Yves Martin écope d'une peine de 14 ans et d'une interdiction de conduire à vie.

14 ans de pénitencier pour Yves Martin

« Gardes, sortez le condamné ! »
Le juge François Huot, de la Cour supérieure du Québec, a utilisé un ton ferme pour signifier à Yves Martin, le multirécidiviste de l'alcool au volant, qu'il pouvait reprendre le chemin de la prison. Le chauffard de 37 ans a reçu une peine de 14 années de pénitencier et une interdiction de conduire à perpétuité. 
Le tribunal considère l'accusé comme seul et unique responsable de l'accident mortel du 1er août 2015 dans le rang Saint-Paul, à Laterrière.
Tout au long de la lecture de la sentence de 46 pages, Martin, dont c'était l'anniversaire le 23 janvier, est demeuré debout, sans broncher.
La salle 3,09 du Palais de justice de Chicoutimi était bondée. Durant la lecture, qui a duré environ une heure et 40 minutes, on aurait pratiquement entendu une mouche voler. 
« Le soir du 1er août 2015, Mathieu Perron et Vanessa Tremblay-Viger respiraient le bonheur. Ils circulaient paisiblement dans leur Honda Civic sur le rang Saint-Paul, à Laterrière », a lancé d'entrée de jeu le juge Huot.
« Certains diront qu'ils ont été victimes du destin. Il est certainement plus juste d'affirmer qu'ils avaient rendez-vous avec la bêtise humaine. Ces trois personnes ont rendu l'âme parce qu'un de leur semblable a fait un choix teinté d'égoïsme, un choix empreint d'une inqualifiable irresponsabilité. »
En état d'ébriété (.179) et conduisant à haute vitesse (120 km/h au moment de l'impact), Martin a bifurqué de sa voie et a frappé de plein fouet la voiture des victimes.
Au terme d'un procès de six semaines, le jury a prononcé des verdicts de culpabilité sur une conduite dangereuse causant la mort et une conduite avec un taux de plus de. 08 causant la mort.
Le juge Huot estime que « les trois victimes ont été sacrifiées sur l'autel de l'ineptie érigé par les conducteurs ivres qui prennent encore le volant ». 
« L'alcool au volant incarne un véritable cancer. C'est un mal qui gruge la communauté, un mal susceptible de frapper n'importe qui, à tout moment. »
« Certains diront qu'ils ont été victimes du destin. Il est certainement plus juste d'affirmer qu'ils avaient rendez-vous avec la bêtise humaine. »
Le juge François Huot
« Le soussigné ressent un profond sentiment d'impuissance. Aucune sentence ne ramènera Mathieu Perron, Vanessa Tremblay-Viger et Patrick Perron. Aucune peine, quelle qu'en soit la durée, ne mettra un baume aux coeurs affligés de leurs êtres chers, condamnés qu'ils sont par Yves Martin lui-même, à composer avec leur chagrin jusqu'à leur dernier souffle », de dire le juge Huot.
Le juge n'a pas cru le témoignage de l'accusé. Il n'a accordé aucune sincérité à l'accusé. 
« Martin a tout bonnement forgé sa version des faits en fonction des éléments de preuve divulgués et qu'il a, de ce fait, menti de manière éhontée à la Cour », d'écrire le magistrat. 
Pour le juge, Yves Martin est la seule et unique cause de l'accident et doit en assumer l'entière responsabilité.
Ce dernier retient aussi que l'accusé n'admet pas sa responsabilité, qu'il ne comprend absolument rien du danger de la conduite en état d'ébriété et ne démontre aucune volonté réelle à se reprendre en main.
Le juge reconnaît que le message des tribunaux ne passe pas et que l'on doit donner une réponse ferme.
« Les gens jouent à la roulette russe avec la vie des autres. Les tribunaux doivent prendre leurs responsabilités et c'est ce que je vais faire », a dit le juge.
Le juge soustrait de la peine deux ans et trois mois passés en détention, ce qui laisse à Martin 11 ans et neuf mois à purger.

La Couronne satisfaite de la décision

M<sup>e</sup> Michael Bourget, de la Couronne, n'entend pas contester la sentence de 14 années de pénitencier.
Même si le juge François Huot a prononcé une sentence en deçà de la demande du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) de 15 ans de détention, Me Michael Bourget se dit tout de même satisfait du résultat final.
Il faut se souvenir que la Couronne avait demandé une sentence de 15 à 20 ans et une interdiction de conduire à vie, alors que la défense réclamait 10 ans de pénitencier et trois ans sans conduire à la sortie de prison.
« J'ai fait mes représentations. Clairement le message du juge a été dans le sens de la dénonciation et de la dissuasion. Je pense que le juge a été très clair dans les propos. »
« Donc je suis très satisfait de la décision qui a été rendue », a mentionné Me Bourget. 
Concernant le fait que la conduite en état d'ébriété constitue un « fléau et un cancer social » dénoncé par le juge, Me Bourget ne peut faire autrement qu'être en accord.
« Ce sont des propos qui sont malheureusement récurrents dans ce type d'infractions. Il n'a pas tort de dire que le message ne passe pas. Peut-être qu'avec un peu de chance et la médiatisation du dossier, probablement qu'une peine de 14 ans va en faire réfléchir plus d'un la prochaine fois que quelqu'un voudra prendre le volant », de dire le procureur de la Couronne.
Relativement à la décision d'interdire à Yves Martin de conduire pour le restant de ses jours, l'avocat du DPCP se dit là aussi satisfait.
« La peine de détention, c'est tel que tel pour l'accusé. Maintenant, l'interdiction de conduire, c'est ça qui va rendre service à la société. Visiblement, M. Martin ne comprend pas le message qui a été donné et si l'on peut mettre un baume sur la société pour ce qui s'est passé le 1er août, c'est bien de lui interdire de conduire », de poursuivre Me Bourget.