Déneigement: ça débute mal

Le déploiement nécessaire pour compenser la fermeture du pont Dubuc a-t-il grugé les finances de la ville à ce point? Grattait-on les fonds de tiroirs, fin 2013, au point de devenir parcimonieux sur la «gratte» et la souffleuse? Saguenay avait complètement échappé son déneigement au début janvier. Par économie volontaire, ou par négligence et relâchement, à cause des derniers hivers pas trop rigoureux ?
Depuis lundi, alors que le maire l'a reconnu en maugréant dans une de ses vidéos, la ville s'est remise au boulot. Trop peu, trop tard.
Depuis déjà plusieurs jours, les boulevards Saint-Paul et Talbot avaient perdu une de leurs voies, ensevelie. Deux camions se croisaient de justesse sur la rue Saint-Hubert, et pas du tout sur Saint-Dominique, à Jonquière. Des montagnes de neige se dressaient dans certaines rues secondaires, obligeant les automobilistes et les piétons à louvoyer dangereusement. Les rares stationnements sur la rue nécessitaient une escalade, tout comme l'accès aux abribus.
Les raquettes étaient plus utiles sur les trottoirs que dans le parc Rivière-du-moulin. Les piétons devaient envahir les rues, rétrécies par des congères. Et puisque les trottoirs sont invisibles sous l'amoncellement, les déneigeurs privés en rajoutent sans scrupule! La négligence entraîne le laisser-aller...
Cela fait trois fois, depuis le début de l'hiver, que les trottoirs de la rue des Champs-Élysées, entre Talbot et Bégin, sont infréquentables un jour de classe. Des élèves des écoles Dominique-Racine, Laure-Conan, et de l'école primaire Félix-Antoine Savard, doivent pourtant la longer. Autour de l'école primaire, le 7 janvier, les brigadiers scolaires, campés dans la rue, tentaient d'éviter les voitures, et d'aider les bambins à escalader le banc de neige.
Explications
La mini-colère du maire m'a soulagée. Je craignais qu'il nous serve une de ses répliques acidulées: «il faut toujours bien attendre que la neige finisse de tomber pour la ramasser». Il a souvent défendu son Service des travaux publics ces dernières années. Pas cette fois: tant mieux, mais cela ne suffira pas.
Des camionneurs artisans de Jonquière affirment que ce service a reçu l'ordre de réduire le temps supplémentaire et de transporter la neige avec ses propres camions, pour diminuer les voyages à contrat. Le chaos récent n'est pas, selon eux, un accident de parcours, mais une nouvelle procédure qui étirera le temps nécessaire au déblaiement. Cela fera des économies et à peine un peu de grogne si on a un hiver mollo qui attend poliment qu'une chute de neige soit déblayée pour nous en asséner une autre. Mais l'hiver est mal élevé cette année.
Le maire devra revenir avec des explications, écouter les citoyens, justifier les choix de ses travaux publics... Et faire son mea culpa si des consignes politiques ont provoqué ce gâchis. Sinon, l'autopsie de ce très mauvais service donnera peut-être à la nouvelle opposition une occasion de se faire voir et de prouver son pragmatisme.
Trottoirs
Les intempéries répétées du début d'année empirent la situation, déjà peu reluisante, des trottoirs en hiver.
Depuis quatre ans, je mets en ligne sur Facebook, année après année, des photos de trottoirs ensevelis à certains endroits, parce que la chenillette n'arrive pas à se faufiler, et que nul ne finit le boulot proprement avec une souffleuse manuelle. Souvent un poteau mal foutu rétrécit le passage.
Autre exemple: sur le pont de la Rivière-du-Moulin, le long du boulevard Saguenay, on a laissé durant les Fêtes un banc de neige sur le trottoir, sans raison, forçant les passants à empiéter sur la rue déjà étroite à cet endroit.
Les «saines habitudes de vie» passent d'abord par la capacité de marcher pour se rendre d'un point à un autre sans trop de périls en ville. Cela ne permet pas de couper des rubans; ni de faire prospérer comptables, avocats, ingénieurs et architectes. Mais des cols bleus, des camionneurs, gagneraient leur croûte en donnant mieux ce service, fondamental dans notre «white city»