Le président de la Fédération des producteurs de bois du Québec, Pierre-Maurice Gagnon (au centre), est entouré du président du syndicat de la Gaspésie, Berthold Gagné, et du directeur général, Marc-André Côté. Ils ont fait le point sur la situation du marché du bois au Québec.

Bois d'oeuvre: la hausse n'a pas profité aux producteurs privés

Les producteurs privés de bois du Québec n'ont pas été en mesure de profiter de la hausse des prix du bois d'oeuvre canadien sur le marché américain. Ces derniers atteignent des plafonds historiques au moment où un autre litige sur le bois d'oeuvre risque de provoquer un ralentissement des exportations vers les États-Unis et une possible baisse des prix.
Les représentants des 30 000 membres de la Fédération des producteurs de bois du Québec sont en congrès à Jonquière pour faire le point sur l'état de l'industrie qui subit des transformations profondes. Ils doivent en même temps garder à l'esprit que le litige sur le bois d'oeuvre avec les États-Unis a déjà eu des impacts puisqu'ils ne parviennent pas à profiter de la hausse des prix qui se concrétise sur le marché américain depuis plusieurs mois.
« Les prix sont stables », tranche le président de la fédération, Pierre-Maurice Gagnon. Au Québec, certaines régions n'ont aucune possibilité de profiter de la hausse alors que d'autres comme le Saguenay-Lac-Saint-Jean ont jugé opportun de signer des contrats à partage de risque.
Selon le directeur général de la fédération, Marc-André Côté, les producteurs privés sont d'une certaine façon mis à profit pour financer les coûts de la surtaxe. « Le financement va provenir de trois sources : les consommateurs américains, les gouvernements avec les garanties de prêts et les fournisseurs des usines de sciage au Canada », a répété le directeur général.
Les gagnants de cette bataille commerciale que le Canada a déjà remportée devant toutes les instances de commerce international sont les scieurs américains. Lors du dernier conflit, huit entreprises américaines du domaine du bois d'oeuvre ont récupéré un magot de 500 millions $ laissé sur la table par l'industrie canadienne dans le cadre de l'entente pour mettre fin au conflit.
Il ne faut pas sous-estimer l'approvisionnement provenant du secteur privé dans les scieries québécoises. Elles acheminent plus ou moins 17 % des volumes de bois transformés selon Pierre-Maurice Gagnon. Ce volume grimpe de 10 % lorsque l'on tient compte du bois provenant des producteurs privés américains qui vendent du bois à des scieries québécoises frontalières.
L'objectif de la fédération est de faire comprendre aux Américains que le système québécois est aussi appuyé sur le principe de la libre concurrence dans le marché du bois rond. Les producteurs privés négocient des contrats d'approvisionnement avec les usines de sciage en fonction de la valeur du marché. 
Il s'agit d'une relation d'affaires qui ne repose sur aucune intervention de l'État. En ce moment, un mètre cube de bois dans les espèces de résineux se vend plus ou moins 63 $ livré dans la cour de l'usine. 
Selon Pierre-Maurice Gagnon, le prix est semblable à celui défrayé par les entreprises pour récolter le bois dans la forêt publique.
Il n'est toutefois pas question pour la fédération de faire cavalier seul dans ce conflit. Le président Pierre-Maurice Gagnon juge qu'il est impératif de respecter les partenaires traditionnels des producteurs privés au sein de la coalition. 
Il a souligné que les producteurs privés américains qui fournissent le bois aux entreprises de sciage au sud de la frontière sont en désaccord avec l'imposition de cette taxe à l'exportation.
Lots à bois et bois de chauffage
Le paysage évolue rapidement au sein de la Fédération des producteurs de bois du Québec. Il y a dans la province 100 000 propriétaires de boisés privés. De ce nombre, la fédération représente un peu plus de 30 000 propriétaires qui décident pour différentes raisons d'exploiter leur boisé sur une base commerciale. Selon Berthold Gagné, le lot à bois de la ferme était autrefois la police d'assurance de la famille pour les coups durs.
Les lots passent aujourd'hui entre les mains d'une nouvelle génération qui n'a pas nécessairement de connaissance en matière d'exploitation forestière, la fédération doit donc s'adapter à cette évolution et de plus en plus de producteurs propriétaires choisissent de confier à des entrepreneurs la récolte.
Dans certaines régions du Québec, on assiste à des changements de vocation. Des chasseurs se regroupent pour acheter un boisé. « Un jour ou l'autre, ils se rendent compte qu'ils doivent exploiter leur lot pour attirer du gibier », reprend le vice-président de la fédération.
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Le bois de chauffage est toujours aussi populaire au Québec si l'on tient compte des sondages réalisés par la fédération. De nouveaux sondages ont été menés et confirment que les producteurs de bois récoltent chaque année entre 1,5 et 2 millions de mètres cubes de bois destiné au chauffage.
Ces volumes sont stables depuis plusieurs années. Le chauffage au bois a donc résisté à la vague de popularité des autres modes de chauffage alternatifs comme les granules ou les appareils modernes au gaz. Pour certains producteurs, il s'agit d'un revenu d'appoint intéressant. Aujourd'hui, les producteurs de bois de chauffage utilisent des équipements complets qui ont diminué la charge de travail pour rentabiliser cette activité. 
Aide financière de 40 M $ réclamée
Les producteurs de boisés privés du Québec réclament une aide de 40 M $ sur une période de quatre ans. Ils souhaitent ainsi faire face à l'épidémie de la tordeuse du bourgeon de l'épinette qui fait des ravages dans l'est de la province et qui commence à infester les forêts régionales de résineux avec des conséquences importantes pour les producteurs.
Pour le moment, la fédération est incapable de comptabiliser les pertes causées par cette infestation cyclique dans les forêts. Le président Pierre-Maurice Gagnon a indiqué aux délégués qu'il allait, à titre de producteur, tout faire pour récolter le bois atteint avant qu'il devienne inutilisable dans les scieries.
« Autrefois, nous étions en mesure de passer ces volumes dans le bois de pâte. Aujourd'hui, les scieurs sont plus sélectifs et le bois n'est plus utilisable lorsqu'il arrive à un certain stade. Il casse et n'est pas bon pour le sciage. Au Québec, 25 usines achetaient du bois de pâte au début des années 1980. Aujourd'hui, il n'y a plus que deux usines qui achètent cette qualité de bois », explique le président.
Il a donc invité les producteurs à adopter le comportement de la tarte dans l'armoire. Il faut en manger pendant trois ou quatre jours pour ne pas la perdre. Ce qui signifie que les producteurs récoltent le capital immédiatement tout en créant sur leur propriété une baisse de possibilité dans le temps.
« Le problème est le nombre d'usines et leur capacité de sciage. On peut bien vouloir tout récolter le bois dès la première année qu'il est atteint, mais on doit avoir les usines pour le transformer », évoque le vice-président Berthold Gagné.
Les sommes réclamées du gouvernement du Québec serviront quant à elles aux arrosages des zones dévastées par la tordeuse ainsi que la remise en état des terrains avec des opérations de reboisement massives pour relancer le cycle de croissance de la forêt privée.
L'autre problème qui pointe à l'horizon pour les producteurs de bois concerne les surplus de copeaux qui se constituent en ce moment au Québec. Il s'agit encore une fois de la baisse importante de la demande de l'industrie de la pâte. Selon le directeur général de la fédération Marc-André Côté, il devient important que l'industrie puisse développer de nouveaux produits du bois pour utiliser ces volumes de matière ligneuse.