Edwige Kéké, aussi connue sous le nom de Késoued.

Aux couleurs de l'Afrique

La pièce est minuscule et pourtant, ce n'est pas ce qu'on remarque au premier chef. Ce sont les tableaux et les objets d'artisanat créés par Edwige Kéké, aussi connue sous le nom de Késoued. Elle qui vient d'ouvrir un atelier au 416 rue Racine, à Chicoutimi, a transposé les formes et les couleurs de l'Afrique au coeur de sa région d'adoption.
Il suffit d'un coup d'oeil pour se sentir ailleurs. De grands tableaux peuplés de femmes tantôt séduisantes, tantôt industrieuses - et parfois, les deux en même temps - forment un joyeux contraste avec le profil rigoureux des façades du centre-ville, vues du troisième étage. On imagine ce que ça donnera, les jours de tempête de neige. L'image sera encore plus séduisante.
Rencontrée récemment, l'artiste mettait la dernière main à l'aménagement de son petit paradis créatif. Originaire du Cameroun, elle a étudié en art au Bénin et au Sénégal avant d'amorcer sa carrière à Madagascar. Un ami rencontré là-bas est devenu son conjoint, ce qui explique l'arrivée de Késoued à Montréal, il y a 18 mois.
«J'adore la culture québécoise et tous les temps qu'on retrouve ici. Quand j'ai découvert la neige, je me suis dit: «Wow!» J'ai ensuite fait une peinture là-dessus», raconte la jeune femme. En juin, elle a vécu un nouveau déménagement, cette fois au Saguenay, où son conjoint a déniché un emploi. L'idée d'ouvrir un atelier s'est rapidement imposée.
«J'ai hâte de travailler ici. Peut-être que les couleurs vont changer, mais ma culture va rester», anticipe Késoued. Ouvert au public du lundi au vendredi, de 9h à 17h, son atelier, qui fait également office de galerie, renferme des oeuvres conçues en Afrique, de même qu'au Québec. Elles témoignent d'une vision originale, à la fois moderne et traditionnelle, de la vie en Afrique.
Éloge des femmes
On l'a mentionné tantôt, les femmes sont très présentes dans l'univers de Késoued. Elle admire les Africaines, qui doivent trimer dur pour assurer la subsistance de leur famille. Leur contribution, qui n'est pas encore reconnue à sa juste valeur, n'a rien à envier à celle des hommes.
«Dans mes tableaux, je veux montrer la richesse intérieure des gens, leur richesse de coeur, tout en illustrant la condition féminine en Afrique. Là-bas, les femmes votent depuis peu de temps et elles sont encore lésées», déplore l'artiste en donnant l'exemple de la polygamie, une pratique qui est toujours légale dans certains pays.
Provenant d'une famille instruite (son père était médecin, sa mère enseignante), Késoued a eu la chance de s'affranchir des anciens «patterns». Ses parents, qui voyageaient beaucoup, lui ont permis d'étudier pendant trois ans au Bénin, où la culture traditionnelle est plus présente qu'au Cameroun. Ce fut le point de départ de son cheminement artistique.
«C'était le pays de mon père et il voulait que j'apprenne la langue, la culture locale. Je suis arrivée là-bas à 15 ans et j'ai appris la technique du dessin, entre autres, ainsi que l'art du portrait, qui est très particulier. En peinture, les visages africains sont très durs», note la Saguenéenne d'adoption.
À Dakar, au Sénégal, elle a poursuivi sa formation en apprivoisant différentes techniques artisanales et en continuant à faire de la peinture. «J'ai travaillé avec de l'argile, du raffia, du bois, de la pierre et de la calebasse. En Afrique, l'enseignement est moins théorique», rapporte Késoued. Après son passage à l'École des beaux-arts, elle était prête à offrir ses créations au public.
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