Bois d'oeuvre canadien: le prix explose

Le prix du bois d'oeuvre canadien a explosé sur le marché américain, la semaine dernière, alors que la valeur moyenne a augmenté de 30 $ du 1000 PMP en moyenne avec des pointes à 50 $ d'augmentation dans des produits plus populaires comme le 2x4 par 9 pieds. Ces chiffres traduisent bien le niveau « d'émotivité » qui prévaut dans les relations commerciales canado-américaines.
L'économiste en chef du Conseil de l'industrie forestière du Québec (CIFQ), Michel Vincent, est loin d'être surpris de voir les prix s'envoler. Tous les acteurs de l'industrie s'attendent à l'imposition d'une surtaxe de 25 % au mois de mai. Il est aussi possible que la surtaxe soit rétroactive et donc payable sur les exportations à partir de cette semaine si elle est imposée à partir du premier mai.
« Nous nous retrouvons dans une situation où les producteurs veulent limiter les exportations, ce qui rend la demande plus faible. Il y a de l'autre côté de la frontière de grands joueurs de l'industrie comme acheteurs spécialisés ; les grandes chaînes de quincaillerie et les constructeurs d'habitation et autres qui veulent refaire leur inventaire et éviter la taxe. Quand l'offre est faible et la demande est forte, la loi économique s'applique et les prix augmentent », ajoute Michel Vincent.
Pour le moment, personne n'est en mesure de prédire le résultat des discussions entre le gouvernement canadien et les États-Unis sur les mesures qui seront décrétées pour limiter l'accès du bois canadien au marché américain. Il y a donc, selon l'économiste, différents mouvements et il n'est pas écarté qu'en raison des grands mouvements, le prix redescende assez vite.
« On décrit cette situation en expliquant qu'il y a de l'émotion dans le marché. Les gens réagissent émotivement alors que tout le monde est dans l'expectative. C'est comme la rencontre entre le premier ministre Justin Trudeau et le président Donald Trump, lundi. Une seule allusion à la problématique du bois d'oeuvre de part et d'autre peut avoir une influence sur le prix alors que la décision revient au Congrès américain. »
Selon les relevés du CIFQ sur lesquels les grands joueurs de l'industrie tablent dans les transactions, le prix de référence est passé de 469 $ CAN à 506 $ CAN pour le 1000 pmp dans l'espace d'une semaine. L'an dernier, pour la même période, le prix était de l'ordre de 423 $ CAN.
La part du Québec
En ce moment, tout le monde retient son souffle dans l'industrie québécoise malgré l'augmentation des prix. Les impacts d'une surtaxe seraient majeurs alors que l'industrie canadienne a bénéficié du libre-échange au cours de la dernière année. Selon Michel Vincent, le Québec occupe 5 à 6 % de l'offre sur le marché américain. Il s'agit d'une part importante si l'on considère qu'il s'agit du plus important marché au monde.
« Le bois du Québec a une bonne place et les constructeurs américains apprécient l'utiliser. C'est un produit de très bonne qualité. L'association américaine, qui regroupe les constructeurs d'habitation, fait des pieds et des mains pour contrer cette surtaxe, mais elle n'a pas le même poids politique que l'industrie américaine du sciage », reprend Michel Vincent.
Cette bourrasque sur le marché du bois d'oeuvre survient alors que les éléments fondamentaux de l'économie américaine sont solides. Ce qui signifie que les mises en chantier sont au rendez-vous pour un certain temps et que le prix du bois se maintient. La robustesse dans la demande ajoute donc de la pression sur les prix en plus des facteurs reliés à l'incertitude de barrières commerciales qui seront imposées à partir du premier mai.