Une cinquantaine de personnes ont assisté à la troisième séance de l’audience publique du BAPE qui était consacrée au transport et aux infrastructures maritimes.
Une cinquantaine de personnes ont assisté à la troisième séance de l’audience publique du BAPE qui était consacrée au transport et aux infrastructures maritimes.

Un impact «relativement faible» sur les bélugas, selon GNL Québec

Myriam Gauthier
Myriam Gauthier
Initiative de journalisme local - Le Quotidien
Le passage des méthaniers de GNL Québec sur le Saguenay aura un «impact relativement faible» sur les bélugas, a affirmé mardi l’entreprise lors des audiences du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) sur son projet d’usine de liquéfaction de gaz naturel à Saguenay. Une affirmation contredite par un groupe de chercheurs, qui estiment que cet impact ne peut actuellement être évalué.

Une cinquantaine de personnes ont assisté à la troisième séance de l’audience publique du BAPE qui était consacrée au transport et aux infrastructures maritimes du projet de 9 G$ d’Énergie Saguenay, à Chicoutimi, mardi soir. La séance qui se déroulait à l’hôtel Le Montagnais s’est terminée peu avant 23h.

À la suite d’une question sur les effets cumulatifs de l’augmentation du trafic maritime dans la rivière Saguenay sur les bélugas, Marc Gauthier, de la firme WSP, a présenté les résultats d’une étude réalisée dans le cadre de l’étude d’impact environnemental de GNL Québec.

Il a expliqué que l’augmentation du trafic, en tenant compte des différents projets de développement dans la rivière Saguenay, aura un «impact relativement faible» sur les bélugas, selon l’étude réalisée.

Les 400 passages annuels des méthaniers de GNL Québec entraîneront une faible augmentation du temps de bruit subaquatique auquel est exposé le béluga. Le bruit à la source, en demeurant insuffisant pour causer des mortalités, des blessures ou des pertes d’audition pour les bélugas, causerait des changements de comportements naturels chez les bélugas, a expliqué M. Gauthier.

«C’est pas nécessairement mauvais, [quand] on parle d’effet comportemental», a-t-il poursuivi, en donnant l’exemple d’un chevreuil qui s’apprête à traverser une autoroute et qui s’arrête en voyant les phares d’une voiture.

«On a changé son comportement, et c’est bon pour lui. Le bruit, c’est un peu la même chose, a-t-il imagé, en provoquant quelques réactions dans la salle. Trop élevé, ça peut causer des blessures. Plus bas, ça peut changer le comportement, mais les effets démontrés, [si] c’est négatif, sont encore à établir.»

Le bruit généré est ainsi «peu dommageable à l’état des connaissances actuelles» pour le béluga, a-t-il conclu, en rappelant que GNL Québec étudie des mesures d’atténuation du bruit pour ses méthaniers.

L’effet de l’augmentation du trafic, «personne ne peut le dire»

Clément Chion, chercheur à l’Université du Québec en Outaouais et responsable d’un projet de recherche sur les interactions entre la navigation et les bélugas, a ensuite été appelé au micro par la commission.

Il a souligné connaître l’étude de WSP et appuyer «pas mal d’éléments» qui s’y retrouvent. L’écologie de l’espèce doit cependant également être considérée pour évaluer l’impact du trafic maritime sur le béluga, a-t-il plaidé.

Rappelons que les chercheurs de ce projet de recherche de cinq ans financé par Québec ont lancé au début du mois un appel au moratoire jusqu’en 2023 sur les projets de développement sur le Saguenay.

Des représentants de GNL Québec répondent aux questions du public lors de cette première partie de l’audience.

Les résultats de la première année de recherche du projet sur l’importance du fjord du Saguenay pour les bélugas les ont amenés à formuler cette recommandation.

«Augmenter le trafic dans le Saguenay va venir affecter, à divers degrés, 50% des adultes, 60% des femelles, sans compter tous les jeunes et juvéniles qui, on le sait, sont extrêmement présents dans le Saguenay», a-t-il expliqué en regard des premiers résultats du projet de recherche.

«L’effet de cette augmentation-là, pour le moment, il n’y a personne qui peut le dire», a-t-il ajouté.

Le risque ne peut donc pas être évalué comme «faible, moyen ou élevé» à l’heure actuelle, estime le chercheur.

Une cinquantaine de personnes ont assisté à la troisième séance du BAPE en soirée. 

Absence de Pêches et Océans Canada
La séance sur le transport, mardi soir, était par ailleurs marquée par l’absence d’un représentant de Pêches et Océans Canada. Il en sera de même mercredi à 13h, lors de la poursuite des audiences sur le même thème.

La commission tentait cependant d’organiser la présence du ministère fédéral vendredi, a précisé mardi soir le président de la commission d’enquête, Denis Bergeron.

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UN RISQUE DE DÉVERSEMENT «TRÈS PEU PROBABLE»

Le risque d’un déversement causé par les méthaniers de GNL Québec qui seront construits sur mesure pour répondre aux besoins du projet est «très peu probable», selon l’entreprise.

GNL Québec a présenté lors de la séance les méthaniers qu’elle compte faire construire pour répondre à ses besoins si son projet d’exportation de gaz naturel voit le jour. Les mesures d’atténuation du bruit toujours à l’étude dont elle souhaite doter ses navires, le besoin de les opérer l’hiver dans le fjord du Saguenay et les volumes d’exportation justifient pour l’entreprise ce besoin de faire construire ses propres méthaniers

Les méthaniers de 300 mètres de long et qui devraient avoir 50 mètres de hauteur ou moins prendraient de deux à trois ans à faire construire. Un armateur gérera pour l’entreprise la flotte de navires qui pourront transporter 178 000 m3 de gaz naturel liquéfié.

Le risque de déversements d’hydrocarbures de ces navires à double coque qui seraient dotés d’une motorisation hybride électrique est «très peu probable», a exposé Sylvain Ménard, directeur environnement chez GNL Québec.

«Ça prend une collision à haute vitesse de façon perpendiculaire d’un navire de très grande taille», a-t-il expliqué.

Une vitesse inférieure à 10 noeuds sur le Saguenay
GNL Québec s’engage d’ailleurs à ce que ses navires maintiennent une vitesse inférieure à 10 nœuds, à partir de son usine de liquéfaction sur le Saguenay jusqu’au secteur des Escoumins.

Un déversement de carburant de 253 mètres cubes à l’embouchure du Saint-Laurent est le pire des scénarios évalués par GNL Québec pour le diesel marin. Un accident touchant la cargaison de gaz naturel liquéfié serait un scénario «extrêmement peu probable», a ensuite expliqué Marcel Ricard, de la firme Tetra Tech, qui a effectué une modélisation des risques pour l’entreprise.

Un représentant du Centre d’expertise en gestion des risques et d’incidents maritimes (CIGREM) a précisé que même si un risque est peu probable, «ce n’est pas un risque zéro», et que l’entreprise avait la responsabilité de prévoir les conséquences d’un déversement.

GNL Québec s’est dit ouvert à prévoir l’acquisition d’équipements d’intervention supplémentaires dans ses démarches avec les autorités.