L'agriculture est une activité dans laquelle on contrôle un écosystème pour l'amener à produire les plantes et les animaux qui nous intéressent plutôt que les plantes et les animaux qui y prospéreraient naturellement.

Contrôler ou pas la nature ?

L'autre matin, il y avait un lièvre qui se baladait dans le potager que ma conjointe entretient avec un soin jaloux. Il semblait apprécier la rectitude des rangées et la variété des feuillages offerts à sa dent dans ce parcours gastronomique. Un enfant dans un magasin de bonbons n'aurait pas eu l'air plus heureux. Pas question de négocier avec un lagomorphe assez gonflé pour s'attaquer aux salades de Suzanne! L'idée de lui mettre du plomb dans la cervelle m'est bien sûr passée par la tête. Mais en réfléchissant un peu, je me suis dit que le lièvre est un peureux légendaire. L'animal est donc retourné indemne dans son bois à grands bonds, les oreilles basses. L'anecdote m'a inspiré cette chronique.
Pression
L'humanité exerce sur la nature une pression de plus en plus forte, à mesure de la croissance de ses effectifs. Certaines de ces pressions sont directes, comme la pêche commerciale. D'autres indirectes comme les changements climatiques. Parmi les interventions humaines qui affectent la nature depuis plus de 10 000 ans, l'agriculture présente un terrain fertile pour le développement durable.
L'agriculture est une activité dans laquelle on contrôle un écosystème pour l'amener à produire les plantes et les animaux qui nous intéressent plutôt que les plantes et les animaux qui y prospéreraient naturellement. En éliminant la forêt ou la végétation naturelle, en labourant le sol et en le fertilisant, en semant telle ou telle plante, en contrôlant la végétation compétitrice, les insectes et les maladies, l'agriculteur s'assure une récolte qui répond aux besoins des humains et aux préférences du marché. Depuis la révolution industrielle, les machineries diverses alimentées au pétrole, les fertilisants et les pesticides issus de l'industrie chimique ont fait augmenter les rendements de manière remarquable. Malheureusement, cela s'est traduit par d'énormes problèmes environnementaux à l'échelle locale et globale. La perte de biodiversité, l'eutrophisation des lacs, des rivières et des eaux côtières, ainsi que les changements climatiques sont en grande partie attribuables à l'activité agricole. Pourtant, il faut bien nourrir les humains? Alors que faire?
Le biologique
Bien sûr, l'agriculture biologique est infiniment moins dommageable pour l'environnement que l'agriculture conventionnelle. C'est celle que nous pratiquons dans notre potager et il y a de plus en plus de producteurs qui s'y mettent. Dans la région, ceux qui sont réunis dans la coopérative «Nord-bio» sont un exemple. L'agriculteur biologique, s'il veut que ses produits soient reconnus comme tels, doit suivre un cahier de charges sévère qui est sujet à une vérification périodique par des inspecteurs accrédités. Les produits de notre potager, même s'ils n'ont jamais connu de produits chimiques ne peuvent donc pas être reconnus sous cette appellation. Cela ne veut pas dire qu'ils ne sont pas bons pour la santé et respectueux de l'environnement.
L'agriculture conventionnelle a beaucoup évolué au cours de la dernière décennie dans la région. Par exemple, en adoptant le semis direct, la lutte intégrée, les engrais verts, les haies brise-vent, en assurant la protection des bandes riveraines et bien d'autres pratiques, les agriculteurs ont réduit leurs impacts sur l'environnement et produisent mieux qu'avant. Ils contribuent à la variété des paysages régionaux et habitent le territoire, en le mettant en valeur. Plus encore, ils nous fournissent des produits frais qui donnent à l'été tout son charme. Cela constitue une valeur ajoutée qui devrait nous inciter à fréquenter les marchés locaux et à rechercher les produits régionaux sur les tablettes de l'épicerie. En effet, comment peut-on exiger des agriculteurs qu'ils protègent l'environnement si on n'achète pas leurs produits?
Que ce soit pour cultiver un potager ou un champ de maïs, il faut exercer un certain contrôle sur la nature. Lorsque les choses sont bien faites, la cohabitation est possible et chacun en ressort gagnant. Si «Grandes oreilles» pouvait comprendre cela et se contenter de trèfle et de pissenlits !
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