Les copropriétaires de l’épicerie Bizz Corneau Cantin, Denis Gilbert et Émilie Boivin, posent en compagnie de Charles-Olivier Bolduc, fondateur du groupe des Gratuivores, avec qui l’épicerie indépendante a récemment signé une entente pour le don d’aliments périssables invendus.

Un sac de déchets par jour chez Bizz Corneau Cantin

L’épicerie Bizz Corneau Cantin de Chicoutimi ne remplit que l’équivalent d’un sac de déchets par jour. Un tour de force rendu possible grâce à un tri méthodique des matières résiduelles et au don par les épiciers indépendants, depuis le mois d’août, de plus de 18 tonnes de produits périssables invendus à des groupes qui luttent contre le gaspillage alimentaire.

Lors de l’acquisition de Corneau Cantin en juin, les copropriétaires de Bizz, Denis Gilbert et Émilie Boivin, sont passés d’une épicerie d’une surface de 1000 pieds carrés, au centre-ville de Chicoutimi, à un commerce de 16 000 pieds carrés à gérer.

Un défi que le couple a voulu relever en conservant les mêmes valeurs environnementales qui animent l’épicerie indépendante depuis 16 ans. Dans l’entrepôt arrière du magasin d’alimentation saine, situé à l’angle des boulevards Barrette et Talbot, Claude Dufour, préposé à l’entretien, s’affaire, lors du passage du Progrès, à séparer les différentes matières résiduelles. Plastiques, carton, verre, métaux et autres sont séparés dans une dizaine de grands bacs.

Bizz Corneau Cantin a donné plus de 18 tonnes d’aliments invendus depuis août à deux groupes luttant contre le gaspillage alimentaire.

«Je jette un sac de poubelles par jour», souligne-t-il fièrement, en montrant un sac qui se trouve près du compacteur à déchets, rempli notamment de plastiques qui ne peuvent être récupérés ou encore de barquettes en styromousse. Lors de périodes tranquilles, le compte peut même s’établir à un sac en deux jours d’ouverture. «Tous les métaux, je les récupère; les fluorescents, on les envoie à l’écocentre», ajoute M. Dufour.

L’épicerie indépendante vise le zéro déchet. Même les vieux électroménagers sont démontés afin d’optimiser leur récupération, partage le copropriétaire Denis Gilbert. «Quand on sort un vieux frigo, Claude démonte tout : aluminium, cuivre, tout ça», explique-t-il.

Don des aliments invendus

Ce tri méthodique des matières résiduelles est combiné au don des aliments invendus, afin d’éviter le gaspillage alimentaire. Aucun aliment ne prend la direction du conteneur à déchets chez Bizz Corneau Cantin.

Comme plusieurs autres épiceries de la région, Bizz Corneau Cantin donne une partie de ses produits invendus à Moisson Saguenay–Lac-Saint-Jean. L’épicerie indépendante a également choisi, depuis août, de donner ses produits invendus devant être consommés rapidement à des groupes luttant contre le gaspillage alimentaire, qui les redistribuent ensuite pour une modique somme.

«Des fois, il faut réagir rapidement, dans la journée, quand les aliments sont mûrs, pour qu’ils puissent être consommés ou transformés», souligne Denis Gilbert. Les aliments qui ne peuvent être donnés sont compostés.

Bizz Corneau Cantin a donné plus de 18 tonnes d’aliments invendus depuis août à deux groupes luttant contre le gaspillage alimentaire.

18 tonnes en sept mois

Chaque jour, des bénévoles se rendent ainsi à l’épicerie, en après-midi, afin de récupérer de trois à quatre grands bacs remplis d’aliments invendus, qui pèsent chacun quelque 25 kg, soit un peu plus de 55 livres. En sept mois, plus de 18 tonnes d’aliments ont été données aux deux organisations.

Un premier groupe, les Gratuivores, a majoritairement récupéré les aliments invendus pendant cette période, avant de signer récemment une entente avec Bizz Corneau Cantin, tandis que le groupe Actions contre le gaspillage alimentaire (ACGA) a assuré la redistribution de la fin janvier à la fin février (voir encadrés). Ces groupes ouverts à tous, établis au centre-ville de Chicoutimi, gagnent de plus en plus de membres.

«C’est comme sauver de la nourriture des poubelles», résume la copropriétaire Émilie Boivin, en soulignant les retombées sociales, environnementales et économiques liées à la lutte au gaspillage alimentaire.

Charles-Olivier Bolduc, fondateur du groupe les Gratuivores, et Guylaine Gagnon ont contribué à l’ouverture du nouveau local du regroupement sur la rue Racine, à Chicoutimi.

Des normes à respecter pour Moisson Saguenay–Lac-Saint-Jean

Plusieurs épiceries, dont de grandes bannières, choisissent de donner des produits invendus à Moisson Saguenay–Lac-Saint-Jean plutôt que donner à des groupes de lutte au gaspillage alimentaire comme les Gratuivores ou le groupe Actions contre le gaspillage alimentaire, en raison de normes de conservation qu’elles doivent respecter.

Moisson Saguenay–Lac-Saint-Jean doit se soumettre aux normes du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation et respecter celles fixées par les grandes bannières, a expliqué Crystel Gilbert, responsable du développement stratégique pour Moisson Saguenay–Lac-Saint-Jean.

«Tout ne peut pas être donné, car nous devons aussi donner des aliments d’une certaine qualité pour les organismes. [...] Ce que les groupes comme les Gratuivores font, on ne peut pas le faire, car nous avons des normes à respecter», a-t-elle précisé.

L’organisation, qui vient en aide à plus de 70 organismes, dit mettre tout en oeuvre pour distribuer rapidement les aliments périssables qui doivent être consommés ou transformés dans de brefs délais.

Suzanne Petit, coordonnatrice d’entrepôt, a souligné pour sa part que la fréquence de passage des camions de Moisson Saguenay–Lac-Saint-Jean chez les quelque 70 donateurs varie, pouvant aller de tous les jours de la semaine à des passages plus espacés, selon les trajets et la demande des entreprises. 

Jérémy Leblanc, président de la Coopérative Leblanchignon, dont relève le groupe Actions contre le gaspillage alimentaire (ACGA), pose ici avec Jessica Saulnier, responsable du local de l’ACGA, et Aryann Valade, responsable de soir, dans les locaux de l’organisation, sur la rue Riverin, au centre-ville de Chicoutimi.

De grandes ambitions écologistes pour l’ACGA

Les membres du groupe Actions contre le gaspillage alimentaire (ACGA) luttent évidemment contre le gaspillage des aliments, mais souhaitent également contribuer à la transition écologique de Saguenay.

L’ACGA, qui a vu le jour sur Facebook en décembre dernier et qui rassemble près de 500 membres, relève de Permaculture Saguenay, un regroupement démarré par les frères Jérémy Leblanc et Alexandre Leblanc, fondateurs de la Coopérative Leblanchignon, une entreprise d’agriculture urbaine.

L’entreprise, située au 242, rue Riverin, au centre-ville de Chicoutimi, souhaite, via Permaculture Saguenay, contribuer à la transition écologique de Saguenay en luttant contre le gaspillage alimentaire, en mettant de l’avant les initiatives zéro déchet et en valorisant l’agriculture urbaine, a souligné Jérémy Leblanc, président de la coopérative.

L’ACGA reçoit présentement des dons de la Maison du pain, du dépanneur Shell du boulevard Talbot, du Dépanneur du Fjord à La Baie et à Boilleau, de la cafétéria de l’Université du Québec à Chicoutimi ainsi que du Service de travail de rue de Chicoutimi, a énuméré le jeune entrepreneur.

Les aliments recueillis sont accessibles au local de la rue Riverin, tous les jours, de 16 h à 18 h. Une contribution volontaire est demandée. Une quinzaine de bénévoles s’impliquent dans l’organisation, qui attire environ 100 personnes par semaine. Les membres pratiquent également le déchétarisme (dumpster diving) en récupérant des aliments de conteneurs commerciaux.

Le regroupement a plusieurs projets à court terme. « Nous allons bientôt lancer une campagne de sociofinancement et souhaitons aussi aller chercher plus de partenaires, notamment de plus grosses bannières », a ajouté Jérémy Leblanc. L’ACGA désire également étendre ses activités à Saguenay et dénicher de nouveaux locaux.

Jérémy Leblanc a par ailleurs précisé que son organisation demeure ouverte à renouer les liens avec les Gratuivores, les deux regroupements partageant les mêmes visées. 

Un nouveau local et une entente pour les Gratuivores

Les Gratuivores, qui ont récemment signé une entente avec l’épicerie Bizz Corneau Cantin, ont emménagé dernièrement dans un nouveau local au centre-ville de Chicoutimi.

Le groupe, né sur Facebook en août et fondé par Charles-Olivier Bolduc, repart sur de nouvelles bases après qu’un conflit ait entraîné à la fin du mois de janvier la rupture des liens qu’entretenaient les Gratuivores et le groupe Actions contre le gaspillage alimentaire (ACGA).

Charles-Olivier Bolduc a signé récemment une entente avec l’épicerie Bizz Corneau Cantin afin d’officialiser le don d’aliments périssables invendus, qui sont ramenés chaque jour dans les trois frigos du nouveau local situé au 371, rue Racine, accessible uniquement par une porte arrière, à partir de la rue du Havre.

La récolte des bénévoles est ainsi accessible chaque jour au public, de 16 h à 18 h, en semaine, et de 14 h à 16 h la fin de semaine, a indiqué le fondateur du groupe, qui dit pouvoir compter sur une équipe d’une vingtaine de bénévoles. 

Il s’attend à un achalandage d’environ 25 personnes par jour. « Nous n’avons pas de formule de membres, mais une contribution volontaire de 1 $ est suggérée pour chaque visite. Il n’y a pas de limite à ce que les gens peuvent prendre, mais ça doit se faire dans un esprit de partage », a expliqué celui qui souhaite ouvrir d’autres locaux des Gratuivores à Saguenay et enregistrer le groupe comme organisme à but non lucratif.

En plus de Bizz Corneau Cantin, le groupe des Gratuivores dit recevoir également des dons de la Maison du pain de Chicoutimi, de la cantine de l’Université du Québec à Chicoutimi et, bientôt, du Marché centre-ville. 

Le groupe souhaite dorénavant miser davantage sur les partenariats avec des entreprises, mais certains membres continueront de faire du déchétarisme (dumpster diving) de façon occasionnelle pour récupérer de la nourriture dans les conteneurs.