James Kerr montre comment on peut animer les images qu'il présente jusqu'au 25 mars, à la galerie La Corniche de Chicoutimi. Inspirées par des toiles de la Renaissance, elles mettent en vedette des personnages bibliques transposés à notre époque, ce qui est le cas de celle-ci, où Judas ramasse son journal comme le ferait n'importe quel banlieusard.

Comme si Jésus, Marie et Judas vivaient aujourd'hui

Vedette de l'exposition Don't Think, It's Alright, présentée jusqu'au 25 mars à la galerie La Corniche de Chicoutimi, le Montréalais James Kerr constitue la preuve qu'on peut trouver sa vocation en s'amusant. Les animations qu'il crée depuis cinq ans, à partir de toiles de la Renaissance modifiées avec humour, ont permis à cet artiste aussi connu sous le nom de Scorpion Dagger d'en faire son travail à temps plein.
Voici l'une des scènes conçues par James Kerr, un party de piscine réunissant une galerie de personnages bibliques. Elle est représentative du travail de l'artiste montréalais, dont l'une des sources d'inspiration, pour l'humour, est le groupe Monty Python.
Les premières animations ont été diffusées sur Tumbler et à partir du moment où ce réseau les a insérées dans sa vitrine principale, elles ont connu un succès planétaire. Des oeuvres ont été montrées dans le cadre de quelques expositions collectives, notamment en Suisse et en Angleterre, où on a pu les admirer au musée Tate Britain. Elles ont aussi généré des commandes prestigieuses, comme en font foi les contrats réalisés à la demande de Perrier, Gucci et le New York Times.
Pas plus tard que dimanche dernier, le célèbre quotidien a diffusé une image montrant Donald Trump essayant de communiquer sur Tweeter. On voit le président des États-Unis vêtu d'un peignoir et se grattant la tête, dans un décor tiré d'une toile de grand maître. En panne d'inspiration, il s'effondre sur le clavier et produit sans le savoir un message formé de lettres dépourvues de sens. Ainsi a-t-on illustré un article intitulé: Twitter est humain, effacer est divin.
C'est ce même James Kerr qui s'est pointé à Chicoutimi dans les derniers jours afin d'accrocher 20 images de son cru. Il s'agit de sa plus grosse exposition, laquelle réunit des oeuvres conçues depuis 2012. Les amateurs d'art, surtout ceux qui apprécient les peintres allemands et néerlandais de la Renaissance, les Brueghel, Dürer, Altdorfer et autres Cranach, prendront plaisir à retrouver des bouts de leur univers dans les collages réalisés grâce à Photoshop.
Puisque les sujets religieux étaient privilégiés à l'époque, le Christ, Marie, Judas et d'autres personnages tirés de la Bible tiennent la vedette sur maintes images. On pourrait croire que les situations absurdes dans lesquelles ils sont plongés lui ont attiré des bosses, mais James Kerr répond que les réactions négatives se font rares. «Moi-même, je respecte le Christ, ce qui ne m'empêche pas de l'utiliser pour critiquer certaines choses, dont l'accent mis sur le commerce», énonce-t-il.
Son esprit est proche de celui du groupe Monty Python, pas vraiment méchant, mais capable d'arracher un sourire au grincheux le plus endurci. Voir Jésus emprunter le look de Slash, le guitariste de Guns N' Roses, et gratter les cordes devant une petite église, provoque ce genre de réaction.
«C'est un hommage au clip November Rain. La musique constitue une bonne source d'inspiration», rapporte l'artiste. Après avoir produit des images fixes pendant dix ans, parfois de vrais collages, faits à l'aide de ciseaux et de colle, il est passé à Photoshop et à l'animation, ce qu'il appelle «la réalité augmentée». L'effet comique est ainsi amplifié.
Pour découvrir ses estampes numériques, il suffit de visiter le site identifié à Scorpion Dagger. On a aussi la possibilité de se rendre à La Corniche, puisque les 20 oeuvres qui y sont exposées font partie de la cuvée 2012-2017. Tout ce que ça prend pour les savourer dans leur pleine dimension, c'est un téléphone intelligent dans lequel on aura intégré l'application permettant de faire bouger les images.
C'est de cette manière que Judas apparaît, saluant ses voisins avant de ramasser son journal, comme s'il vivait en banlieue. Et sur le mur opposé, une collection de personnages bibliques sont rassemblés autour d'une piscine, une scène inspirée par un clip du groupe Suicidal Tendencies. «Je leur donne une autre vie, une vie différente de celle qu'ils donnent à voir au musée, affirme James Kerr. Ils se retrouvent à notre époque et je trouve ça le fun de les montrer ici, dans cette galerie.»
Kevin Titzer propose une vision décalée de la réalité
Voici l'une des scènes conçues par James Kerr, un party de piscine réunissant une galerie de personnages bibliques. Elle est représentative du travail de l'artiste montréalais, dont l'une des sources d'inspiration, pour l'humour, est le groupe Monty Python.
L'exposition Don't Think, It's Alright a été orchestrée par l'Arvidien Kevin Titzer. Après avoir présenté ses étonnantes sculptures à La Corniche, il a eu le goût d'y rassembler des oeuvres susceptibles de cohabiter harmonieusement, même si elles ont été créées par différents artistes. Certains sont originaires des Etats-Unis, comme lui, alors que d'autres proviennent du Saguenay-Lac-Saint-Jean ou de la Métropole, ce qui est le cas de James Kerr.
À propos de ce dernier, dont les images se trouvent au coeur de ce projet, le lien remonte à trois ou quatre ans. À sa demande, le Montréalais avait collaboré à une exposition collective tenue sur Internet, dont le sujet était le chanteur Bonnie «Prince» Billy. Et voici qu'il revient dans son orbite, cette fois à Chicoutimi. «Il était tellement content quand je lui ai offert de présenter ses créations au Saguenay. Ce sont de véritables oeuvres d'art», souligne Kevin Titzer.
Toujours à La Corniche, on peut admirer des dessins réalisés par Douglas Miller, un vieil ami originaire, comme lui, de l'Indiana. Son ours jumelant le dessin et l'aquarelle constitue, en soi, une raison suffisante pour se pointer à la galerie. «Il possède une grande technique et se laisse souvent guider par le hasard. On voit aussi que des choses sont inachevées sur ses tableaux. C'est volontaire», décrit le commissaire.
Le sculpteur arvidien Michel Fedak a réalisé cette oeuvre charmante représentant une baigneuse
Il a aussi été charmé par les créations de Aaron Tanner, auteur d'un livre d'art consacré au groupe rock The Pixies, et par les encres de la Chicoutimienne Maude Cournoyer, qui représentent des enfants. Ajoutez ses sculptures et celles d'un autre Arvidien, Michel Fedak, ainsi que des tableaux d'Arthur Villeneuve remontant à 1957, sur lesquels il a immortalisé Monseigneur Dominique Racine et le juge Roger Chouinard, et vous obtenez une exposition qui ne ressemble à aucune autre.
«Dans une galerie comme La Corniche, ouverte depuis longtemps, on s'attend à voir des paysages et des tableaux représentant un bol de fruits, fait observer Kevin Titzer. J'ai donc voulu amener de nouveaux visages, une vision décalée de la réalité, et dès le moment où ce projet a pris naissance, il y a deux ans., on m'a donné carte blanche. En plus, cet événement fait partie de la programmation du festival Regard sur le court métrage au Saguenay.»
Heureux de cette expérience qui lui a permis de renouer avec la fonction de commissaire, assumée pendant une dizaine d'années aux Etats-Unis, il est déjà prêt à récidiver. «J'ai amorcé des échanges avec l'UQAC pour monter une exposition dans trois mois, toujours à La Corniche. L'objectif consiste à montrer des oeuvres produites par des étudiants», révèle Kevin Titzer.
Un coup de jeune pour La Corniche
Propriétaire de La Corniche, Chantale Hudon accueille de nouveaux artistes dans le cadre de l'exposition Don't Think, It's Alright. Parmi ceux-ci, on remarque Douglas Miller, l'auteur de cette oeuvre magnifique.
Propriétaire de la plus vieille galerie de la région, La Corniche, Chantale Hudon apprécie au plus haut point le brassage d'images et d'idées qu'a provoqué l'exposition Don't Think, It's Alright. Elle croit qu'après 40 ans, ce commerce établi sur la rue Racine, à Chicoutimi, devait envoyer un signal aux jeunes générations, à l'effet qu'elles aussi pourraient y trouver matière à s'émerveiller.
«J'étais en réflexion à propos du marché de l'art. Je me demandais ce qui s'en venait, ce qui pourrait intéresser les jeunes, quand Kevin (Titzer) a offert de me présenter des choses nouvelles. Je trouve ça le fun d'avoir ce souffle-là , de prendre cette tangente. Grâce à cette exposition, je rajeunis la galerie», affirme Chantale Hudon.
Elle accueille avec ravissement des artistes dont le travail n'avait jamais été présenté à La Corniche, ce qui ne l'a pas empêchée de soumettre quelques propositions de son cru. C'est ainsi que les sculptures de Michel Fedak, tellement séduisantes, côtoient celles du commissaire Kevin Titzer, et qu'on peut découvrir des toiles d'Arthur Villeneuve qui ne ressemblent guère à celles qui l'ont rendu célèbre.
«Nous avons même de l'art numérique par l'entremise de James Kerr, l'un des artistes avec qui je n'avais jamais travaillé avant la mise en place de cette exposition. C'est un projet vraiment particulier, centré sur les coups de coeur de Kevin et qui, je l'espère, amènera plusieurs personnes à découvrir la galerie», fait observer Chantale Hudon.