Marie-Anick Jean, Carl Savard et Sabrina Savard sont heureux d’avoir acquis l’ancien lieu de culte, dont le cachet sera préservé. L’investissement totalise 3 millions $.

Une 2e vie pour l'église Notre-Dame-de-Grâce

Dans quelques semaines, le Complexe funéraire Carl Savard ouvrira un deuxième salon, dans l’enceinte de l’église Notre-Dame-de-Grâce, sur la rue Sydenham, à Chicoutimi. Ce projet d’expansion, évalué à 3 millions $, sera créateur de sept emplois à temps plein et de 12 occasionnels.

Le promoteur, qui oeuvre dans le domaine funéraire depuis 37 ans, a lancé l’entreprise il y a une dizaine d’années. Le premier complexe a ouvert il y a huit ans. Carl Savard explique que l’ouverture d’un deuxième salon signifie pour lui que « la famille s’agrandit ». En conférence de presse, jeudi, il a précisé que le Complexe funéraire Carl Savard s’est donné pour mission d’offrir des services « à vocation humaine sur tout le territoire ». Sur le boulevard Sainte-Geneviève, dans un bâtiment où les matériaux nobles occupent une place de choix et où la lumière est profuse, Carl Savard, son bras droit, Marie-Anick Jean, et les membres de l’équipe ont travaillé très fort au développement de nouveaux créneaux. Le tout dans le but de mieux épauler les personnes éprouvées par le deuil. Des partenariats ont ainsi été créés avec des organisations comme l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) et le Centre de formation professionnelle l’Oasis. Les futures infirmières et infirmières auxiliaires peuvent approfondir leurs connaissances en matière de soins palliatifs et de deuil périnatal (voir autre texte) aux côtés du personnel du Complexe funéraire Carl Savard. 

Leucan est aussi devenu un partenaire de l’entreprise, qui a souhaité améliorer les services dispensés aux familles affligées par la perte d’un enfant.

Là pour rester

Au cours des derniers mois, Carl Savard a dû faire taire des rumeurs selon lesquelles l’entreprise éprouvait des difficultés. Au contraire, assure l’entrepreneur, l’avenir n’a jamais été aussi prometteur. 

De nouveaux actionnaires, dont le Groupe Athos de Québec, ont joint leurs efforts à ceux de la compagnie funéraire et ont investi du capital pour la faire croître. Leur entrée en scène a donné du souffle à la compagnie dont Carl Savard, sa soeur Sabrina et Marie-Anick Jean sont actionnaires majoritaires. 

« Le projet de transformation de l’église en complexe funéraire est quelque chose de majeur pour nous. Ça fait depuis le mois d’octobre qu’on travaille là-dessus. On a décidé de conserver tout le cachet de l’église et d’intégrer les éléments du bâtiment au décor. Ce sera une très belle transformation », a résumé Carl Savard, en entrevue au Progrès. Le projet a pris son envol dans la foulée de l’acquisition du temple religieux pour la somme de 500 000 $. Les travaux sont en cours et l’ouverture du complexe de la rive sud devrait avoir lieu en mars.

Le Complexe funéraire Carl Savard aura désormais deux salons. Après celui du boulevard Sainte-Geneviève, une résidence ouvrira sur la rive sud.

Référence en deuil périnatal

Le Complexe funéraire Carl Savard est devenu une référence en matière de deuil périnatal.

La directrice adjointe, Marie-Anick Jean, rappelle qu’il n’existait autrefois aucune ressource spécialisée pour les parents confrontés à la mort d’un bébé in utero ou avant l’âge d’un an. 

« Quand on a ouvert, on voulait explorer ce qui n’existait pas. On a plusieurs endroits où on peut recommander les gens, mais au niveau du deuil périnatal et du deuil chez les enfants, il n’y avait pas grand-chose qui existait en région. En collaboration avec l’infirmière Mélissa Gravel, qui a vécu le deuil périnatal, on s’est alliés. On a formé les infirmières de l’hôpital. Ce n’est pas qu’elles voulaient mal faire, elles ne savaient juste pas quoi faire », raconte Marie-Anick Jean. 

Perdre un bébé est un drame. Il s’agit d’un deuil méconnu, tabou et souvent mal compris.

« C’est un deuil de projets et de futur qui n’est pas comme un deuil de souvenirs comme ce qu’on connaît normalement. Il faut être aptes à accompagner ces personnes-là. Maintenant, l’hôpital nous envoie les parents. On leur donne des services gratuits. On fait des cafés scrapbooking, des cafés-causerie et la fête des anges chaque année, un événement qui souligne la perte de tous ces bébés-là », poursuit-elle.

Le Complexe Carl Savard a aussi voulu faire une plus grande place aux enfants, dont la présence dans les résidences funéraires a longtemps dérangé. 

« Avant, dans les maisons, il y avait de la place pour eux, puis on les a tassés. C’est important qu’ils aient leur espace et c’est pour ça qu’on leur a aménagé une salle de jeux. Je travaille avec la thérapeute Catherine Gauthier, et ensemble, on a formé Deuil jeunesse. C’est extraordinaire. Souvent, je vais faire de l’accompagnement pendant l’exposition avec les enfants et je vais les référer à Catherine pour un suivi par la suite », explique Marie-Anick Jean. 

Certains types de deuils demeurent orphelins de services et la directrice adjointe et son équipe ont l’intention d’y voir. 

« On veut expertiser et ouvrir. Il y a tellement d’endroits où il n’y a pas tant d’aide que ça. On veut ouvrir nos horizons, mais on veut bien le faire. On ne veut pas aller trop vite et le faire tout croche. On peut aider les gens, mais on peut aussi leur nuire. C’est important de suivre les bonnes formations et d’envoyer nos employés aux bonnes formations pour que tout se passe bien », conclut la thanatologue et directrice adjointe du Complexe funéraire Carl Savard. 

 

Des travaux sont en cours pour convertir l’ancienne église Notre-Dame-de-Grâce en complexe funéraire.

UNE HISTOIRE DE FAMILLE

Carl Savard, qui a agi comme conseiller municipal de Saguenay pendant 16 ans, confie qu’à ses yeux, l’entreprise est avant tout une histoire de famille. 

Il y a bien sûr sa petite soeur Sabrina, lieutenante à la Sécurité publique de Saguenay (SPS), que peu de gens savent a investi dans l’entreprise. Il y a aussi son fils Mathieu, qui a suivi les traces de son père en devenant thanatologue.

Une histoire de famille avec la clientèle aussi. À ce titre, Carl Savard fait part de son profond désir de mettre les gens à l’aise dès qu’ils franchissent le portail de la résidence funéraire.

« L’autre jour, une dame m’a dit : ‘‘Carl, ça ne marche pas. On dirait qu’il me manque mon pyjama’’. Elle voulait dire qu’elle se sentait bien ici et que c’était comme si elle était chez elle. Ça, ça m’a vraiment fait plaisir. On offre un service d’accompagnement de A à Z et on n’est pas accaparants. On est une main sur l’épaule, on est discrets, mais on est là. Perdre quelqu’un, ça fait mal et quand les gens arrivent ici, ils vivent beaucoup de douleur. On est dans le ressenti et on laisse beaucoup parler notre coeur », note le patron du Complexe funéraire Carl Savard. Mélyssa Gagnon