent dans un flou artistique avec cette charte de 24 pages, qui annonce un banquet gargantuesque pour les amateurs d'avocasseries.
Par exemple : le poignard sikh. Qu'en dit la charte? Qu'une commission scolaire devra «considérer» le projet éducatif de l'école, son devoir d'instruire, l'obligation de fréquentation scolaire, les régimes pédagogiques, etc. Que veut dire «considérer» si le jeune ne veut pas aller sans son kirpan à l'école, qui bannit toute arme?
Autre exemple: un employé demande un congé religieux pour un jour normal de travail. La charte stipule que l'organisme accepte si «cela ne lui impose pas une contrainte excessive», compte tenu de la taille de l'unité administrative. Si on travaille dans un petit organisme, on a moins de droits que dans un gros? La charte à deux vitesses régale d'avance les avocats.
Excessif!
Une fonctionnaire montréalaise se plaint que les cages d'escaliers sont squattées par des arabes en prière, qui la chasse du revers de la main. Rien sur cette question dans la charte. Mais si ce groupe demande un local de prière? L'organisme doit s'assurer que cela n'implique pas une contrainte excessive en matière de respect, d'organisation, de sécurité et de coûts. Vidons nos tirelires collectives pour que les tribunaux définissent le mot «excessif»!
Une ville doit-elle changer ses règles de stationnements pour accommoder une fête juive? À Montréal, les cols bleus cachent alors les panneaux d'interdiction de stationnement pour que les juifs n'aient pas à déplacer leur voiture. Est-ce excessif? Cela ne coûte que 5000$ sur un budget de quatre milliards $... Mais pour un petit contribuable, 5000$, c'est un pactole!
Le maire de Saguenay prétend aussi à un accommodement raisonnable: dire sa prière à haute voix au début du conseil. Qu'en dit la charte? Rien: elle ne légifère que les employés de l'État, pas les politiciens.
La député Maria Mourani, chassée du Bloc québécois pour cause de crime de «lèse-charte», voit déjà des ravages irréparables chez les Québécois d'adoption. Selon elle, les minorités se sentent persécutées, des matamores injurient les femmes voilées, des torrents de haine déferlent sur les réseaux sociaux. Elle craint que ces minorités se replient en ghettos, et refusent de se fondre dans la majorité.
Elle exagère peut-être. Peut-être pas. Montréal est si loin de notre réalité!
Tout cela n'est que diversion. Mais le magicien a peut-être incendié une ville pour faire disparaître une contravention...