Josée Néron, mairesse de Saguenay, Maxime Parent-Chrétien, vice-président et président par intérim d’Unifor section locale 50Q, Gilles Vaillancourt, président du Syndicat national des travailleuses et travailleurs des pâtes et papiers de Kénogami, affilié à la CSN, Sylvain Gaudreault, député provincial de Jonquière, et Karine Trudel, députée fédérale de Jonquière, ont invité PFR à investir dans l’Usine Kénogami et Ottawa à régler le problème de la surtaxe sur le papier surcalandré. La conseillère municipale Julie Dufour était également présente.

Un message à PFR et à Ottawa

Des élus des trois paliers de gouvernement et deux présidents de syndicat ont fait front commun pour faire pression sur Produits forestiers Résolu (PFR) et Ottawa, question de trouver des solutions pour sauver les emplois à l’Usine Kénogami, bientôt en arrêt de production pour une semaine.

Du côté des élus, la conférence de presse tenue à Kénogami regroupait la mairesse de Saguenay, Josée Néron, le député péquiste de Jonquière, Sylvain Gaudreault, et la députée néo-démocrate de Jonquière, Karine Trudel, ces deux derniers siégeant dans l’opposition à Québec et Ottawa. Ils étaient accompagnés par Maxime Parent-Chrétien, vice-président et président par intérim d’Unifor section locale 50Q, et Gilles Vaillancourt, président du Syndicat national des travailleuses et travailleurs des pâtes et papiers de Kénogami, affilié à la CSN. À eux deux, ils représentent environ 200 travailleurs.

« C’est la sixième fermeture depuis 2016 qu’on vit. Les commandes ont été délocalisées à l’usine de Catawba aux États-Unis (NDLR : en Caroline du Sud). C’est dû à la surtaxe sur le papier surcalandré ainsi qu’un problème d’approvisionnement de copeaux », a commencé par indiquer Maxime Parent-Chrétien.

Son collègue CSN a ciblé son employeur, Ottawa et Québec. « On veut avoir de l’aide de nos gouvernements. Ça va prendre des investissements dans cette usine. Ça va prendre de nouveaux produits. Ce sont de bonnes “jobs”, il ne faut pas les perdre. Il faut forcer la compagnie à investir chez nous. On a de bons atouts ici, dont du courant et de bons travailleurs », a poursuivi Gilles Vaillancourt. Plus tard, lors des questions faisant suite à la conférence, il a été un peu plus dur, questionné à savoir si la compagnie pouvait utiliser la surtaxe et le marché comme prétextes en vue de négociations qui approchent avec les travailleurs. « C’est sûr que c’est dans leurs façons de faire, de faire pitié pour avoir des concessions », a-t-il prétendu.

Pour ce qui est de la mairesse Josée Néron, elle a mentionné avoir récemment rencontré le directeur de l’usine, Roger Leroux. « Il y a d’autres compagnies qui ont innové et présenté des plans de relance (...) Il faut faire le message à la direction de PFR que la compagnie présente un plan pour assurer la conversion de l’usine », a-t-elle souligné, consciente de l’impact économique que représente l’usine pour le quartier. Elle était d’ailleurs présente en compagnie de la conseillère municipale du secteur, Julie Dufour. Cette dernière a souligné l’implication d’élus des niveaux municipal, provincial et fédéral.

Sylvain Gaudreault disait avoir un fort sentiment de déjà-vu. « J’ai l’impression qu’on est dans Le jour de la marmotte ou que c’est le supplice de la goutte. En 2011, nous étions aussi en conférence de presse pour dénoncer la fermeture de la machine #6. On disait que ce serait difficile avec une seule machine. Ça fait six fois en un an et demi qu’on nous annonce des petites fermetures. (...) Cette entreprise doit investir sans délai dans des produits d’avenir », a lancé le député. Selon lui, PFR se doit d’innover et de se tourner vers des produits comme le biocarburant ou la cellulose. Ainsi, la compagnie serait prête lorsque les marchés le seront.

Finalement, Karine Trudel a dénoncé l’absence de résultats d’Ottawa dans la négociation avec Washington concernant la surtaxe imposée sur le papier surcalandré. « Ça appartient au fédéral le sujet de la surtaxe. Depuis deux ans, le dossier a traîné. Et la secrétaire parlementaire des Ressources naturelles nous a clairement dit en privé que le programme de garanties de prêts (annoncé en juin) ne s’appliquait pas. On demande au gouvernement d’agir rapidement. Je lance un message à Justin Trudeau qui est venu pour la partielle dans Lac-Saint-Jean, et il y en aura une dans Chicoutimi-Le Fjord, que c’est bien beau de faire un “show” de boucane, mais qu’il faudrait agir aussi », a-t-elle souligné.

Les intervenants présents ont aussi annoncé la création prochaine d’un comité pour l’usine Kénogami.


« Il faut faire le message à la direction de PFR que la compagnie présente un plan pour assurer la conversion de l’usine. »
Josée Néron

Bientôt une annonce avec Québec

Selon le porte-parole de Produits forestiers Résolu (PFR), Karl Blackburn, si des contrats de papier ont été déplacés vers une usine américaine, c’est parce que des clients ont cédé au chantage des groupes activistes environnementaux, tels que Greenpeace. De plus, il annonce pour bientôt une entente avec Québec sur le programme de garanties de prêts Essor.

« Certains clients nous ont demandé de les fournir directement de nos usines aux États-Unis. Il faut rappeler que Greenpeace et d’autres groupes d’activistes ont fait des menaces et des attaques sur certains clients et certains ont cédé au chantage. On a juste à prendre l’exemple de Best Buy », a-t-il expliqué, lorsque joint au téléphone par Le Quotidien, disant notamment que le contrat de cette entreprise valait pour 40 % de la production à l’usine Kénogami. Il a cependant ajouté que la compagnie avait fait une réorganisation à la grandeur des installations dans la région pour amoindrir le coup. La machine #9 à Alma avait même été fermée un certain temps, mais elle a été rouverte depuis.

Karl Blackburn a voulu aussi rappeler le contexte de la surtaxe de 17 %, qu’il attribue en partie à la réouverture de l’usine de Port Hawkesbury en 2012 en Nouvelle-Écosse. Selon lui, cette relance a eu le double impact de venir saturer le marché de l’offre et a fourni un prétexte aux Américains d’imposer la surtaxe, jugeant que l’aide gouvernementale reçue était une subvention qu’ils jugent illégale.

Le porte-parole a aussi confirmé que PFR avait bel et bien fait des demandes auprès de Québec concernant le programme ESSOR de garanties de prêts. La demande était venue du député Sylvain Gaudreault lors de la conférence de presse du matin. « On travaille en étroite collaboration avec Québec, avec les ministères impliqués. On espère dans un avenir rapproché pouvoir arriver à s’entendre avec Québec sur l’application du programme. Il y a une volonté réelle de la part du premier ministre. On prend notre temps, car on ne veut pas que ce soit un nouveau prétexte pour les États-Unis de pouvoir dénoncer l’industrie », a-t-il annoncé. Il a assuré que l’annonce se ferait d’ici la fin de l’hiver. Toutefois, a assuré Karl Blackburn, même si l’entente avec Québec avait été conclue, Kénogami aurait quand même stoppé sa production pour une semaine en raison des demandes des clients. 

Quant à la possibilité de remplacer la production de papier par de nouveaux produits, Karl Blackburn a mentionné que son entreprise investit 5 M $ par année en recherche. « Ceux qui prétendent qu’on devrait cesser tout de suite la production de papier et se diriger vers d’autres produits ne comprennent pas le fonctionnement de la filiale. Tout est lié. La première raison pourquoi on va en forêt, c’est le bois d’oeuvre », a-t-il détaillé, indiquant que les usines de pâtes et papiers bénéficient notamment des copeaux en provenance des scieries. Il reste persuadé que PFR peut demeurer un joueur important dans l’industrie du papier dans l’avenir. Mais il ajoute que la compagnie sera prête à intégrer des nouveaux produits dans ses installations régionales quand les marchés seront prêts.