Éric Dufour en appelle à une prise de conscience et à des actions collectives pour que cesse enfin ce qu’il considère comme la « castration entrepreneuriale ».

Un plaidoyer d’Éric Dufour contre la «castration entrepreneuriale»

Le fardeau réglementaire et la charge administrative imposée aux gens d’affaires nuisent au démarrage et à l’essor d’entreprises au Saguenay-Lac-Saint-Jean.

C’est l’avis du vice-président régional chez Raymond Chabot Grant Thornton, Éric Dufour, qui en appelle à la solidarité régionale pour que cesse enfin ce qu’il considère comme la « castration entrepreneuriale ».

Le comptable de profession, spécialisé en transfert d’entreprise, agit également comme président du comité entrepreneurial à la Fédération des chambres de commerce du Québec. Éric Dufour a provoqué une sortie médiatique parce qu’il n’en peut plus de voir que des bâtons sont constamment mis dans les roues des entrepreneurs, à qui l’on demande mer et monde en termes bureaucratiques et qui se perdent littéralement dans les dédales administratives et gouvernementales. Selon lui, la « paperasserie exagérée et superflue » imposée aux gens d’affaires freine de façon considérable le développement économique du Royaume, l’empêchant ainsi de se libérer du joug de la grande entreprise. 

Citant une étude réalisée par la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI), il signale que la « paperasse » coûte 33 milliards $ aux entrepreneurs du pays chaque année et que 42 pour cent d’entre eux ne recommandent pas à leurs proches de se lancer en affaires.

Au cours d’une longue entrevue accordée au Progrès, le comptable de profession a lancé un cri du coeur et un appel à la mobilisation. Il n’a pas souhaité critiquer les paliers municipal, provincial et fédéral directement, mais implore le capital politique d’implanter une culture du raccourci (Fast Track) et d’humaniser les processus permettant aux promoteurs de grands projets d’aller de l’avant. 

« Prenez Métaux BlackRock par exemple, ils sont prêts et ils espèrent avoir des délais raisonnables pour leur permettre de réaliser leur projet qui aura un impact colossal pour l’économie régionale », fait valoir Éric Dufour, qui compte la minière parmi ses clients.

La quête du risque zéro

Éric Dufour se dit en colère de constater que la quête du risque zéro bloque les entrepreneurs. Il prend l’exemple de la pêche blanche, un moteur touristique générant des retombées économiques magistrales dans son fief de La Baie. Récemment, la Ville a annoncé l’entrée en vigueur de nouvelles règles concernant l’embarquement des cabanes, selon leur poids et l’épaisseur de la glace, le tout dans le but d’assurer la sécurité des utilisateurs. Éric Dufour comprend que la Ville veuille protéger la population, mais il estime qu’on va souvent trop loin en matière de réglementation, particulièrement en ce qui a trait à l’environnement. À ce sujet, Éric Dufour ne manque pas de rappeler le projet récréotouristique du Comité pour l’avenir de la Consol (CASC) sur les berges du Saguenay. Produits forestiers Résolu (PFR) est prête à céder les actifs à la Ville en échange d’une somme symbolique, mais le projet a du plomb dans l’aile parce que, selon Éric Dufour, « on essaie d’atteindre le risque zéro ». 

« Les entreprises n’en peuvent plus du cadre réglementaire. Eux, ils sont prêts à prendre des risques. Il faut se réveiller collectivement. Il faut se parler la région. Il faut virer ça de bord. L’entrepreneur surréglementé, c’est un entrepreneur castré. Il devient démotivé, découragé et n’investit plus. Il faut changer le capital politique. Le jour où le premier ministre va dire ‘‘on organise une audience de quatre jours dans un hôtel où on réunit tous les promoteurs de grands projets et on répond à toutes les questions’’, là on va avancer », martèle le vice-président chez Raymond Chabot Grant Thornton.

Quant au resserrement des règles pour la pêche blanche, Éric Dufour croit que la mairesse Josée Néron devrait surseoir à sa décision pour un an, le temps de réunir les gens d’affaires et les fonctionnaires de Pêches et Océans Canada pour établir un plan d’action concerté. 


« Prenez Métaux BlackRock par exemple, ils sont prêts et ils espèrent avoir des délais raisonnables pour leur permettre de réaliser leur projet qui aura un impact colossal pour l’économie régionale. »
Éric Dufour

Projet de loi 122 : l’implication des gens d’affaires impérative 

Dans la foulée de l’abolition des Conférences régionales des élus (CRÉ), le projet de loi 122 vise l’octroi de pouvoirs aux municipalités régionales de comté (MRC), reconnues comme des gouvernements de proximité. Éric Dufour dénonce l’absence de représentativité des gens d’affaires à ces tables.

«Les entrepreneurs n’ont pas de sièges. Une personne d’affaires va continuer d’amener une culture entrepreneuriale à la table et sa présence est essentielle», dit-il. 

Éric Dufour croit que le contexte postélectoral représente un bon moment pour lancer cet appel à la solidarité et amorcer une prise de conscience collective.

«Actuellement, avec les changements que l’on connaît, ça sent bon. Il y a une fenêtre pour ça et la Fédération des chambres de commerce va aussi interpeller l’ensemble des élus. Les entrepreneurs sont prêts à se mettre à la table pour changer la société. J’interpelle l’ensemble de l’écosystème pour qu’on puisse stimuler ensemble l’entrepreneuriat. Si on ne réussit pas à le faire, ce sont les grandes corporations qui vont mettre la main sur les entreprises régionales, ce qui va venir briser le tissu économique et social de la région», met en relief Éric Dufour.