Le prix du bleuet devrait être stable en 2020.
Le prix du bleuet devrait être stable en 2020.

Un prix stable et des inventaires de bleuets sauvages pratiquement à sec

Guillaume Roy
Guillaume Roy
Initiative de journalisme local - Le Quotidien
Avec les inventaires de bleuets sauvages qui sont presque complètement écoulés et la production croissante de bleuet en corymbe, les experts du milieu estiment que les prix devraient demeurer stables avec la récolte qui s’annonce légèrement au-dessus de la moyenne.

En se basant sur les données du département américain de l’agriculture et des discussions privées avec de gros joueurs du marché, l’agroéconomiste Gilbert Lavoie souligne que les inventaires de bleuets sauvages sont à sec. « Même si les données américaines ne donnent pas d’informations sur les producteurs du Québec, ce sont tout de même ces données qui dictent le prix sur les marchés, car c’est aux États-Unis que l’on trouve le principal bassin de consommation », souligne l’expert de Forest Lavoie Conseil.

Réjean Fortin, le président de Bleuets Mistassini, reconnaît également que les inventaires sont plus bas cette année. « Les prix devraient continuer comme l’an passé », dit-il en ajoutant que ce sont les inventaires qui dictent souvent les prix sur le marché.

Cette situation détonne avec celle qui prévalait il y a quelques années, alors que les inventaires d’usines étaient à leur niveau le plus élevé et le prix au plus bas, à 0,30$/livre, remarque Gilbert Lavoie. Ce dernier souligne toutefois que la compétition avec le bleuet de corymbe est de plus en plus forte, car sa production augmente partout sur la planète. « Avec cette hausse, on retrouve désormais du bleuet frais à l’année, mais ça amène aussi plus de volume congelé », dit-il.

La production accrue de bleuet en corymbe fait baisser les prix de ce produit, ce qui accroît la différence avec le prix du bleuet sauvage. « Certains clients sont prêts à payer plus cher pour le sauvage, mais le bleuet en corymbe devient plus intéressant pour d’autres », remarque Gilbert Lavoie.

Avec la compétition accrue du bleuet en corymbe et la baisse des inventaires, l’expert estime que le prix du bleuet sauvage devrait demeurer stable en 2020. Pour l’instant, les producteurs ont reçu 0,55$/livre pour la récolte de 2019 et un dernier paiement est attendu à la mi-août, laissant présager un prix final de 0,60 à 0,65$/livre. « Selon le niveau de récolte, le prix pourrait être un peu plus élevé ou légèrement plus bas », estime l’agroéconomiste.

Selon Réjean Fortin, la récolte sera très bonne cette année, car les conditions météorologiques sont favorables. « Avec la pluie, la chaleur et l’humidité, on ne peut pas espérer mieux », dit-il.

Un prix toujours injuste selon le SPBQ

Pour Daniel Gobeil, le président du Syndicat des producteurs de bleuets du Québec (SPBQ), il ne sera jamais possible de savoir si les producteurs reçoivent un juste prix, car la Régie des marchés agricoles a rendu une décision partisane l’an dernier, en ne permettant pas aux producteurs de vérifier le prix d’usinage. « On nous a volé le droit de vérifier », dit-il, en ajoutant que le SPBQ n’a pas fait appel de la décision, faute de ressources financières.

L’arrivée de la nouvelle usine de transformation à Normandin pourrait toutefois être une manière de trouver le salut, car avec plus de 30 membres, dont trois coopératives qui comptent plus de 100 membres, les informations sur le coût d’usinage viendront à être connues au cours des prochaines années, espère Daniel Gobeil.

En ce qui a trait à la saison 2020, Daniel Gobeil s’attend à une saison meilleure que la moyenne, sans toutefois fracasser des records, car malgré les bonnes conditions météorologiques, des gels ont détruit des fleurs à certains endroits en début de saison.