Les Français sont restés stoïques devant les révélations des incartades extra-conjugales de leur président. Selon un sondage, 80% d'entre eux s'en fichent. Mais le magazine «Closer», qui a saisi les clichés insolites d'un président sur un scooter, a néanmoins doublé son tirage.

Avoir le droit d'être imparfait

Les Français sont restés stoïques devant les révélations des incartades extra-conjugales de leur président. Selon un sondage, 80% d'entre eux s'en fichent. Mais le magazine «Closer», qui a saisi les clichés insolites d'un président sur un scooter, a néanmoins doublé son tirage.
Les Français sont jaloux de leur vie privée. Ils clôturent lourdement et hautement les jardinets devant et derrière les maisons. D'épaisses haies ou des toiles obturent les grilles. De lourds et hermétiques volets doublent les fenêtres. Impossible d'écornifler, comme chez nous, en passant dans la rue!
La presse nord-américaine prêche que le comportement privé est garant des attitudes publiques. Si tu mens à ta famille, à tes proches, si tu dissimules tes penchants, mentiras-tu à tes électeurs, leur cacheras-tu l'essentiel? D'ailleurs, nos politiciens avalisent cela en exhibant leur famille sur les tribunes électorales, comme une caution de leurs bonnes moeurs. Les Français sont plus respectueux de la vie privée, et la distinguent de la vie publique.
Paradoxe
Le maire de Saguenay «twittait» récemment que la vie de Pierre-Karl Péladeau et de Julie Snyder ne le regarde pas. Pourtant, il étale sa relation avec Dieu, qui ne nous regarde plus guère, et insiste sur la vigueur de sa vie matrimoniale.
Un peu comme lui, le Québec reste paradoxal sur la question. On voudrait que le maire de Toronto soit démis de ses fonctions, mais André Boisclair n'est pas devenu personna non grata quand il a avoué sa consommation de cocaïne. On se délecte des images du manoir de Pauline Marois, mais nul ne nous montre les résidences (probablement pas des cambuses) de François Legault ou de Philippe Couillard!
On adule René Lévesque, mais élirait-on aujourd'hui un transfuge aux cheveux gras, qui fume comme une cheminée, joue aux cartes toute la nuit, a la main leste avec les femmes, et embauche sa conjointe dans son cabinet politique? Non: à preuve, on a forcé le sénateur Boisvenu à se départir de l'adjointe dont il était tombé amoureux, alors qu'elle travaillait déjà pour lui!
Ce quizz revient souvent sur le web: «vous devez élire le président du monde: le candidat «A» est associé à des politiciens véreux et consulte des astrologues. Il a eu deux maîtresses, fume énormément, et boit huit à dix martinis par jour. Le candidat «B» a déjà été viré deux fois, dort jusqu'à midi, fumait de l'opium au collège, et boit un litre de whisky par jour. Le candidat «C» est un héros de guerre médaillé, végétarien, boit une bière occasionnellement, et n'a jamais eu d'histoires extra-conjugales». On élirait sans doute le troisième: Hitler. Le premier étant Roosevelt, et le second Churchill...
Sport extrême
On ne peut pas juger un homme à sa vie privée. Surtout de nos jours, où la politique est devenu un sport extrême, qui nécessite une perpétuelle attention aux détails, aux mots, au non-verbal, à l'allure. Tout être humain équilibré a besoin de se détendre, baisser la garde, expulser sa colère, sa frustration, faire le fou, être un peu grossier. Le maire d'une grande ville avait l'habitude de «pisser» sur un arbre devant sa maison quand il rentrait exténué, le soir. Par besoin intrinsèque de faire une fois dans sa journée quelque chose de pas comme il faut. Péter, roter, fumer, prendre un verre de trop, baiser dans un endroit insolite, jouer à l'argent, risquer une fois, de temps en temps, ce qu'un calibreur d'image réprouve. Ressentir ce petit frisson appelé liberté.
On ne peut cependant pas accepter qu'un politicien cache des gestes illégaux ou inavouables. Tout ce qu'il dissimule donne des outils de chantage aux magouilleurs éventuels.
La classe politique devrait faire confiance au public, indulgent et lucide; avoir assez de candeur pour ne pas jouer la comédie de la sainteté. On vit tous sous pression. On fait tous des conneries. On a droit à l'imperfection. Mais quand certains se font passer pour infaillibles et parfaits, on prend un certain plaisir quand tombe le masque!