Une place en garderie coûte 56$. Le parent doit, selon le ministre, payer 16% du coût réel, donc 9$.

Arnaques étatiques

Le budget péquiste bâclé en vitesse pour provoquer des élections nous a passé sous le nez une jolie arnaque légale. La Presse-affaires a flairé l'astuce, l'a dénoncée. Mais si elle ne provoque pas plus de vagues, on retrouvera sous le prochain gouvernement ce plan pour spolier incognito la laborieuse classe moyenne. Il s'agit des garderies scolaires à 9$.
Une place en garderie coûte 56$. Le parent doit, selon le ministre, payer 16% du coût réel, donc 9$. Mais une place en garderie scolaire coûte à l'État 12$, parce que les enfants y sont moins longtemps, amènent leur lunch, et que les locaux scolaires gratuits sont déjà tout équipés pour le jeu, dehors comme dedans. Dans son budget, le ministre prévoit que les parents paieront aussi 9$ pour la garderie scolaire, ce qui représente 75% du coût total.
Les parents se font flouer. S'ils payaient le total de 12$ et réclamaient l'exemption fiscale pour les frais de garderies, ils économiseraient. Certains ne paieraient que 3$ la place, d'autres 6$, mais aucun 9$. C'est donc jusqu'à 6$ par enfant par jour que le gouvernement piquera aux parents de la classe moyenne. Ni vu, ni connu, abracadabra! Il escompte qu'ils ne réaliseront pas que verser 12$ par jour pour la garderie scolaire leur coûterait moins cher que ce 9$ apparemment magnanime.
Le silence des libéraux, pourtant friands d'économie, est aussi inquiétant que le sourire goguenard des péquistes qui nous ont passé cette petite vite... Une des adjointes de M Couillard me racontait qu'il veut faire les choses autrement, et ne pas s'opposer à tout par principe. S'il se dit qu'il ferait pareil, il ne dénonce pas. Il n'a pas dénoncé la subtile arnaque des places à 9 $ en garderie scolaire.
À leur décharge, les politiciens détestent entrer dans des raffinements sagaces. Les journalistes aussi. Or, l'astuce est si fine qu'on ne peut la caricaturer en un calcul grossier; on laisse aller, on va vers des sujets plus simples.
Un ancien ministre du revenu se plaisait à rappeler que l'art de l'impôt consiste à arracher le plus de plumes à la poule en déclenchant le moins de cris possible! Cette fois, la poule n'a rien senti!
Les cellulaires.
Le fédéral n'est pas en reste. Sous couvert d'une tentative chevaleresque pour mettre au pas les compagnies de cellulaires, il vient d'empocher cinq milliards de dollars, sans créer de concurrence supplémentaire. Il a mené tambour battant une campagne intitulée Plusdechoix.ca. Il a mis à l'encan de nouvelles fréquences cellulaires pour, disait-il, attirer de nouveaux joueurs, bousculer la poignée de compagnies qui font payer les Canadiens plus cher pour leurs cellulaires que partout ailleurs dans le monde. Résultat: Vidéotron s'ajoute aux 3 joueurs de l'Ouest Canadien: Bell, Telus et Rogers. Mais au Québec, statu quo: le quatuor garde son hégémonie.
Les nouvelles fréquences permettront une meilleure réception dans des zones mal desservies. Mais il faudra pour ça le téléphone de luxe qu'on nous rançonnera chèrement. Rien n'oblige les compagnies à servir les routes isolées, comme la 172 vers la Côte-Nord ou la 155 vers La Tuque. Seul gain concurrentiel: Vidéotron vendra peut-être des Iphones qui ont besoin de ces fréquences plus élevées.
Il y a cependant un grand gagnant à cet encan; le gouvernement lui-même. Il empoche 5 milliards de dollars. Belle provision pour jouer les généreux aux élections de 2015! Les compagnies qui ont préservé leur oligopole nous refileront forcément la facture.
Pour dorer la pilule au consommateur, le gouvernement a quand même interdit quelques pratiques immorales, comme le verrouillage des appareils pour retenir le client contre son gré. Même si le téléphone appartient au client, il devait verser un montant pour pouvoir l'utiliser chez un autre fournisseur...Mais le gouvernement aurait pu régler ce problème -et bien d'autres- sans enchères.
Et voilà la poule plumée subtilement, au profit de l'État, via son cellulaire!