Anne Frank nous visite à La Pulperie

Anne Frank nous visite à La Pulperie

Pourquoi l'Holocauste? La question hante à nouveau nos esprits depuis l'ouverture de l'exposition Anne Frank, hier, à La Pulperie, et la publication du dernier succès de JCL, Ma vie sous le règne d'Hitler.
Le récit que la Juive allemande a écrit durant les deux dernières années de la Deuxième Guerre est devenu Le Journal le plus vendu de la littérature occidentale contemporaine. Traduit en 70 langues, il est aussi répandu que la Bible... et bien davantage sans doute que le populaire roman Maria Chapdelaine.
Au Rideau vert
Pour échapper à «la solution finale» décrétée par les nazis, Otto Frank se réfugie en catastrophe avec les siens, huit au total, à l'arrière d'un immeuble commercial de quatre étages dressé au coeur d'Amsterdam lorsque les forces hitlériennes envahissent la Hollande.
Ils y demeureront, entassés sans pouvoir mettre le nez dehors, durant un peu plus de deux ans. Un faux placard qui dissimule la porte donnant accès à l'escalier conduisant au deuxième étage, les isole de la clientèle. Ils devaient garder un silence monastique durant le jour surtout pour prévenir une curiosité fatale des voisins ou des passants. Le conflit tirait à sa fin.
Les Alliés acculaient les Allemands dans leurs derniers retranchements quand la Gestapo, alertée par un petit délinquant antisémite, fit irruption dans la cachette pour déporter Frank et ses protégés au sinistre camp d'extermination d'Auschwitz.
Sélectionnés pour le travail, ils éviteront la chambre à gaz. Mais Anne Frank succombe au typhus en mars 1945, un mois avant qu'Hitler se suicide et que son régime s'effondre. On remettra plus tard au seul survivant de la famille, le père Otto Frank, le fameux Journal dont le contenu continue d'émouvoir des millions de lecteurs partout dans le monde.
J'ai lu Le Journal à deux reprises. Chaque fois, ce fut une expérience unique qui m'a bouleversé l'âme. Le Théâtre du Nouveau Monde (TNM) jouera Anne Frank dès janvier 2015. La pièce fera le tour du Québec. Je réserve mes billets dès qu'ils seront mis en vente.
L'Allemand trifluvien
Pourquoi un peuple aussi développé qui a légué à l'humanité la musique divine de Mozart et de Beethoven s'est-il laissé entraîner dans l'extermination de quelque six millions de Juifs? Une horreur que les grands humanistes ne parviennent pas à expliquer.
Dans son captivant témoignage (Ma vie sous le règne d'Hitler), Günter Gallisch, qui a servi dans la marine, rappelle le contexte dans le chapitre consacré à la persécution des Juifs. D'abord, contrairement à ce que laisse entendre la famille Von Trapp dans La mélodie du bonheur, «les Autrichiens tenaient à s'associer au grand dessein historique d'Hitler, un des leurs».
Les Juifs, se souvient-il, «formaient un groupe minoritaire plutôt marginal. Ils ne s'étaient jamais intégrés dans la société parce que leur religion, avec ses tendances raciales, l'interdisait. ...on ne peut pas devenir juif.» Ils étaient cependant de bons citoyens, généreux, mais leur ambition, leur succès en firent les cibles dont Hitler et ses fanatiques avaient besoin pour venger le remboursement des dettes de guerre infligée à l'Allemagne vaincue en 1918.
Les Alliés dominés par les États-Unis n'ont pas commis la même erreur, en 1945. Les 15 milliards$ du Plan Marshall ont servi à la reconstruction de l'Allemagne autant que des pays vainqueurs.
Aucune raison ne peut justifier l'Holocauste. Günter Gallish le sait bien quand il demande à ses lecteurs d'accepter la réalité: «Bien malgré moi, j'ai été acteur dans une guerre que je n'ai pas voulue. J'en ai surtout été victime comme un très grand nombre de mes compatriotes».