Les travailleurs de la construction doivent répondre à trois questions liées à la COVID-19 avant de pouvoir entrer sur un chantier.
Les travailleurs de la construction doivent répondre à trois questions liées à la COVID-19 avant de pouvoir entrer sur un chantier.

Un nouvel outil pour réduire les risques de contamination sur les chantiers de construction

Stéphane Bouchard
Stéphane Bouchard
Le Quotidien
Deux entreprises du Saguenay–Lac-Saint-Jean s’associent et lancent une plateforme Internet pour simplifier le quotidien des travailleurs et des entrepreneurs de la construction devant composer avec les mesures sanitaires liées à la COVID-19.

Depuis la réouverture des chantiers, tous les travailleurs de la construction, peu importe qu’ils travaillent sur de petits chantiers résidentiels ou sur de mégas projets industriels, doivent répondre à trois questions tous les jours : « Présentez-vous des symptômes du coronavirus (toux, perte d’odorat, etc.) ? », « Avez-vous voyagé à l’extérieur du Canada lors des deux dernières semaines ? » et « Êtes-vous en contact avec une personne atteinte de la COVID-19 ? ». Ce n’est qu’après avoir répondu à ces questions, une exigence de la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST), que les travailleurs peuvent avoir accès aux chantiers.

La Mutuelle de prévention des PME et la firme VisionÈre ont créé une plateforme sur laquelle les employés peuvent répondre à ces trois questions à partir d’un téléphone cellulaire.

Le service est disponible depuis la réouverture de la construction, il y a trois semaines.

Le directeur de la Mutuelle de prévention des PME, Michel Tremblay, explique que les principaux avantages liés à cette plateforme sont d’ordres sanitaire et monétaire. « On ajoute une sécurité, en éliminant des sources de contamination. On enlève le papier, la tablette, le crayon, la personne qui va classer ce questionnaire-là ou le numériser », affirme-t-il, ajoutant que si un employé répond « Oui », un courriel d’alerte est immédiatement envoyé à l’employeur.

« La CNESST a approuvé à 200 %, ajoute M. Tremblay. Quand un inspecteur arrive sur un chantier, il a tout de suite les informations dont il a besoin sur son ordinateur ».

Les inspecteurs de la CNESST ont d’ailleurs le pouvoir de faire fermer un chantier si les formulaires ne sont pas remplis adéquatement.

Traçabilité

La directrice générale de VisionÈre, Nathalie Murray, indique qu’il est facile de retracer le parcours des travailleurs de la construction qui utilisent la plateforme. « S’il y a eu un cas, on est capables de savoir où est allée la personne, avec qui elle a été en contact. On sait que des fois, les travailleurs sont appelés à aller sur plusieurs chantiers. Ça se pourrait qu’ils doivent le remplir plus d’une fois dans la journée », explique-t-elle, fière de cette innovation technologique régionale.

La quantité de données produites peut rapidement devenir difficile à gérer, estime Nathalie Murray. Derrière les formulaires, des algorithmes compilent l’information et lui donnent du sens.

« S’il y a des risques, quelque chose de suspect, les travailleurs reçoivent des notifications pour leur indiquer ce qu’il faut faire », précise Mme Muray.

Au moment de l’entrevue, une seule entreprise, située à Sainte-Adophe-d’Howard, au nord de Montréal, comptait parmi les clients de Michel Tremblay et de Nathalie Murray. Plusieurs autres se montrent cependant intéressées. « Ce qui est drôle, souligne Mme Murray, c’est que nous proposons un produit régional, mais que nos affaires sont présentement à Montréal. »

Le coût est de 25 $ par employé pour avoir accès au service pendant six mois.

La Mutuelle de prévention des PME et VisionÈre sont partenaires à parts égales dans ce projet. Dans les prochaines semaines, les deux entreprises désirent lancer une nouvelle entité qui se consacrera uniquement à la plateforme.

Michel Tremblay, directeur de la Mutuelle de prévention des PME, et Nathalie Murray, directrice générale de la firme VisionÈre, lancent une nouvelle plateforme pour faciliter la vie dans l’industrie de la construction.

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AUTOMATISER LA SANTÉ ET SÉCURITÉ AU TRAVAIL

Le potentiel de croissance pour ce type d’applications dans les prochaines années est très grand, pensent Nathalie Murray et Michel Tremblay. On recense environ 160 000 travailleurs de la construction au Québec et 25 000 entreprises.

Mais la COVID-19, espérons-le, ne sera pas éternelle. Nathalie Murray et Michel Tremblay croient que la plateforme qu’ils ont imaginée pourra être adaptée à d’autres types d’entreprises et de contextes, toujours en lien avec la santé et la sécurité au travail, de même que la prévention des accidents.

« C’est le départ de quelque chose de plus important. La COVID-19 nous oblige à aller plus vite, mais c’est une nouvelle façon de penser les contrôles en santé et en sécurité au travail », croit Michel Tremblay, directeur de la Mutuelle de prévention des PME.

Sa partenaire en affaires, Nathalie Murray, abonde dans le même sens. Une fois que la pandémie de COVID-19 sera derrière nous, les choses ne seront plus les mêmes.

« La crise va créer des habitudes. Les travailleurs vont s’intéresser davantage à la sécurité de leur milieu de travail. Les employeurs, eux, vont avoir un nouvel outil pour faire passer leur message. Ce sont des changements de comportements, la santé et la sécurité au travail. »

Celle qui est directrice générale de VisionÈre estime qu’il est souhaitable de faire passer la prévention des accidents professionnels à l’ère du numérique.

« Il y a tout un virage à prendre pour ce qui est de l’automatisation des mesures dans les milieux de travail. [...] Il y a toute sorte de choses qui peuvent être développées. Pensons à des capsules, notamment », ajoute-t-elle.

Réfléchissant déjà à la suite des choses, Michel Tremblay illustre les différentes utilisations que pourrait avoir la plateforme en donnant l’exemple des équipements de protection individuelle. « Chaque matin, un employé pourrait avoir à répondre à un questionnaire. Est-ce que, oui ou non, il a en sa possession son casque, ses gants et ses lunettes? Juste avec ça, le travailleur s’implique pour sa sécurité », résume celui qui est comptable de formation. Stéphane Bouchard

Un travailleur de la construction peut utiliser son cellulaire pour répondre au formulaire de la CNESST.