André Bonnel et Yvan Tremblauy ont fondé la Boulangerie du Royaume avec d'anciens collègues il y a 20 ans.

Boulangerie du royaume: pétrisseuse de confort

Plein Soleil. Pique Nique. Petit Nuage. Depuis 20 ans, la Boulangerie du Royaume pétrit et vend du réconfort. Tout n'a cependant pas été facile pour cette petite entreprise régionale qui, en conviennent ses fondateurs, a mangé son pain noir avant d'atteindre la rentabilité.
Une quarantaine de personnes travaillent pour l'entreprise, qui fournit du pain aux épiciers et aux restaurants de la région.
Quand Multimarques a fermé ses portes à Rivière-du-Moulin en 1996, huit employés se sont unis pour démarrer leur propre boulangerie. André Bonnel, qui était autrefois directeur des ventes, pointe que mis ensemble, cette équipe cumulait 210 années d'expérience dans le domaine de la fabrication du pain. Cela dit, il aura fallu bien de la patience et de la volonté pour faire de l'initiative visant à créer la Boulangerie du Royaume un succès.
«Ç'a vraiment pris un an pour lancer l'entreprise. Il a fallu trouver un local, acheter de l'équipement et monter notre équipe. Au début, la production n'était pas facile et je me souviens que nos gars partaient le matin avec des camions à moitié pleins», retrace André Bonnel, qui occupe le poste de directeur général. Il administre la compagnie avec son collègue de longue date, Yvan Tremblay, qui porte le chapeau de directeur des opérations.
Au fil des ans, la boulangerie jonquiéroise s'est élevée au rang de fleuron régional. Et c'est entre les frontières du Royaume que la PME d'une quarantaine d'employés a choisi de concentrer ses activités. Le haut du lac demeure en développement, mais les épiciers et restaurateurs du Saguenay forment le noyau de la clientèle de la boulangerie du Royaume, nichée à l'orée du parc industriel, sur la rue Alexis-le-Trotteur.
Pour devenir la plus importante boulangerie commerciale du Saguenay-Lac-Saint-Jean, l'entreprise a joué la corde régionale et a misé sur la fraîcheur de ses huit variétés de pain.
«Ce n'est pas tout d'être régional. Il faut avoir de bons produits. Notre pain de sol, le Plein Soleil, qui est un pain sans gras sans sucre, se démarque par sa fraîcheur et par son goût. Les gens sont attachés aux goûts régionaux», note André Bonnel.
Yvan Tremblay se souvient de l'époque où la Boulangerie du Royaume ne produisait que 5000 pains par semaine. Après 20 ans d'activités, 30 000 unités sortent de l'usine jonquiéroise sur une base hebdomadaire. Une cinquantaine de variétés émergent des fours de la boulangerie chaque jour, dont plusieurs sont destinées au domaine de la restauration, notamment les petits pains ronds. Le lien qu'a su tisser l'entreprise avec les restaurateurs lui a d'ailleurs permis de traverser les époques. Dans un contexte économique difficile, ces partenariats se sont avérés cruciaux pour assurer la pérennité de la boulangerie.
Une quarantaine de personnes travaillent pour l'entreprise, qui fournit du pain aux épiciers et aux restaurants de la région.
Coup dur en 2014: reconquérir Costco
La petite PME a encaissé un dur coup en décembre 2014, alors que le géant Costco l'a chassée de son entrepôt de Chicoutimi, dans la foulée d'un imbroglio entourant l'étiquetage d'une variété de pain.
Parmi la liste d'ingrédients utilisés pour la fabrication du Plein Soleil se trouvait le lactosérum en poudre. L'Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA) a d'abord avisé la direction de la boulangerie qu'elle devait modifier ses emballages pour y inclure le mot lait. Par la suite, une alerte a été lancée par l'agence fédérale et la situation a pris une ampleur démesurée.
«On a perdu Costco, qui était notre plus gros client. On était premier ou deuxième vendeur et ça représentait entre 500 000$ et 600 000$ par année, sur un chiffre d'affaires d'environ 5 millions $. Ce dossier-là nous a fait vieillir de dix ans», explique-t-il.
Trois ans plus tard, la Boulangerie du Royaume tente de recouvrer sa place sur les tablettes de l'entrepôt. La saga des étiquettes a forcé l'entreprise à revoir ses façons de faire et à prendre des mesures pour améliorer certains de ses procédés. Précisant que les standards de Costco sont très élevés, Yvan Tremblay explique que la boulangerie a maintenant la certification HACCP, une norme d'hygiène pointue dans le domaine de l'agroalimentaire. Ça augure bien, selon lui.
«On espère avoir un nouvel audit prochainement qui nous permettra de rentrer nos produits chez Costco. On vendait quatre fois plus là que chez notre plus gros client», met en relief André Bonnel. Il confie, au passage, que le fait de détenir une place de choix dans un commerce d'une telle superficie et de bénéficier d'un achalandage colossal chaque jour représente une vitrine inouïe. Il fait aussi valoir que cette position enviable avait de quoi faire des jaloux chez la compétition.
Une quarantaine de personnes travaillent pour l'entreprise, qui fournit du pain aux épiciers et aux restaurants de la région.
Un défi quotidien
Ça joue du coude dans l'industrie du pain.
André Bonnel explique que dans les supermarchés IGA, par exemple, 75 pour cent des étalages sont réservés à l'usage exclusif de POM. Il ne reste donc que 25 pour cent de l'espace pour la totalité des marques restantes.
«Le fait d'avoir et de conserver nos espaces sur les tablettes est un défi constant. C'est toujours à faire. Les contrats nationaux que les supermarchés signent avec les grosses compagnies font en sorte que la compétition est très dure. On est chanceux d'avoir une entreprise qui va bien et d'avoir des clients qui nous sont fidèles», observe le directeur général.
La chance n'y est probablement pas pour grand-chose puisqu'une visite des installations de la Boulangerie du Royaume, agrandies trois fois en 20 ans pour passer de 3500 à 10 000 pieds carrés, révèle une fourmilière d'activité et une chaîne de production réglée au quart de tour.
«On est à peu près 50 pour cent manuels et 50 pour cent automatisés. C'est rare dans les boulangeries commerciales qu'il y ait encore autant d'intervention humaine», fait remarquer Yvan Tremblay, dans une usine où l'odeur envoûtante du pain donne réellement faim.
Celui qui travaille dans l'industrie depuis 50 ans songe à se retirer dans un avenir relativement rapproché. Même chose pour son collègue André Bonnel, qui se souvient d'une époque où il se levait aux petites heures pour les besoins de la boulangerie et qui se disait «dans quoi est-ce que je me suis embarqué?».
Les deux hommes, dont il ne serait pas exagéré de dire qu'ils ont gagné leur pain à la sueur de leur front, veulent d'abord assurer l'avenir de la compagnie qu'ils ont bâtie.
«Les gens ne se souviennent plus qu'à une certaine époque, une certaine entreprise a acheté toutes les boulangeries du coin pour les fermer. Nous, on veut que notre entreprise reste», dit Yvan Tremblay. Le directeur des opérations n'est pas peu fier de dire que 52 000 lbs de farine sont achetées aux dix jours par la Boulangerie du Royaume pour pourvoir les besoins relatifs à la fabrication du pain.
En bref
Fondation : 1997
Emplois : 40
Usine : 10 000 pieds carrés
Chiffre d'affaires annuel : 5 millions $
Quantité de farine utilisée : 26 tonnes par dix jours