Jean-Sébastien Jacques (au centre), chef de la direction de Rio Tinto, a donné un point de presse en compagnie de Gervais Jacques (à gauche), directeur exécutif des opérations de Rio Tinto Aluminium en Atlantique, et Alf Barrios, président de Rio Tinto Aluminium.

Un prolongement pour les usines Vaudreuil et Arvida

Le chef de la direction de Rio Tinto, Jean-Sébastien Jacques, a annoncé jeudi que son entreprise a entrepris des négociations avec Québec pour prolonger la vie des cuves précuites de l’Usine Arvida jusqu’à 2025. Parallèlement à ça, la multinationale se donne l’option de prolonger la vie de l’Usine Vaudreuil après 2022 et d’ajouter 16 cuves de technologie AP60 à ses installations.

Cette annonce a été faite devant 250 personnes lors du Symposium Aluminium tenu à l’hôtel Delta de Saguenay.

« Début 2018, nous terminerons les études qui nous permettent d’évaluer les investissements nécessaires pour prolonger la vie de l’Usine Vaudreuil au-delà de 2022. Nous considérerons également prolonger les opérations de l’Usine Arvida, aussi loin qu’en 2025.

« Ensemble, ces sites fournissent des emplois à environ 2000 personnes. Au-delà de ces intentions, nous envisagerons des options pour les investissements futurs, soit de faire croître nos capacités de production en améliorant leur compétitivité, incluant la possibilité d’ajouter 16 cuves de technologie AP60 à Arvida », a déclaré celui qui venait au Saguenay-Lac-Saint-Jean pour la quatrième fois en 18 mois.

Rappelons que la durée de vie des cuves précuites avait été prolongée pour la seconde fois jusqu’à 2020. Québec doit accorder des autorisations environnementales, car il s’agit de vieilles technologies. Pour ce qui est de l’Usine Vaudreuil, elle produit de l’alumine avec la bauxite qui est importée par bateau, ce qui est une façon de faire moins prisée aujourd’hui dans les installations de Rio Tinto. La survie des deux usines est liée de près. Ultimement, les phases 2 et 3 de la technologie AP60 remplaceront les cuves précuites.

Le grand patron de Rio Tinto a aussi dévoilé qu’il avait pris le déjeuner en compagnie du premier ministre du Québec, Philippe Couillard. De plus, son allocution s’est déroulée conjointement avec Dominique Anglade, vice-première ministre et ministre de l’Économie, de la Science et de l’Innovation. « Les discussions sont en cour avec le gouvernement du Québec. Maintenant, il n’y a pas de décision aujourd’hui faite d’un point de vue industriel. Comme je l’ai expliqué aujourd’hui, toute décision doit être basée sur la rentabilité », a-t-il précisé lors d’un point de presse tenu plus tard.

« Ce que Jean-Sébastien annonce aujourd’hui à propos d’Arvida, c’est de se donner l’option de poursuivre jusqu’en 2025. Si on voit l’opportunité de faire un projet d’investissement entre-temps, l’Usine Arvida sera fermée avant. Si ça devient non économique d’opérer l’Usine Arvida, en tout temps l’Usine Arvida peut être arrêtée également. On peut envisager d’opérer l’usine au-delà de 2020 », a ajouté Gervais Jacques, directeur exécutif des opérations de Rio Tinto Aluminium en Atlantique, lors du point de presse, auquel assistait également Alf Barrios, président de Rio Tinto Aluminium.

Ce dernier a aussi eu des mots rassurants pour la région, assurant aux journalistes qu’il tenait le même discours à l’extérieur également. « Nous voyons un changement en Chine, qui demande à être confirmé, où la demande va être balancée avec l’offre. Ceci veut dire que plus de capacités de production d’aluminium vont être nécessaires à l’extérieur de la Chine. Ce que nous avons commencé à regarder, c’est quelles options globalement nous avons pour ajouter de la capacité quand le marché sera bon et que le temps sera venu. Et clairement, et nous avons été transparents, c’est que si ce moment arrive, l’endroit où nous allons investir c’est ici au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Et j’ai dit cela exactement la semaine dernière à nos investisseurs à Sidney, où j’ai parlé des projets AP60 et de l’expansion à Alma et ce sont clairement des projets qui sont en haut de la liste quand nous regardons nos opportunités pour le futur », a-t-il élaboré en anglais. Il faut cependant mentionner que plusieurs pans de son allocution publique avaient été tenus dans un excellent français.

Montréal

Jean-Sébastien Jacques a tenu aussi à annoncer que le siège social de la division aluminium de Rio Tinto à Montréal sera bonifié. « Rio Tinto démontre clairement son engagement à long terme envers le Québec en faisant de Montréal l’un des trois centres de support mondial pour notre entreprise aux côtés de Perth et Brisbane en Australie. Presque 500 personnes y travaillent actuellement et au cours des prochaines années, l’équipe s’agrandira encore davantage », a-t-il mentionné. Rappelons que le maintien du siège social à Montréal faisait partie des conditions essentielles à respecter auprès de Québec pour l’achat d’Alcan par Rio Tinto. Cette condition était reconduite depuis une entente de 2006 concernant la technologie AP50.

CRDA

Jean-Sébastien Jacques a aussi souligné que le Centre de recherche et développement d’Arvida (CRDA) a engagé 27 personnes au cours de la dernière année. « Nous continuerons d’être des pionniers et d’accroître notre capacité d’innovation, ce qui constitue un avantage concurrentiel pour notre entreprise », a-t-il professé.

Le chef de la direction de Rio Tinto, Jean-Sébastien Jacques, a participé à une conversation devant public avec Dominique Anglade, vice-première ministre et ministre de l’Économie, de la Science et de l’Innovation.

Une annonce de 500 M$ selon Alain Gagnon

Le président du Syndicat national des employés de l’aluminium d’Arvida (SNEAA), Alain Gagnon, s’est réjoui des annonces de Rio Tinto, mais surtout il se disait « pas surpris », considérant que son syndicat a bien joué ses cartes auprès de la compagnie. Il évalue également que l’annonce de la compagnie se traduirait par un investissement autour de 500 M $.

« Pour nous autres, c’est clair que c’est positif. Avec Vaudreuil, le centre de recherche, les 16 cuves AP60. Ça va dans le bon sens. La région mérite que tous les projets se fassent. Avec des annonces comme ça, ça se positionne. C’est clair que la région va y trouver son compte », a avancé Alain Gagnon. Ce dernier a rappelé qu’avec la date prévue en ce moment de 2020 pour la fin des précuites, l’entreprise devrait déjà être en processus de fermeture. Or, il a rappelé que dernièrement, ce sont plutôt des embauches qu’a faites Rio Tinto.

Le président syndical a évalué que l’ensemble des annonces représente un demi-milliard de dollars. Du côté de l’entreprise, la porte-parole Xuân-Lan Vu n’a pas voulu confirmer l’estimation. « Comme les études ne sont pas terminées, nous ne pouvons confirmer de chiffres pour le moment », a-t-elle répondu.

Alain Gagnon a aussi expliqué que les 16 cuves additionnelles viendraient s’ajouter aux 38 existantes. Le total des deux phases subséquentes se chiffrerait à 272 cuves de production d’aluminium. « Ils se donnent du temps. S’ils annonçaient aujourd’hui les phases 2 et 3, ça prend 38 mois à bâtir », a-t-il poursuivi, expliquant ainsi pourquoi il ne se disait pas surpris d’apprendre les intentions de la compagnie.

Pour conclure, Alain Gagnon affirme que ses membres sont prêts à prendre le virage du futur, à savoir une encore plus grande place à l’automatisation. « Quand je suis arrivé en 1983, on était 20 par quart de travail dans les salles de cuve. Il y a eu une nouvelle façon de faire et c’était la panique, parce qu’on est passé à six par quart. Mais dans ce temps-là, on avait la face dans le ‘‘pit’’ », a-t-il signifié, indiquant à quel point la santé et sécurité des travailleurs s’est améliorée. 

Il croit aussi fermement que pour conserver des emplois de qualité dans la région, il faut miser sur l’innovation. « Le CQRDA va devenir un pôle majeur. Il n’y a pas si longtemps encore, on marchait sur des oeufs. Et s’ils consolident à Montréal, ça veut dire qu’ils veulent faire de la ‘‘business’’ au Québec », a-t-il conclu.

Alain Gagnon

Un signal positif, estime Sylvain Gaudreault

Le député péquiste de Jonquière, Sylvain Gaudreault, voit un signal positif dans les annonces de Rio Tinto faites jeudi. Cependant, il espère que le gouvernement libéral profitera de son rapport de force dans les négociations. «J’espère que le gouvernement libéral va savoir saisir l’opportunité qu’ils ont. Mais j’ai peur que le gouvernement libéral ne soit pas assez exigeant», a mentionné le député en entrevue avec Le Quotidien. L’argument principal de négociation de Québec demeure l’allocation des droits hydrauliques pour que Rio Tinto produise de l’électricité, ce qui fut historiquement la raison du développement de l’industrie au Saguenay-Lac-Saint-Jean.

«Pour la prolongation des précuites jusqu’à 2025, il va falloir que la compagnie s’engage à faire des investissements pour le futur. Ça fait déjà deux prolongations qu’ils ont», a-t-il poursuivi. Il a aussi laissé entendre que Rio Tinto doit être conséquent avec leurs prétentions de produire de l’aluminium d’une façon parmi les plus écologiques au monde. 

Sylvain Gaudreault ne voit pas nécessairement dans les annonces qui touchent le complexe Jonquière un quelconque signal que les investissements majeurs de la phase 2 à Alma et 2 et 3 des AP60 sont retardés, mais il prévient «qu’il ne faut pas que ce soit juste du rapiéçage.»

Quant au siège social de Montréal qui recevrait des employés additionnels, il s’en réjouit, mais il rappelle un fait qu’il juge essentiel. «Les vraies décisions de l’entreprise se prennent à Londres et en Australie», a-t-il indiqué. Il tenait toutefois à ajouter qu’il était impressionné de voir autant de hauts dirigeants de l’entreprise à Jonquière à la mi-décembre. Selon lui, c’est un signal fort.

Pour ce qui est du nombre d’emplois dans la région, il clame, comme l’entreprise, qu’il faudra miser sur les emplois de haute technologie et non plus strictement physiques comme ce fut longtemps le cas. 

Sylvain Gaudreault