Bruno et Réjean Fortin, de la ferme familiale Boisfort de Normandin, ont le bien-être de leurs animaux à coeur.

Un retour aux sources bio pour la ferme Boisfort

La ferme laitière Boisfort, vieille de quatre générations, est passée de la pratique conventionnelle à biologique. Elle devient ainsi la première entreprise de production laitière à obtenir une certification bio à Normandin.

Pour effectuer ce virage, il lui aura fallu attendre trois ans et investir plus de 100 000 $ afin de réaménager ses installations, mais selon le propriétaire, Bruno Fortin, et son père Réjean, le jeu en aura valu la chandelle. 

« Pour moi, c’est comme si on revenait au mode de production de mes parents. Il n’y avait pas de certification dans le temps, mais de la façon dont ça se faisait, c’était bio. Quand j’ai pris la relève dans les années 1970, on voulait moderniser l’agriculture et accroître la production », explique Réjean Fortin. 

Ce dernier a vendu la ferme à son fils, mais il demeure bien présent malgré tout. L’entreprise compte 180 hectares en culture et 60 vaches en lactation.

« Moi je suis passé au bio pour mes animaux. Je voyais que de les pousser à produire, ça les épuisait de plus en plus. C’est comme des athlètes au fond. On voyait un créneau là-dedans parce le lait bio est de plus en plus en demande. On a des terres en fourrage alors on s’en sert de plus en plus », ajoute pour sa part Bruno Fortin. 

Les Fortin ne dénigrent pas pour autant l’élevage conventionnel. D’ailleurs, la sœur de Bruno et son mari possèdent une ferme beaucoup plus grande que la sienne qui produit du lait régulier. 

Dehors, les vaches !

Avec cette transformation, les vaches encore trop jeunes pour produire broutent tranquillement dehors, et ce, même l’hiver. Lorsqu’elles ont froid, elles ont le choix d’entrer à l’intérieur d’une grande étable où le sol est là aussi recouvert de paille. Elles ont accès à un bol chauffant en tout temps et les bâtiments les protègent des vents dominants.

Les vaches en lactation doivent quant à elles passer au minimum 30 % du temps à l’extérieur. L’été, ce n’est pas un problème puisqu’elles sont libres sur le pâturage et elles reviennent à la ferme pour la traite. L’hiver, elles sortent prendre l’air au moins deux fois par semaine. 

500 000 $

Elles sont pour l’heure attachées lorsqu’elles se trouvent à l’intérieur de la ferme, d’où l’obligation de les sortir dehors. Les Fortin rêvent cependant de retirer tous les carcans, d’installer un tout nouveau système d’alimentation et de construire un salon de traite. 

Ce souhait vient avec des investissements majeurs pour la petite entreprise : la facture serait d’au moins 500 000 $.  

« On se donne entre trois et cinq ans, mais tout dépendra du contexte économique. Le prix du lait baisse, c’est plus difficile. Les taux d’intérêt augmentent », déplore Bruno Fortin. 

Son père considère qu’Ottawa en fait trop peu pour assurer la survie de la gestion de l’offre. 

« Je suis très inquiet. À date, ils ne nous ont pas prouvé qu’ils y tenaient. Ce n’est pas dur à comprendre, il n’y a qu’un seul pays qui a un système de gestion de l’offre et c’est le nôtre. Le gouvernement parle de l’industrie de l’automobile parce que c’est beaucoup d’emplois et nous, on est tous sur le siège éjectable », critique Réjean Fortin. 

Les vaches qui sont encore trop jeunes pour produire du lait vivent dans un enclos à l’extérieur, même l’hiver, et peuvent entrer à l’intérieur lorsqu’elles le souhaitent.

Bouchard artisan bio de saint-félicien, certifiée biologique depuis 40 ans

Parlez de lait bio à n’importe quel agriculteur du Lac-Saint-Jean et le premier nom qui sortira comme exemple de succès est celui de la Ferme des Chutes de Saint-Félicien, maintenant Bouchard artisan bio. 

L’entreprise, qui possède 105 vaches en lactation et transforme 40 % de son lait en fromage et yogourt, est certifiée biologique depuis 40 ans cette année. 

Gérard Bouchard, l’un des actionnaires de la ferme, estime que les régions périphériques comme celle du Saguenay-Lac-Saint-Jean ont moins d’options de culture. Si le soya et le maïs ont besoin de beaucoup d’ensoleillement, le fourrage, lui, pousse dans des climats frais et humides. Cela explique en partie pourquoi les propriétaires de la Ferme des Chutes avaient à l’époque opté pour ce produit plutôt qu’un autre.

« C’est sûr que nous sommes un pionnier dans ce domaine. De fil en aiguille, les gens voyaient que nous réussissions bien et ça les a encouragés à emboîter le pas. Nous sommes maintenant 24 producteurs laitiers biologiques dans la région. La majorité se trouve dans le Haut-du-Lac », avance M. Bouchard. 

Des producteurs biologiques, il y en a maintenant à Saint-Prime, La Doré, Girardville, Albanel et maintenant Normandin, pour ne nommer que ces municipalités. 

Gérard Bouchard est catégorique : les terres sont tout aussi productives, sinon plus, lorsqu’elles sont exploitées en respectant les normes de la certification biologique. « C’est un mythe de penser que ça réduit la production. Oui, c’est possible durant les premières années, quand on arrête de mettre de l’engrais soluble, mais tranquillement, le sol reprend et nos rendements sont supérieurs. Il faut étendre notre fumier différemment, on change nos techniques culturales », explique-t-il. 

Éventuellement, l’entreprise voudrait transformer tout le lait qu’elle produit sur place plutôt que de le vendre afin de rentabiliser son potentiel.

La ferme Bouchard artisan bio transforme 40% du lait qu’elle produit en fromage et yogourt, mais elle voudrait éventuellement atteindre les 100%

Demande en pleine croissance au Québec

La demande pour le lait certifié biologique et autres boissons alternatives au lait conventionnel est en hausse constante au Québec. Nutrinor a d’ailleurs adapté son offre, au cours des dernières années. Près de 10 % du lait qu’elle transforme et met en marché est certifié biologique. 

« En 2010, c’était zéro, mais on s’est mis à développer notre offre. Depuis 2014, on a ajouté une certification AgroBoréal pour le lait nordique biologique, mais l’enjeu, c’est qu’il manque de lait bio dans le système de gestion de l’offre actuel. Il n’y a pas assez de producteurs », avance Paul Pomerleau, le vice-président aux ventes et au développement du domaine agroalimentaire chez Nutrinor.

Pour pallier ce problème, un comité régional formé de producteurs et de transformateurs s’est donné pour objectif de doubler la quantité produite de lait biologique d’ici 2023. 

« On tente de trouver toutes sortes de solutions créatives, comme l’octroi de meilleures primes et l’accès à des conseillers pour faciliter la transition au bio », souligne M. Pomerleau. 

À l’heure actuelle, les producteurs laitiers certifiés biologiques reçoivent une prime pouvant aller de 20 à 25 cents le litre en moyenne.

Le propriétaire de la ferme Boisfort de Normandin, Bruno Fortin, estime que cette somme lui permet de repayer progressivement les coûts liés au réaménagement de ses infrastructures.

Pour sa part, Paul Pomerleau soutient que si le producteur laitier effectue le virage bio, « il doit d’abord le faire par conviction. S’il le fait pour les primes, il risque de se décourager » notamment parce qu’il devra attendre au moins trois ans avant de toucher à ces redevances.