La loi autorise depuis cette semaine les médecins à prescrire du cannabis. Mais le Collège des médecins les enjoint de ne le faire que dans le cadre de projets de recherche, avec beaucoup de circonspection.

Des amendes pour de la mari?

La loi autorise depuis cette semaine les médecins à prescrire du cannabis. Mais le Collège des médecins les enjoint de ne le faire que dans le cadre de projets de recherche, avec beaucoup de circonspection.
Pendant ce temps, poussé par l'Association des chefs de police, le gouvernement conservateur songe à ne donner que de simples amendes aux citoyens pris avec une petite quantité de marijuana. Le but: désengorger les tribunaux; 475 000 Canadiens sont accusés chaque année de possession de moins de 30 grammes de marijuana et écopent d'un casier judiciaire gênant pour un péché si courant qu'il en devient véniel. Chaque cas coûte des milliers de dollars: accusation, plaidoyer, enquête préliminaire, négociations, procès, etc.
Avec contraventions et amendes automatiques, le fléau devient une mine d'or. Imaginons une amende de 250$: 118 millions de revenus. Supposons que la paperasse coûte 20%, il reste 100 millions... Si l'amende est de 500$, on double le pactole! Le hic: le gouvernement aurait dès lors intérêt à ce que la marijuana circule, et à ce que les policiers traquent les contrevenants.
La santé
Les libéraux jonglent depuis longtemps avec l'idée de décriminaliser la simple possession: pas d'amendes, pas de procès. Sauf si tu en vends. Encore faut-il le prouver!
Le chef libéral Justin Trudeau prône la légalisation. Car on peut encadrer la vente, le contenu, et taxer un produit légal. Il pense mieux protéger le public avec un produit réglementé, testé et étiqueté, comme l'alcool, les cigarettes, les vidéos pokers. Mais aussitôt que l'État a des intérêts dans le vice, il a moins le goût de le combattre.
Je comprends la logique financière, le gouffre dans lequel on engloutit des ressources judiciaires et policières précieuses, mais on ne peut pas jauger cette question sur la seule base du fric. Mon instinct de mère répugne à une démission collective, à la banalisation d'un fléau.
Il faut écouter les spécialistes du cerveau, les experts en santé mentale.
Un pédiatre du CHU de Québec m'expliquait récemment qu'entre 15 et 25 ans, le cerveau humain subit des transformations majeures. Une hormone naturelle apparentée au cannabis permet ce qu'il appelle «l'émondage» du cerveau. Elle supprime certains éléments, développe plus de mémoire, forme définitivement certaines zones qui favorisent la réflexion, la prise de décision.
Si durant cette période critique, le sujet prend du cannabis, la diffusion de l'hormone naturelle est bouleversée, la finition du cerveau compromise. Cela varie selon le sujet, les substances, les teneurs. Mais certains jeunes perdent du QI, développent des problèmes de mémoire, d'anxiété, de dépression, et une accoutumance tenace. Les teneurs en THC sont si fortes de nos jours que des adolescents ont développé des maladies mentales graves même avec une consommation occasionnelle.
En fait, les chercheurs savent maintenant que le cerveau adolescent vit une importante mutation et que le dosage délicat de neurotransmetteurs naturels est très vulnérable à la consommation de drogue, y compris l'anodin cannabis; cela dure jusqu'à 20 ans chez les filles, un peu plus chez les garçons.
Innocent, le joint d'un adulte de 40 ans, un soir de congé, peut entrouvrir l'enfer pour un fils de 16 ans qui partage le joint de son père.
Comment décriminaliser ou légaliser sans banaliser, sans passer le pervers message qu'il s'agit d'un produit anodin? Comment faire comprendre aux jeunes la nocivité du produit pour eux, à l'âge où leur lobe frontal en construction les pousse justement à la témérité bête?
Reculer à 21 ans l'âge légal de la consommation? J'en doute. Se servir des millions de dollars d'amendes ou de taxes pour du dépistage, de la sensibilisation dans les écoles secondaires et les collèges, quitte à froisser quelques «droits»? Traquer les trafiquants sans répit ni pitié?
La décision ne peut pas reposer sur simple calcul financier. Il faut un plan plus global, nuancé, réfléchi.