Unifor décrie les quotas d’exportation

Le syndicat Unifor, qui représente les travailleurs de l’aluminium du complexe Jonquière et de l’usine Kitimat en Colombie-Britannique, demande au gouvernement fédéral de tout mettre en oeuvre pour empêcher le gouvernement américain d’imposer des quotas d’exportation à l’industrie canadienne.

Le directeur québécois d’Unifor, Renaud Gagné, et le président du Syndicat national des employés de l’aluminium d’Arvida (SNEAA Section locale 1937 Unifor), Alain Gagnon, ont effectué une visite de deux jours à Ottawa afin de sensibiliser la classe politique fédérale aux enjeux du litige sur l’aluminium avec le gouvernement américain.

«Nous voulions sensibiliser les députés de tous les partis à la dynamique de la surtaxe de 10 %, et surtout à la nécessité d’empêcher l’imposition de quotas sur nos exportations vers les États-Unis», a expliqué Alain Gagnon, au terme de ce marathon de deux jours pendant lequel la délégation Unifor a pu exposer ses craintes à 56 députés.

«Les députés avaient une bonne connaissance des problèmes de taxe à l’exportation pour l’aluminium et l’acier, mais connaissaient moins bien la question de quotas à l’exportation. Nous ne pouvons accepter de quotas», a ajouté le président du SNEAA, qui rappelle que des quotas à l’exportation imposés à un pays constitue la mesure la plus anti libre-échange qu’il existe.

Déjà des impacts

Déjà, reprend le syndicaliste, la surtaxe de 10 % imposée à l’entrée de l’aluminium canadien aux États-Unis, en vertu d’un privilège du président américain, Donald Trump, qui utilise le prétexte de la défense, fait mal à la région.

Alain Gagnon cite le cas de l’Usine Laterrière, dont 100 % de la production est exportée au sud. Il a aussi en mémoire des PME spécialisées dans la transformation qui doivent composer avec une augmentation du prix de leur production écoulée au sud de la frontière. Certaines de ces entreprises ont même commencé à ralentir les opérations.

Le directeur québécois d’Unifor, Renaud Gagné, croit que le meilleur moyen de faire tomber la surtaxe est d’éliminer le risque d’une imposition de quotas sur l’aluminium et d’offrir au président américain une façon de sauver la face. C’est ce dernier qui a décrété la surtaxe en utilisant un pouvoir spécifique pour des questions de défense. La signature d’un nouveau traité de libre-échange entre le Canada, les États-Unis et le Mexique ne changera rien à cette réalité.

«Nous ne sommes pas dans les règles normales de commerce international. Il s’agit d’un pouvoir du président en matière de sécurité nationale. On pourrait très bien envisager d’imposer un quota à déterminer pour une période de six mois. Les quotas tomberaient après cette période, et on reviendrait à la situation de libre-échange. Ça prend une façon de permettre au président Trump de sauver la face devant les travailleurs qui croient qu’il sera possible de relancer des alumineries avec de l’énergie produite au charbon.»

Renaud Gagné ne croit pas qu’il soit possible d’utiliser la signature de la nouvelle entente sur le libre-échange entre les trois pays (Canada, Mexique et États-Unis), pour obliger le président américain à mettre un terme aux décrets sur la surtaxe de l’aluminium et l’acier.

Il s’agit d’une stratégie difficile à envisager dans un contexte de négociation.

«C’est le même principe que dans une négociation de convention collective. Lorsque vous donnez votre parole à la table pour un accord, il n’est pas acceptable que vous reveniez sur votre parole par après. C’est un principe», explique le directeur québécois d’Unifor.

«On doit quand même attendre que les négociateurs aient analysé les textes de façon systématique. La situation pourrait changer si jamais les textes officiels diffèrent significativement de ce qui a été négocié à la table. Pour cette raison, il faut être en mesure de présenter au président américain une solution qui va lui permettre de sauver la face.»

Renaud Gagné estime qu’il sera difficile, voire impossible, de retarder la signature de la nouvelle entente de libre-échange et que les dossiers de l’aluminium et de l’acier devront être traités de façon indépendante.