Le président et chef de la direction de la Banque Nationale, Louis Vachon, a donné une conférence mercredi sur l'invitation du Centre d'entrepreneuriat et d'essaimage de l'Université du Québec à Chicoutimi.

«Bombardier doit rembourser à profit», selon le président de la BN

« Je pense que la chose sur laquelle Bombardier doit se concentrer au cours des trois ou quatre prochaines années, pour redorer son blason, car c'est clair que la réputation de l'entreprise en a souffert, ce n'est pas compliqué, c'est de rembourser à profit les contribuables québécois puis rembourser à profit la Caisse de dépôt », a lancé le président et chef de la direction de la Banque Nationale, bien placé pour commenter la situation, ayant lui-même récolté un salaire de plus de 7 M $ en 2016.
Le dirigeant a rencontré Le Quotidien à la suite d'une conférence donnée à l'invitation du Centre d'entrepreneuriat et d'essaimage de l'Université du Québec à Chicoutimi où il a brossé un tableau des perspectives économiques au Québec, au Canada et dans le monde.
En entrevue, il a été invité à s'exprimer sur le récent débat au Québec entourant la hausse des salaires des dirigeants de Bombardier, revue depuis. Initialement, les six plus hauts dirigeants du constructeur d'avions et de trains devaient se séparer un montant global de 32,6 millions $US, soit une hausse de 50 % sur un an.
« J'ai déjà vécu ce débat-là (de voir son salaire critiqué). Mais dans la situation de Bombardier, ce qui a fait que les gens étaient particulièrement sensibles, c'est à cause du soutien gouvernemental. C'est arrivé partout où les entreprises ont bénéficié de soutien gouvernemental, surtout depuis dix ans avec la crise financière. Ç'a rendu l'enjeu de la rémunération pour ces entreprises là encore plus délicat pour l'opinion publique », a-t-il analysé.
Selon lui, la marche à suivre est claire pour Bombardier, s'ils veulent regagner la ferveur des Québécois.
« Leur mission c'est de regarder la population du Québec dans les yeux et de leur dire ''oui, on comprend qu'on a perdu des plumes, mais regardez-nous bien aller et on va vous rembourser à profit et vous allez être fiers de nous autres''. Oui, les enjeux de quelques millions de dollars de rémunération c'est très important en termes de relations publiques, mais n'oubliez pas qu'ils ont plus d'un milliard de la Caisse de dépôt et plusieurs centaines de millions du gouvernement du Québec. L'important c'est d'être remboursé à profit », a-t-il poursuivi.
Comment justifier les salaires ?
Le Quotidien a demandé à M. Vachon comment il pouvait expliquer et justifier que des hauts dirigeants comme lui puissent avoir droit à des salaires qui sont 50, 100 ou même 200 fois supérieurs au salaire moyen des Québécois. « L'augmentation des salaires est reliée à plusieurs facteurs. D'abord, c'est la course au talent. Mais le fait le plus important, c'est la divulgation des salaires comme dans le monde du sport. C'est ce qui a causé l'explosion. La transparence qui est perçue comme quelque chose de positif a eu un effet négatif », a-t-il expliqué. Il serait faux selon lui de dire que l'explosion des salaires est pire aujourd'hui qu'il y a quelques années. « J'ai le même salaire que mon prédécesseur a eu en 2006, soit autour de 7 M $ », a-t-il cité en exemple.
Louis Vachon justifie également son salaire par le processus mis en place à la Banque Nationale. « Chaque année, il y a un vote consultatif sur la rémunération. On demande à nos actionnaires, qui sont nos propriétaires. Le plus faible taux a été de 92 % », a-t-il raconté. De plus, le résultat serait significatif, car plus de 50 % des votes possibles sont exprimés chaque année par les actionnaires présents à l'assemblée annuelle. 
Le président de la BN croit qu'un autre élément essentiel pour une bonne acceptation dans la population est de lier les salaires à la performance. C'est d'ailleurs un des points du débat entourant Bombardier, alors que plusieurs estimaient que la performance financière de l'entreprise ne justifiait pas les hausses accordées.