La fibre cellulosique produite à l’Usine Kénogami de PFR pourrait être mise à profit dans le projet de FPInnovations.
La fibre cellulosique produite à l’Usine Kénogami de PFR pourrait être mise à profit dans le projet de FPInnovations.

Un filtre biodégradable à partir de fibre de bois pour les masques jetables

Louis Tremblay
Louis Tremblay
Le Quotidien
La sortie du conseiller municipal Jean-Marc Crevier sur la pertinence de lancer une grappe industrielle sur la fibre cellulosique qui sera produite à la papeterie de Kénogami de Résolu était visiblement prémonitoire alors que FPInnovations a conçu en huit semaines un filtre biodégradable pour les masques sanitaires et compte réussir la confection de l’ensemble de cet équipement de protection au cours des prochains mois.

FPInnovations, un OBNL supporté par les papetières et les gouvernements, a émis un communiqué, mercredi, pour faire part des résultats de travaux réalisés en parallèle avec la crise sanitaire. Il s’agit d’une recherche appliquée dont l’objectif était de fournir une alternative aux différents masques commerciaux à usage unique en circulation qui sont produits avec des produits de plastique dérivés du pétrole. Les chercheurs ont entamé les travaux avec de la fibre de cellulose qui est biodégradable en plus d’offrir une grande solidité.

La commande a été passée par le gouvernement canadien. Le ministère des Ressources naturelles du Canada a financé le projet dans l’espoir d’en arriver à une solution permanente au problème des masques.

Stéphane Renou, président et chef de la direction de FPInnovations.

« Tout dépend de la recette, mais avec la fibre cellulosique, nous avons maintenant un outil extraordinaire dans notre coffre. Dans le projet en cours, cette fibre sert un peu comme une colle entre les différentes fibres (bois dur, bois mou résineux) utilisées », explique Stéphane Renou, président et chef de la direction de FPInnovations, qui est tout de même discret sur « la recette » développée par les chercheurs.

Le conseiller municipal avait effectué cette sortie dans le contexte de la Commission parlementaire du projet de loi 50 sur le renouvellement du bail de la rivière Shipshaw.

« Dans un sprint de recherche appliquée de huit semaines, FPInnovations a rapidement terminé la première phase – avec le soutien financier de Ressources naturelles Canada – et a réussi à mettre au point un média filtrant cellulosique biodégradable. Le média filtrant cellulosique, soit la couche intermédiaire d’un masque à trois couches, est fabriqué à partir de fibres de bois durables et il convient aux masques à usage unique destinés au public. Les masques personnels jetables actuellement utilisés sont fabriqués à partir de plastiques à base de pétrole », précise le communiqué.

Le filtre en question est la première des trois couches de tissu qui composent le masque. Stéphane Renou explique que l’objectif est de pouvoir produire sur une machine à papier traditionnel les trois couches devant composer le masque. Ce qui signifie que le Canada pourrait être à l’abri des fournisseurs étrangers si l’on tient compte de la capacité d’une machine à papier.

« Une fois que vous avez produit le filtre et les deux couches, il reste à assembler le masque. On serait en mesure de fournir tout le Canada pour toujours avec un masque biodégradable avec une grande capacité d’exportation. »

FPInnovation travaille déjà avec une entreprise de la Mauricie pour la fabrication des masques. La PME peut déjà utiliser la première couche qui est en fait le filtre. Le niveau d’efficacité est déjà de 60 % de capacité de filtration et l’objectif des chercheurs est d’atteindre l’efficacité du masque de procédure chirurgicale. L’atteinte de ce niveau d’efficacité ouvrirait la porte pour tout le secteur de la filtration de l’air en général.

« Nous avons travaillé sur les masques à la demande du gouvernement canadien puisqu’il s’agit d’un produit important. Mais nous voulons aussi ouvrir les travaux pour des projets sur l’ensemble des équipements de protection individuels, incluant les blouses jetables produites avec des fibres synthétiques. Certes, il y a des enjeux de coûts sur lesquels nous devons travailler, mais il y a des gains environnementaux. Nous voulons travailler sur tous les produits sanitaires », reprend le patron de FPInnovations.

De façon générale, le spécialiste des procédés de fabrication croit que nous sommes au début d’un nouveau cycle industriel qui offre de très grandes possibilités pour la fibre cellulosique et les autres fibres végétales. Le Canada est aujourd’hui dans le groupe de tête des pays qui travaillent à développer la filière avec le Japon, la Chine, le Brésil et les pays scandinaves.

« Le Canada a déjà été en avance. Nous avons ralenti un certain temps et aujourd’hui, nous sommes revenus dans le peloton de tête. Le Québec a de son côté deux grands avantages pour la fibre cellulosique, puisque nous contrôlons notre hydroélectricité (10 000 KWH la tonne), et nous avons de la matière ligneuse bien exploitée », ajoute le président.

FPInnovation n’entend pas encadrer les brevets. L’organisme de recherche souhaite que les résultats de ses travaux soient mis à contribution pour trouver des solutions à des problèmes comme c’est le cas avec le masque sanitaire. L’organisme de recherche a aussi des partenariats avec le milieu universitaire. Stéphane Renou indique qu’il y a en ce moment un manque de chercheurs pour couvrir ce vaste domaine.

L’avenir est donc prometteur pour la fibre cellulosique. La recherche appliquée est d’une grande importance, selon Stéphane Renou, puisque l’objectif est de remplacer la fibre à base de pétrole par une fibre naturelle biodégradable qui offre les mêmes caractéristiques de solidité. « C’était pratique et facile d’avoir recours aux fibres synthétiques. Comme ça l’est pour des jaquettes jetables fabriquées avec des fibres à base de pétrole. »

« Il n’y a pas une journée où on ne voit pas une nouvelle application pour la fibre cellulosique et les produits de cellulose. Le travail que nous faisons chez FPInnovations permet au secteur forestier canadien de produire des solutions sécuritaires, locales et écologiques pour les Canadiens. Les innovations élaborées dans le domaine des fibres cellulosiques permettent d’accéder à de nouveaux marchés. C’est une preuve supplémentaire que l’industrie forestière peut offrir beaucoup plus que ce que les gens réalisent », a conclu le président et chef de la direction.