Le billet gagnant du tirage de vendredi de Lotto Max a été remporté par un groupe de 27 personnes travaillant à l'hôtel de ville de Saguenay. Le gros lot est évalué à un peu plus de 23 millions $.

Bye bye boss

CHRONIQUE / Je ne sais pas si c'est à cause de ce vieil épisode des Belles histoires des pays d'en haut de mon enfance, dans les années 60.
On voyait alors Séraphin refuser d'acheter un billet de la loterie de la colonisation du curé Labelle. Si mon souvenir est exact, c'était le dernier billet disponible et Alexis Labranche s'était proposé de l'acheter. Évidemment, il arriva ce qui devait arriver et le bel Alexis s'était fait un plaisir de brandir sous le nez de l'Avare son billet gagnant de 1000 $, déclenchant un accès de colère mémorable.
Toujours est-il que je ne suis pas capable de refuser de participer à un groupe de lotto. Mon pire cauchemar, ce serait de voir mes collègues gagner, sans moi, dans un groupe auquel j'aurais pu adhérer.
Depuis des années, on a un groupe au journal. D'aussi loin que je me souvienne - et ça fait 34 ans que j'y travaille - quelqu'un se dévouait pour collecter les collègues et acheter des billets. Même qu'on a déjà gagné un petit pot une fois. Un peu plus de 1000 $ chacun, me semble. Le dernier en lice, ce fut moi. Pendant plusieurs années, j'ai géré le groupe avec la Lotomatique, un outil qui fonctionnait très bien. Nous étions 20 et on payait une fois notre abonnement tous les six mois et le tour était joué. Malheureusement, Loto-Québec a changé ses façons de faire et il faut maintenant créer les groupes sur Internet et chacun doit s'ouvrir un compte puis joindre le groupe pour s'inscrire. C'est là que ça devient compliqué. Certains ne sont pas capables, ça proteste. Bref, j'ai laissé tomber et un collègue a décidé de prendre les choses en main et va acheter le billet de groupe une fois par semaine au dépanneur, nous obligeant dès lors à vérifier chacun nos billets chaque semaine et aller en personne nous faire donner le billet gratuit remporté ou encore le 1 $ de la cagnotte. Ça déplaît à tout le monde, certains se retrouvent avec des piles de dizaines de billets à faire vérifier avant de se décider d'aller toucher leurs lots de quelques dollars, mais pas question de lâcher. On s'en voudrait le reste de notre vie s'il fallait...
Les groupes de lotto au travail, ça devient un problème difficile à gérer. Ça prend donc des règles strictes, car justement, il faut donner sa chance à tout le monde et éviter de donner prise à des conflits qui pourraient éclater le jour où la chance finirait par se manifester.
Au début, tout un chacun décollait un groupe quand il y avait un gros lot et collectait les collègues présents. Comme il y a beaucoup d'horaires différents dans une salle de rédaction, ceux qui étaient absents protestaient en arrivant au travail et le ton montait : « Je prends toujours des billets, pourquoi vous ne m'avez pas embarqué ? J'aurais payé en arrivant ! »
Là, un autre se levait et partait un autre groupe avec les « oubliés ». Chacun priait alors pour que l'autre groupe ne gagne pas. Vous voyez le topo ?
La formation d'un groupe régulier a fini par être LA solution, mais cela a généré un autre problème. Car les groupes ne peuvent compter plus de 20 membres. Heureusement, ce n'est pas tout le monde qui a voulu embarquer au début et par la suite, une fois qu'il fut créé, ceux qui ont voulu s'ajouter se sont mis sur une liste d'attente.
Bref, on considère que tout le monde a eu une chance égale, et ceux qui n'étaient pas membres ont eu la chance de joindre le groupe à mesure que certains partaient à la retraite. À travers ça, certains collègues n'ont jamais adhéré par choix et ne doivent pas s'attendre à ce qu'on les prenne en pitié si jamais on gagne.