Chercher une case minoritaire

Le 7 avril, il faudra bien que je choisisse parmi les quatre grands partis en lice. Parce que le droit de vote est trop précieux pour ne pas s'en servir. J'oublie Québec solidaire qui veut du transport en commun partout, totalement illusoire dans nos vastes régions. Augmenter le prix de l'essence punira forcément ceux qui franchissent de grandes distances, ceux qui jouent dans les Monts-Vallin la fin de semaine. La nationalisation du barrage d'Isle-Maligne promis par Amir Khadir ne pourra que jeter une douche froide sur une grande compagnie qui a structuré et nourri la région. Alors que l'aluminium s'effondre, c'est jouer avec le feu!
J'aime la franchise de Legault, sa promesse de serrer la ceinture de l'État plutôt que celle de la classe moyenne. Mais en fait, en éliminant les agences de santé et commissions scolaires, il passe la gratte dans les régions, pas dans les tours d'ivoire de Québec et Montréal. Tous les bras qu'il coupe à la pieuvre sont des organismes régionaux qui assurent un minimum de fonction publique en région. La théorie séduisante se râpe sur la réalité: qui organisera le transport scolaire? Qui partagera le temps des psychologues et autres orthophonistes dans les écoles? Le plan d'attaque pour donner un répit à la classe moyenne semble pétri de bonnes intentions... mais l'enfer en est pavé!
Le PQ
Le PQ, roi et maître dans la région, a perdu sa fougue en gagnant le pouvoir. Tout empreint de prudence, il empile les études, manipule l'agenda à son avantage. Au-delà des ministres sympathiques de la région, il a peu de solutions originales. Le CAMPS cher au député de l'opposition Gaudreault n'a pas avancé d'un iota sous l'égide du même député devenu ministre. Quand le gouvernement libéral a confisqué le barrage de Jim-Gray à Résolu pour punir la compagnie d'avoir fermé des usines malgré le bail de la Shipshaw, les péquistes le pressaient d'être exigeant et sévère. Juste avant l'élection, Résolu a récupéré son barrage, en échange de promesses d'investissements. Comme dans l'ancien bail.
Drôle de parti qui embauche comme candidat l'auteur de 14 lock-out, tout en puisant sa base dans les syndicats! Il nous a amené une Charte des valeurs irréaliste, cousue de voeux pieux qui ne règle que peu de problèmes concrets et s'égrènera dans un festival d'avocasseries. Et puis, il y a l'agenda même pas caché, l'ambition de préparer les Québécois à un référendum en multipliant les affrontements avec le fédéral.
Le PLQ
Le chef libéral Philippe Couillard a promis aux régions des redevances sur les ressources naturelles. Combien? Qui administrera le pactole? La CRÉ, formée de maires élus pour d'autres motifs, et qui se retrouvent à gérer des dossiers qui les dépassent, sans mandat ni imputabilité? Là aussi, la réalité émousse l'intention.
Il promet 225 millions $ pour la forêt, mais où prendra-t-il le fric? Dans ses pronostics économiques optimistes délirants? A-t-il emprunté des pelles à nuages à Québec solidaire? On nage dans les lieux communs, le chapelet des vagues intentions. Il prêche la compétence parce qu'il a trois économistes et trois médecins dans son équipe. Mais aucun ne précise comment sauver les cliniques médicales, ni comment créer les emplois promis, ni comment désamorcer Greenpeace qui massacre l'industrie de la forêt du haut du mont Royal.
Il manque neuf circonscriptions au PQ pour avoir une majorité, 13 aux libéraux, selon les experts. Même si les libéraux mènent au pourcentage, le défi est plus grand pour eux, parce qu'ils doivent renverser des majorités locales plus grandes pour arracher les comtés.
Je cherche la case «gouvernement minoritaire» sur mon bulletin de vote. On vote plus souvent, mais les partis doivent alors mettre de l'eau dans leur vin, voter ce qui fait l'unanimité, écouter. Bonne alternative, en attendant que la Commission Charbonneau me dise enfin à quel point la corruption dans la construction contamine le monde politique.