Entendre des milliers de personnes chanter Femme de rêve en choeur et presque sans fausses notes, ça relève de la magie. C'est pourtant ce qui s'est passé, hier soir, à Jonquière en musique. Nul doute, Claude Dubois attire encore les foules. Des foules géantes pour un géant de la chanson francophone.

Chanter faux...

Claude Dubois a fait une connerie, et l'a amplifiée en en débitant quelques autres. Il sirote une bouteille de vin à son hôtel, puis emmène ses deux enfants en auto à un resto voisin. Un quidam le dénonce. Il est coincé : le double de l'éthylisme permis! Mais au lieu de baisser la tête, honteux et contrit, il fait étalage de sa désinvolture irresponsable dans une entrevue.
Le « stool » ne lui aimait pas la face, prétend-il. Le voilà victime plutôt qu'agresseur. Voilà le dénonciateur méprisé, ravalé au rang de vil délateur. De plus en plus de citoyens ont compris qu'ils peuvent et doivent agir pour empêcher les drames, que le carnage cessera si nous devenons intolérants dans ce domaine. Le dénonciateur aurait-il dû s'adresser directement à Dubois pour l'inviter à prendre un taxi? Délicat! Si c'est un employé de l'hôtel, et que Dubois se braque, il risque son job. Et on ne sait jamais comment un éméché réagira. Le témoin, comme bien des Québécois, hait probablement la chicane, et n'a pas à materner une vedette sexagénaire.
L'autre jour, sur une terrasse, un couple aviné et bruyant nous amusait. Il se dirige en titubant vers le stationnement, on cesse de rire. Un ami dégaine son cellulaire, prêt à faire le 911. Le duo bifurque à pied vers un hôtel voisin. Ouf. Aucun de nous n'aurait pris la chance de gâcher la soirée en négociant avec un couple ivre. Hommage aux dénonciateurs. Dubois devrait féliciter le sien.
Fausseté
Le chanteur profite de l'entrevue pour ridiculiser la loi québécoise. Un seul verre de vin, et on perd son permis, dit-il. Il se victimise encore, en ânonnant une fausseté. La loi québécoise est plus tolérante qu'ailleurs. Il ne faut pas un, mais quatre verres de vin pour défoncer le. 08. Watson, une application gratuite, dans laquelle j'entre ma taille, mon poids, et mes consommations de la soirée, me permet de suivre mon état d'ébriété. Et si l'opération du logiciel devient trop compliquée, il faut prendre un taxi! Dubois ajoute qu'il avait dégusté une Côtes d'Ardoise, comme si un vin à 20 $ anoblissait l'ébriété au volant!
J'aime Claude Dubois. Pour sa musique, ses chansons, qui se font rares. Pour sa voix si juste et un peu voilée. Il vient de nous rappeler par son attitude qu'un artiste, si bon soit-il dans son domaine, représente rarement un modèle. Ils sont souvent torturés intérieurement, les artistes, ravagés par le besoin de plaire, de rester sur la carte, de faire oeuvre utile. Et parfois, pour rester vivant publiquement, ils enfourchent des causes douteuses, disent des énormités. Aimons-les pour leur talent. Mais leur talent ne leur donne pas plus de jugement que quiconque. Ni sur les lois contre l'ébriété au volant, ni sur la gestion des rivières ou des forêts, ni sur la vie politique. Aimons-les. Sans les idolâtrer.
New York
J'adore New York. On devrait aller une fin de semaine par an dans cette métropole trépidante, variée, à 12 heures de route. Mais je n'endure plus les voyages en autobus de nuit. Arriver crevée parce qu'on a peu ou mal dormi, traîner toute la journée ou pire encore, perdre deux heures pour une sieste réparatrice, non merci! La jeune Chelssy, 14 ans, est morte sur une autoroute du Vermont. Éjectée. La ceinture de sécurité dans les bus, ça coûterait trop cher. Le chauffeur d'autobus qui aussi lutte contre la nature : conduire de nuit, et dormir de jour.
Mais on n'a pas beaucoup le choix. Pour économiser une nuit d'hôtel, le voyageur québécois accepte ces contorsions. Le fournisseur de voyage l'estime trop « cheap » pour lui offrir mieux : des autobus avec couchettes, ou une brève nuit dans un vrai lit. J'ai essayé l'avion : les multiples surtaxes le rendent prohibitif. Le train, 150 $ seulement, mais faut se rendre, coucher et stationner à Montréal, et passer deux précieuses journées complètes de congé (11 h) dans un train poussif.
Reste la bagnole. Partir après le bureau, coucher dans le Vermont, stationner à Newark, et prendre une navette pour Manhattan. J'en suis là...