Cette surtaxe signifie qu’une usine comme Alma doit remettre au département du Commerce américain trois millions $ par année pour exporter approximativement 300 000 tonnes de papier journal au sud de la frontière.

Une nouvelle tuile pour les travailleurs d'Alma

Le président du syndicat CSN de la papeterie Résolu d’Alma, affilié à la Fédération de l’industrie manufacturière, Jean-Pierre Lebel, estime que les impacts des droits compensateurs de 4,2 % sur le papier journal vont se faire sentir rapidement. L’entreprise devra limiter les investissements pour améliorer la production dans les usines.

Cette surtaxe signifie qu’une usine comme Alma doit remettre au département du Commerce américain trois millions $ par année pour exporter approximativement 300 000 tonnes de papier journal au sud de la frontière. Pour Jean-Pierre Lebel, il s’agit d’une nouvelle tuile qui s’abat sur la tête des travailleurs.

Pour le moment, Jean-Pierre Lebel ne croit pas que cette surtaxe puisse avoir des conséquences sur la relance de la troisième machine à papier de l’usine. Il a surtout des inquiétudes sur le financement des projets d’amélioration qui permettent d’améliorer les coûts de production. « Ça fait pas mal moins d’argent pour investir dans les équipements de production et les améliorations. »

Le président du syndicat croit qu’il est difficile de comparer la situation de l’industrie du papier journal à celle du bois d’œuvre qui doit composer avec une surtaxe. Les deux industries, qui dépendent l’une de l’autre, s’adressent à des marchés différents.

« L’industrie du bois d’œuvre est en mesure de refiler la facture de la surtaxe aux clients en raison de la très forte demande sur le marché américain. Dans notre cas, nous écoulons notre papier dans un marché en décroissance constante depuis plusieurs années et il est impossible de transférer la facture au client. Il s’agit d’une situation beaucoup plus difficile lorsque vous devez faire face à une augmentation de vos coûts », reprend Jean-Pierre Lebel.

En ce moment, les trois papeteries de la société Résolu de la région doivent composer avec une surtaxe sur les exportations américaines. Les usines de Kénogami et Dolbeau doivent remettre une surtaxe de 17 % au département américain du commerce pour chaque tonne de papier surcalandré exportée au sud de la frontière. Cette surtaxe a été imposée au terme d’une enquête américaine qui a démontré que Résolu avait bénéficié d’une aide gouvernementale pour son usine de pâte Kraft de Saint-Félicien dont une partie de la production est utilisée pour la fabrication de papier surcalandré.

Dans le cas du papier journal, la plainte d’un producteur américain est basée sur la même rhétorique que la plainte sur le bois d’œuvre. Le producteur américain estime que le coût de la fibre qui sert à la fabrication du papier est subventionné. Il fait ici état du 50 % de l’arbre qui est transformé en copeaux et utilisés dans la fabrication du papier.

Le président du syndicat estime qu’il n’y a pas de solution magique et cette autre décision américaine pénalise l’industrie canadienne. Les dirigeants syndicaux sont conscients que les entreprises vont tout faire pour en arriver à diminuer les coûts de production en usine pour être en mesure de conserver les carnets de commandes.

Dans la région, la papeterie de Dolbeau produisait à l’occasion du papier dans les grades de papier journal. Cette stratégie permettait de maintenir les commandes pour soutenir la production de papier surcalandré à Kénogmai.

Ottawa doit passer à l’attaque, selon Alexandre Cloutier

Le député péquiste de Lac-Saint-Jean à l’Assemblée nationale, Alexandre Cloutier, croit que le gouvernement canadien doit mettre un terme à sa stratégie défensive et passer à l’attaque dans les litiges commerciaux avec les Américains dont les impacts sont majeurs pour certaines usines du Saguenay-Lac-Saint-Jean.

Au cours d’un entretien avec Le Quotidien en fin d’après-midi, mercredi, le député péquiste a indiqué avoir discuté plus tôt avec le président du syndicat de la papeterie Résolu d’Alma, Jean-Pierre Lebel. L’annonce de l’imposition de nouveaux droits compensateurs de 4,2 % sur les 300 000 tonnes de papier journal (semi-couché), exportées chaque année à partir d’Alma, n’est pas sans soulever d’inquiétude au sein du personnel.

« Ce sont des décisions prises sans aucun fondement et dont l’effet est de créer de l’incertitude dans nos usines. Les Américains ont une grande capacité à se dire en faveur du libre-échange tout en trouvant des raisons pour invoquer des aides gouvernementales à notre industrie », rappelle le député.

Vérifications

Ce dernier demande au gouvernement canadien de passer à l’attaque en déposant des requêtes qui vont obliger les entreprises américaines à ouvrir les livres. « On doit vérifier si les entreprises américaines ne bénéficient pas d’aide pour la main-d’œuvre ou de subventions directes pour le pétrole et ainsi de suite. »

Pour le député de Lac-Saint-Jean, le Québec et le Canada sont tout à fait en droit de passer à l’attaque. Les tribunaux internationaux du commerce ont toujours donné gain de cause au Canada dans les litiges portant sur l’industrie forestière.

Le Québec, a rappelé le député, a modifié son régime forestier pour répondre aux critiques soulevées par l’industrie américaine sur le prix de la ressource ligneuse.