L'installation Aire de jeu aux colonnes comprend de petits gradins en laiton qui font face à ce qui ressemble à une arène.

De l'art baigné dans le jeu

Avec l'exposition Aires d'enjeux, Guy Nadeau propose des oeuvres où les notions de jeux et d'espace sont intimement reliées. Au programme, ce sont donc quatre installations que le public aura la chance d'admirer jusqu'au 21 septembre au Centre national d'exposition (CNE).
Dès l'enfance, le jeu est l'une des premières occasions afin de se familiariser avec la notion de règles. À titre d'exemple, une partie de serpents et échelles initiera les tout-petits à compter, mais surtout, à devoir se plier à des règlements qui tantôt avantageront certains joueurs pour ensuite les mettre en situation de danger. Dans le même ordre d'idées, le jeu est aussi une porte d'entrée afin d'apprendre à concevoir autrement l'espace. Peu à peu, le jeune individu assimilera certains modèles récurrents et les associera spontanément à des codes propres à la notion d'espace. Des cases rappelleront un échiquier ou des murs en forme de courbes feront écho à l'arène.
Dans Aires d'enjeux, tous ces concepts sont finement exploités. Or, de l'aveu même de Guy Nadeau, les oeuvres qui composent son exposition au CNE n'ont pas nécessairement été conçues avec cette idée en tête. En fait, pendant une dizaine d'années, l'artiste a librement multiplié les expérimentations et c'est en jetant un regard aux oeuvres qui en ont résulté, que Nadeau a distingué un fil narratif qui reliait l'ensemble de ces installations en devenir.
En entrant dans la salle d'exposition, c'est Espace missiles qui accueille le visiteur. Fait à partir de caoutchouc, de laiton, de bois et de plâtre, l'oeuvre rappelle à la fois un échiquier et un jeu de dards. Un grand astrolabe (ancien instrument astronomique) est posé en périphérie de l'échiquier alors que ce qui s'apparente à une colonne en plâtre, semble endommagé, tel un monument ayant subi les contrecoups d'une attaque explosive.
Quant à l'installation Aire de jeu aux colonnes, de petits gradins en laiton font face à ce qui ressemble à une arène. Sans que des panneaux avertissent les visiteurs de ne pas circuler dans le couloir laissé vacant au centre de l'installation, ils sont rares les visiteurs à se servir de cet espace afin de circuler. Un peu comme si une barrière psychologique était dictée par les codes du jeu reliés à l'espace.
En ce qui a trait à l'oeuvre Espace leurre, on a droit à une installation beaucoup plus intime. Conçue principalement en bois, l'oeuvre rappelle des quais sur lesquels de vieilles cannes à pêche sont posées. Dans l'un de ces "quais", un trou dans lequel une vitre est placée et sur laquelle une lumière est reflétée fait écho à la pêche blanche.
Enfin, c'est l'oeuvre Espace cul-de-sac qui agit à titre de pièce de résistance. Curieux hybride de la roulette de casino, d'un panier de basketball, de boules de pétanque en laiton et d'une lampe de table de billard, l'installation se veut une invitation à créer ses propres règles.
Jmartel@lequotidien.com