La nouvelle pièce du Théâtre La Tortue Noire, Daïdalos, a été présentée hier, à la Salle Pierrette-Gaudreault de Jonquière. Elle a été bien accueillie par le public, qui était formé d'étudiants du secondaire.

Daïdalos brise le mythe

Ceux qui doutent des jeunes, qui les trouvent tête en l'air, futiles, incapables de se concentrer plus longtemps qu'il n'en faut pour lire un tweet, ne se trouvaient pas à la Salle Pierrette-Gaudreault de Jonquière, hier avant-midi. Le Théâtre La Tortue Noire y présentait Daïdalos, sa plus récente création qui, en principe, est destinée à un public adulte.
Ce spectacle couronnait l'événement Deux jours au théâtre, organisé par le Théâtre La Rubrique de concert avec la Polyvalente Jonquière. Même s'ils avaient été dûment préparés, on pouvait s'interroger sur l'accueil que les adolescents réserveraient à une pièce d'une heure fondée essentiellement sur le mouvement, puisqu'il n'y a pas de texte.
L'histoire est inspirée du mythe de Dédale, qui a construit un labyrinthe pour y cacher le Minotaure, une créature amalgamant les attributs de l'homme et du taureau. Celle-ci est tuée par Thésée à l'aide d'un fil que tisse Arianne, prélude à l'évasion spectaculaire de Dédale et de son fils Icare à l'aide d'ailes confectionnées avec de la cire.
Vêtus de noir, les comédiens Sara Moisan, Patrick Simard et Dany Lefrançois (celui-ci a signé la mise en scène) ont d'abord évoqué la création du labyrinthe au moyen de tiges de métal faisant penser à des pôles à rideaux. Posées sur la scène, elles semblent tracer un chemin que le trio s'amuse à défaire en créant des ouvertures.
On dirait un jeu et parfois, les jeunes spectateurs rient en voyant les interprètes multiplier les agencements, tout en se déplaçant rapidement. Ils exécutent une sorte de ballet qui prend une autre dimension lorsque les pôles recréent un cadre de porte. Les personnages s'y regroupent comme on le ferait pour une photo. Ils entrent. Ils sortent. Puis, Sara Moisan tire sur une corde: le fil d'Arianne.
Plusieurs scènes sont pleines de poésie, notamment celle où les comédiens manipulent une tête semblable à celle d'une statue antique. Ils la font bouger avec tant de précision qu'on croit qu'elle est vivante, mais ce n'est rien, comparativement à la séquence où tout ce beau monde s'abrite derrière un moustiquaire. Du coup, l'illusion est parfaite. On voit quatre têtes en mouvement, mais pas les mains.
Ce qui est bien, aussi, c'est qu'il n'est pas essentiel de suivre l'histoire à la trace. Parfois, il vaut mieux s'abandonner au spectacle, voir se déployer les ailes qui libéreront les protagonistes, puis un théâtre miniature qu'accompagne une jolie musique de cirque composée par Guillaume Thibert. On se laisse porter par la beauté du geste, sans se demander à quoi riment ces péripéties.
L'autre chose qui a impressionné hier, c'est la qualité d'écoute affichée par les jeunes. Eux qui étaient si turbulents, 30 secondes avant le début de la pièce, ont affiché autant de concentration - et de respect - qu'Edgar Fruitier lorsqu'il écoute du Bach. On les regarde de haut, mais ils pourraient servir de modèles à bien des adultes: les placoteux, les mangeurs de bonbons et les tousseux tonitruants.