Le directeur du Complexe Jonquière de Rio Tinto, Jean-François Nadeau (à droite), et le président de Global Mineral Recovery, Paul Kennedy, sont demeurés discrets sur les détails du procédé qui permet sur une base expérimentale de récupérer 30 % du fer contenu dans les résidus de bauxite. L'entreprise américaine installera une usine expérimentale dans les installations de Jonquière pour tester le procédé développé en laboratoire.

6 M$ pour récupérer les résidus de bauxite

Rio Tinto va de l'avant avec l'entreprise bostonaise Global Mineral Recovery pour la mise en exploitation d'un procédé industriel de traitement des résidus de boue rouge. L'objectif est de récupérer entre 30 et 35 % des quantités rejetées par l'Usine Vaudreuil avec un investissement de 6 M $.
L'annonce a été faite jeudi matin par le directeur général du Complexe Jonquière, Jean-François Nadeau, en présence des quatre propriétaires de la société américaine. Le projet voit le jour après une très longue période de développement du procédé. Jean-François Nadeau a indiqué qu'il ne fallait pas confondre ce projet avec celui de Vaudreuil au-delà de 2022, mais souligne qu'une réussite de ce nouveau procédé de traitement permettrait de résoudre 30 % du problème.
« Nous devons disposer d'un million de tonnes de résidus par année puisque nous traitons deux millions de tonnes de bauxite (ratio deux tonnes de bauxite pour une tonne d'alumine). Nous avons donc malgré la récupération une quantité de boue à disposer », insiste le cadre supérieur de Rio Tinto.
Son collègue Simon Bergeron a expliqué que les résidus de bauxite après la transformation en alumine sont composés d'une multitude de produits, dont au moins 45 % de fer et pour le reste, on parle de la presque totalité des éléments du tableau périodique avec une présence significative du titane. Le projet qui passe à la phase de l'expérimentation préindustrielle devrait permettre de récupérer de 30 à 35 % du fer contenu dans les résidus.
Alcan et par la suite Rio Tinto ont mené plusieurs études sur ce qu'il était possible de faire avec ces résidus afin de diminuer les rejets qui s'accumulent dans le site d'entreposage des boues rouges qui contient en ce moment plus ou moins 50 millions de tonnes métriques de résidus. C'est la première fois qu'un projet d'étude passe du laboratoire à l'étape préindustrielle avec un promoteur détenant un procédé comme celui développé dans l'environnement de la Worcester Polytechnic Institute (WPI) au Massachusetts.
Le projet a été mené dans le plus grand des secrets. Il s'agit d'un procédé qui pourrait générer des retombées majeures puisque ces résidus s'accumulent un peu partout dans le monde. Le président de cette entreprise, qui a officiellement été annoncée dans les dernières heures, Paul Kennedy, était présent au point de presse de jeudi et a été droit au but quant aux objectifs poursuivis. « Notre objectif est de fournir une remise en état complète des résidus de bauxite dans des minéraux utiles, des oxydes métalliques et des matériaux compatibles avec la terre », a insisté le patron de la nouvelle entreprise.
Son directeur canadien François-Gilles Côté entrevoit également l'avenir avec intérêt. Il avance que l'étape des essais préindustriels pourrait être franchie rapidement.
Le procédé a déjà été expérimenté avec des équipements industriels qui n'avaient pas spécifiquement été conçus pour le traitement des résidus de bauxite. Le système qui sera installé dans un immeuble disponible à proximité du site est fabriqué spécifiquement pour répondre aux besoins du procédé de traitement. Il s'agit donc d'une étape décisive puisque son succès pourrait se traduire par la construction d'une véritable usine de traitement des résidus sur le même modèle que l'usine de traitement des brasques qui a été construite pour traiter ces résidus de cuve.
Le patron du Complexe Jonquière a d'autre part laissé entente que Rio Tinto avait dans ses tiroirs un projet de construction d'usine de filtration des résidus de bauxite. Il est plus facile de traiter un résidu séché que le résidu liquide actuel qui est rejeté par canalisation dans le site d'entreposage des boues rouges.
La mise en place de cette usine expérimentale de petite taille ne mettra pas en péril les partenariats de recherche. Au cours du point de presse, Jean-François Nadeau a confirmé que les principaux partenaires de Rio Tinto dans ce secteur de recherche allaient participer à ce projet sur lequel l'entreprise semble miser gros.