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Panel de discussion tenu mardi par la Chambre de commerce et d’industrie Saguenay-Le Fjord.
Panel de discussion tenu mardi par la Chambre de commerce et d’industrie Saguenay-Le Fjord.

Une majorité d’entrepreneurs se sentent déprimés

Denis Villeneuve
Denis Villeneuve
Le Quotidien
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La pandémie de COVID-19 affecte le moral des entrepreneurs, à un point tel que 57% d’entre eux ont admis s’être sentis déprimés au moins une fois par semaine, à l’occasion d’un sondage réalisé par la Banque de développement du Canada (BDC). Il s’agit d’une détérioration de la situation comparativement au mois d’août, alors que 75 % des répondants au même sondage estimaient avoir les choses bien en main au plan mental.

Ce sondage a été évoqué, mardi, par Anie Marsolais, chef direction marketing à la BDC, lors d’un dîner rendez-vous virtuel organisé par la Chambre de commerce et d’industrie Saguenay-Le Fjord (CCISF) sous le thème « Santé globale entrepreneuriale : prenons soin de nous ».

Depuis deux ans que la BDC a commencé à s’intéresser à la santé mentale des entrepreneurs, Mme Marsolais a mentionné que ces gens ont toujours eu plus de problèmes de santé mentale que la moyenne de la population.

Parmi les dirigeants d’entreprise les plus affectés par la COVID-19 figurent ceux oeuvrant dans la restauration, alors que 75% affirment faire face à la déprime.

L’incertitude économique, les problèmes de liquidités, ainsi que les attentes élevées des entrepreneurs envers eux-mêmes constituent les facteurs de stress.

À la lumière des idées évoquées par un panel d’experts réunis par la BDC, il s’avère que la résilience des entrepreneurs, la capacité de demander de l’aide, alors que seulement 6% le font, ainsi que la gestion des attentes envers eux-mêmes constituent des voies de solution pour éviter une aggravation de la situation.

Le rendez-vous de la chambre a été l’occasion pour un panel de discussion de partager ces voies de solution avec l’auditoire virtuel et l’animateur Éric Dufour, de la firme Raymond Chabot Grant Thornton.

Annick Lachance-Gravel, présidente-directrice générale chez Lachance Gravel, oeuvrant en conciergerie industrielle et commerciale, Robert Hakim, directeur général du Festival des Bières du Monde et du Festival international des Rythmes du Monde de Saguenay, Charles A. Gagnon, président chez Groupe Dresto, actif dans le secteur de la restauration, ainsi que

Gérald Perrier, président fondateur de Perrier Groupe-conseil, spécialisé en santé et sécurité du travail, ont livré des témoignages parfois poignants au sujet de leur passage en pandémie.

Parmi les témoignages livrés, Robert Hakim a qualifié de catastrophique et de résiliente l’année 2020, lui qui a vu s’effondrer le travail de programmation de ses festivals estivaux, l’été dernier, en plus d’avoir éprouvé de graves problèmes de santé physique. « Notre plus gros défi est financier, mais il y a la perte d’employés ayant de 15 à 17 ans d’expérience avec nous. » Il avoue avoir vécu en 2020 une période de découragement puisque tout ce qu’il a bâti en carrière s’est écroulé.

Anick Lachance-Gravel avoue avoir vécu une année en montagnes russes puisqu’à l’annonce de la fermeture de l’économie en mars, elle a dû mettre à pied une soixantaine d’employés puisque ses clients ont dû fermer boutique. L’entreprise ne figurait pas sur la liste des services essentiels. « J’ai revu mes cinq années de travail s’effondrer. J’ai vu les sacrifices de cinq ans s’envoler. C’est difficile de partir le matin et de vouloir embrasser tes enfants et que ceux-ci te disent qu’ils ne t’aiment pas parce qu’ils ne peuvent participer à leurs activités, puis d’arriver au bureau et de gérer des visages tristes. » La tendance a été inversée et une explosion d’activités est survenue lorsque les CIUSSS ont fait connaître leurs besoins de main-d’oeuvre en nettoyage.

Pour les 25 établissements de restauration de Groupe D Resto, la coupure a été nette alors que les revenus tirés des ventes externes n’ont représenté que 15 à 20% de l’activité habituelle, selon le témoignage de Charles A. Gagnon. Sept mois d’arrêt ont créé de l’anxiété concernant le retour potentiel des employés qui étaient déjà en pénurie avant même le début de la pandémie.

Le Groupe-conseil Perrier, dont 60% du chiffre d’affaires provient de l’étranger, a lui aussi été frappé de plein fouet devant la crise devenue mondiale très rapidement. La perte de compétences au sein du groupe a été une source d’inquiétude.

Habitué à parcourir le monde à titre de dirigeant d’entreprise, Gérald Perrier a vu des effets positifs à la pandémie au plan personnel. « J’ai réalisé que j’allais trop vite. Les baby-boomers ne se posent pas de questions sur le rythme de travail. J’ai vécu un rapprochement avec ma famille, mes amis, le golf. J’ai réalisé qu’il fallait que je ralentisse. Pour moi, la pandémie a eu des effets positifs. Ça va bien au plan personnel. » L’humour et l’évasion dans des activités nouvelles constituent pour lui des antidotes.

Les participants considèrent que l’arrivée du vaccin annonce une année 2021 remplie d’espoir en ce qui a trait à la reprise des affaires. « Je vois 2021 positivement. Les gens ont besoin de se rassembler, d’écouter de la musique. Je suis le plus optimiste. On va s’arranger pour s’adapter à ce qui sera demandé par la Santé publique », a conclu Robert Hakim.