L’entreprise américaine Seva, créée par une petite équipe éparpillée dans le monde, se contente des mots clefs des recherches ou de l’emplacement approximatif des utilisateurs pour les cibler.
L’entreprise américaine Seva, créée par une petite équipe éparpillée dans le monde, se contente des mots clefs des recherches ou de l’emplacement approximatif des utilisateurs pour les cibler.

Un passionné de yoga veut mettre la technologie au service des pauvres

Glenn Chapman
Agence France-Presse
SAN FRANCISCO — «Nous voulions créer un moyen pour les internautes d’aider les autres, via la technologie, sans effort», raconte Sean Kelly, le créateur d’un moteur de recherche sur internet dont les revenus publicitaires sont reversés à des ONG.

Lancé ce mois-ci, Seva se présente comme le premier outil de recherche en ligne indépendant, conçu avec une conscience sociale, pour nourrir des communautés défavorisées en Afrique, en Asie et ailleurs. Spécialiste du marketing, M. Kelly a quitté il y a quelques années la Silicon Valley pour le yoga, la spiritualité et une île thaïlandaise.

Il a créé sevasearch.org avec deux partenaires en se basant sur Bing, le moteur de Microsoft, pour la partie recherche et résultats. Les profits tirés de la vente d’espaces publicitaires vont au Programme alimentaire mondial et à l’association Project Healthy Children.

«Seva permet aux gens d’avoir un impact positif simplement en faisant quelque chose qu’ils font de toute façon tous les jours», explique Sean Kelly à l’AFP depuis Koh Pha Nga. Le site promet la transparence totale sur ses finances.

Il affirme avoir déjà financé près de 170 000 repas en une semaine via ces ONG caritatives. Le tout sans récolter des montagnes de données sur les utilisateurs du site ou de l’application mobile. «Contrairement à d’autres moteurs de recherche, nous ne vous suivons pas à la trace. Nous ne sommes là que pour nourrir des gens».

Donner sans récolter

Les géants de la publicité numérique, Google et Facebook, ont imposé un modèle économique très lucratif : ils pistent leurs usagers et stockent des informations personnelles pour vendre des profils anonymisés aux annonceurs, sous forme d’espaces publicitaires ultra personnalisés, à très grande échelle.

L’entreprise américaine Seva, créée par une petite équipe éparpillée dans le monde, se contente des mots clefs des recherches ou de l’emplacement approximatif des utilisateurs pour les cibler. Sean Kelly et Ron Piron, le cofondateur, avaient ce projet en tête depuis qu’ils ont lancé la plateforme bookretreats.com il y a cinq ans, pour les personnes qui cherchent des séjours avec du yoga.

«L’idée était dans les tuyaux, au point mort, et puis la pandémie a frappé», se souvient Mr Kelly. Il relate que des amis dans la région ont perdu leur emploi, d’autres, désespérés, l’ont appelé pour lui demander conseil.

Il était temps de mobiliser la technologie à des fins positives, selon cet homme de 33 ans.

Bonnes intentions

Mais le projet idéaliste aura sans doute du mal à atteindre une taille significative. Google, dont le nom même est devenu synonyme de recherche sur internet, détient plus de 90 % du marché mondial, d’après Statcounter. «C’est un concept plein de bonnes intentions, mais dont la portée semble limitée dans la vie réelle», remarque Bob O’Donnell, analyste de Technalysis Research. «Ça pourrait marcher bien sûr, mais c’est un sacré défi à relever».

Même le moteur de recherche DuckDuckGo, centré sur le respect de la vie privée, n’a pas réussi à percer, fait valoir l’analyste.

Sean Kelly a grandi et étudié à Berkeley, à côté de la Silicon Valley. Il a été employé chez Modria, une plateforme de résolution de conflits avec les clients, dérivée d’eBay et PayPal.

«J’ai fini par quitter mon job dans une start-up de la tech pour faire un voyage spirituel et vraiment m’immerger dans le yoga», raconte-t-il. Passionné, il a écrit un livre sur cette discipline et donné des cours avant de lancer Seva. «Il faut que des gens cherchent à utiliser les technologies pour accomplir des choses positives, sinon les aspects négatifs vont prendre toute la place».