Le ministre délégué aux Affaires maritimes, Jean D’amour, accorde une aide financière de 63 M$ à la filiale de l’Administration portuaire de Saguenay, une entité du gouvernement fédéral.

Un quart de milliard pour Métaux BlackRock

Québec investit 248M$ dans la réalisation du projet de Métaux BlackRock et le développement du secteur Grande-Anse.

À deux jours du déclenchement de l’élection générale, le gouvernement du Québec annonce qu’il injecte 248 M $ dans le projet privé de Métaux BlackRock (MBR), ce qui devrait compléter le financement de 1,3 G $ nécessaire à l’ouverture de la nouvelle mine de ferrovanadium titane à Chibougamau ainsi que la construction d’une usine de deuxième transformation de concentré de fer en fonte brute sur la zone industrialo-portuaire de Grande-Anse.

La vice-première ministre et ministre de l’Économie, Dominique Anglade, accompagnée de son collègue délégué aux Affaires maritimes, Jean D’Amour, et du député de Dubuc, Serge Simard, a annoncé que Québec effectue une prise de participation de 17 % — ou 85 M $ — dans le capital-actions de MBR auquel s’ajoute un prêt de 50 M $ d’Investissement Québec, ainsi qu’un prêt de 50 M $ accordé par Ressources Québec à même ses fonds propres.

À ces 185 M $, Québec ajoute également une aide de 63 M $ à Développements Port Saguenay, une filiale de Port de Saguenay, pour la mise en place des infrastructures, dont l’aménagement d’une ligne électrique de 161 kv, une nouvelle ligne de gaz naturel de 15 km et une usine cryogénique. Ce 65 M $ prend la forme d’un cautionnement pour un montant maximal de 30,1 M $ ainsi qu’un prêt de 32,9 M $ de Québec pour la mise en place d’infrastructures énergétiques de gaz naturel et d’électricité.

S’il devait se concrétiser, l’ouverture de la mine et de l’usine entraînerait la création de 800 emplois pendant la construction. L’exploitation de la mine créerait 200 emplois, comparativement à 300 emplois au Saguenay.

La vice-première ministre Dominique Anglade a effectué un passage au port de Grande-Anse pour annoncer une prise de participation par Québec dans Métaux BlackRock d’une valeur de 85 M $.

Dominique Anglade

En point de presse, Mme Anglade s’est défendue de faire une annonce préélectorale en expliquant que le développement d’un projet minier demande énormément de temps pour la mise en place de beaucoup d’infrastructures industrielles. « Le dossier a été complété la semaine dernière. Bien malin qui peut dire quand un tel dossier peut aboutir. J’ai des dossiers qui ont été finalisés il y a deux mois, dont on procède à l’annonce. On ne va pas se priver d’une telle annonce et il faut une volonté politique pour faire aboutir de tels projets », a-t-elle déclaré.

Jean Rainville

Après dix ans de travail dans le dossier, le président-directeur général de MBR, Jean Rainville, était bien heureux que Québec annonce sa participation, laquelle met un terme à l’étape de financement du projet au niveau domestique et à l’échelle internationale.

« Le financement est complété grâce à la participation de Québec. Il est toujours rassurant pour les investisseurs étrangers d’avoir la participation d’un gouvernement lorsqu’on est à la veille d’avoir tous les permis environnementaux. Pour le moment, on ne peut dire qui seront les partenaires financiers. D’ici un mois ou deux, nous procéderons aux dernières signatures avec nos partenaires. »

En ce qui a trait à l’absence du gouvernement fédéral dans le financement du projet, M. Rainville a mentionné qu’après avoir talonné pendant plusieurs années l’ex-député conservateur Denis Lebel pour connaître l’intention du fédéral de s’impliquer, la situation n’a pas changé sous le gouvernement Trudeau. « Nous avons déposé des demandes en vertu d’un programme relié à l’innovation technologique. Il semble qu’on n’entre pas dans les critères », explique le dirigeant. 

Serge Simard

Parmi les participants à la conférence de presse, le député Serge Simard a déclaré que l’investissement dans les infrastructures pour desservir Port Saguenay marque une page de l’histoire industrielle de tout le Saguenay-Lac-Saint-Jean puisqu’il ouvre la porte toute grande à d’autres projets d’importance. « Aujourd’hui, on construit la fondation du développement régional que l’on voulait depuis des années et que l’on a défini lors du Sommet économique de 2015, lequel comprenait la table sur les mines et métaux », a indiqué le député.

Stéphane Bédard

Présent également sur place en tant que vice-président du conseil d’administration de Port de Saguenay, Stéphane Bédard, qui a occupé le poste du Conseil du trésor sous un gouvernement péquiste, partage l’avis de M. Simard à l’effet qu’il s’agit d’une annonce historique. « C’est la première fois en dix ou 20 ans qu’on construira en créant des emplois purs. C’est de la vraie richesse qui sera créée. Il y a bien eu les investissements de Rio Tinto qui se traduisent souvent par des rationalisations. Pour la zone industrialo-portuaire, c’est le début de quelque chose. »

L’ex-député mentionne que la formule de financement élaboré pour le projet minier servira d’exemple qui fera tache d’huile pour d’autres projets au Québec. 

Le projet d’approvisionnement du site en eau de procédé progresserait bien, mais le PDG de BlackRock, Jean Rainville, est tenu à la confidentialité par Saguenay.

+

LE DÉBUT DES TRAVAUX EN AVRIL

Le conseil d’administration de Métaux BlackRock (MBR) souhaite procéder aux premières coulées de béton de son projet de mine et d’implantation d’usine de transformation de concentré de fer à Grande-Anse dès avril 2019 en vue d’une mise en production en 2020, mais il reste encore quelques étapes à franchir avant d’aller de l’avant.

La prochaine sera l’émission par le nouveau ministre de l’Environnement du certificat d’autorisation environnementale prévu quelque part en octobre prochain après le dépôt du rapport du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE). En juillet dernier, lors de la procédure d’évaluation des impacts environnementaux par le BAPE, le projet n’avait pas fait l’objet d’une opposition vive sur des enjeux importants.

On se souviendra que le mode de transport des 830 000 tonnes de concentré de ferrovanadium par camions ou par la voie ferrée avait soulevé des interrogations. Interrogé mardi sur le sujet, Jean Rainville, pdg de MBR, a mentionné que les discussions se poursuivent entre les parties tout en rappelant que des études sont en voie de réalisation. « Notre conseil d’administration se réunira le 28 septembre prochain pour discuter du sujet, mais il y a encore des discussions en cours. »

En ce qui a trait à l’approvisionnement d’eau de procédé sur le site, M. Rainville assure que le dossier chemine bien, mais qu’il est tenu à la confidentialité par Saguenay. Selon lui, il faudrait que le projet d’approvisionnement en eau débute avant la fin de l’année pour respecter les échéanciers.

Interrogé sur le même sujet, le conseiller Michel Potvin assure qu’une solution sera trouvée rapidement pour approvisionner le site à un coût d’environ 5 M$. M. Potvin a réitéré qu’il n’est pas dans l’intention du conseil municipal d’investir des sommes importantes dans ce projet qui ne rapportera rien en terme de taxes foncières pour une période de 20 ans.

En attendant, le projet en est à l’étape de la confection de l’ingénierie détaillée, affirme M. Rainville par les firmes Tetra Tech et BBA. Actuellement, MBR en est à finaliser la conclusion d’un contrat d’approvisionnement en équipements miniers d’une valeur de 300 M$ qui seront livrés au port de Grande-Anse par le constructeur italien Tenova.