Québec Redneck Bluegrass Project

De la musique « Made in China »

Ils sont originaires de la région, pour la plupart, mais se sont connus en Chine, où ils ont décidé de faire de la musique ensemble il y a cinq ans. Malgré leurs racines punk, c'est le bluegrass, ainsi que la musique traditionnelle telle qu'on la pratique au Québec et en Irlande, qui représentent leurs principales sources d'inspiration.
Ce groupe improbable qui, sur sa page Facebook, identifie Jésus comme son directeur général et René Angelil comme son « booker », a pour nom le Québec Redneck Bluegrass Project. Après une longue absence, il a profité des deux derniers étés pour jouer dans ses terres, ce qui a donné naissance à une mini-tournée qui débutera demain et mardi, au Café du Fjord de Tadoussac.
Les autres destinations sont le Sous-Bois de Chicoutimi (25 août), le Café du Clocher d'Alma (26 août) et le Vox Populi de Dolbeau-Mistassini (27 août). C'est là que vous risquez d'entendre de futures immortelles comme « L'Coeur su'a main, l'foie dans l'autre », ainsi que « Chu ben plus cool su'a brosse », des extraits de leurs deux premiers albums.
Il s'agit de leur deuxième série de spectacles cette saison. Elle a été ajoutée dernièrement, en raison de la demande suscitée par les enregistrements, autant que par l'attitude scénique du Québec Redneck. Ses membres brûlent beaucoup d'énergie, en effet. « On a des « moves » qui nous aident à franchir la barrière de la langue, en Chine. On aime aussi étirer les spectacles. Des fois, ils durent trois heures », rapporte Jean-Philippe Tremblay, chanteur, guitariste et harmoniciste.
« On a une image de fêtards et partout, on est bien traités. Si on demande six bières sur la scène, ou six whiskies, c'est pas long qu'ils nous les amènent », ajoute Nicolas Laflamme (accordéon, mandoline et chant). La seule substance interdite est l'alcool de riz à 50 %, mais c'est la faute à Daniel Tremblay, qui joue du banjo. Le jour où il en a bu, ses collègues l'ont entendu poser des questions à propos du spectacle, genre, comment ça s'est passé. Le problème est qu'il se trouvait encore sur la scène, devant public.
Direction Pékin
C'est Jean-Philippe Tremblay, originaire de Chicoutimi, qui a fondé le groupe après avoir rencontré les Jeannois Nicolas Laflamme, Charles Hudon (violon, guitare, chant) et Cédrick Dessureault (contrebasse) dans la ville de Kunming. Ce dernier a quitté après le « Bien-Être Tour » de 2008, qui avait permis aux musiciens d'écumer le Laos, la Thaïlande et l'Inde, en plus de la Chine.
Daniel Tremblay et Didier Dessureault (planche à laver) sont arrivés subséquemment, tout comme l'Irlandais Mark Corry (basse, guitare slide et chant). Celui-ci n'étant pas disponible, c'est un autre Québécois, Adam Gilbert, qui le remplacera dans les prochains jours.
« Il est bon. En une semaine, il a appris 20 chansons », s'émerveille Jean-Philippe Tremblay. Le petit dernier a eu le temps de constater que les compositions du groupe sont plus construites, plus placées, que le laisse entrevoir sa personnalité scénique. « C'est pas mal structuré », mentionne-t-il. Les gars peuvent improviser, mais sans partir dans la stratosphère.
À propos de la musique, justement, il ne faudrait pas croire que le bluegrass constitue une obsession pour les membres du Québec Redneck Bluegrass Project. « On a un « set-up » bluegrass, explique Charles Hudon. Par contre, notre musique rejoint aussi le folk, le gipsy et le traditionnel québécois. »
Il a été question de raccourcir le nom du groupe en éliminant le mot bluegrass, mais le statu quo a prévalu. « On a décidé de le garder, sans toutefois s'empêcher d'explorer d'autres genres », indique Jean-Philippe Tremblay. Pourquoi changer une formule gagnante ?
Établi en Chine, où ses membres détiennent soit des visas touristiques, soit des visas destinés aux étudiants, le Québec Redneck y a donné des spectacles dans la rue, dans de petites salles et sur de grandes scènes extérieures. Une tournée réalisée dans les derniers mois lui a permis de couvrir 16 villes, tout en donnant 26 spectacles. Elle pourrait générer de belles retombées.
« On a voulu voir d'autres gens et la réponse a été bonne. On a même des contacts à Pékin. Maintenant, on sait qu'on peut y aller n'importe quand », se réjouit Jean-Philippe Tremblay.