La présidente du Syndicat des travailleuses des centres de la petite enfance, Nathalie Duperré, a manifesté en compagnie du vice-président régional de la FSSS-CSN, Gaston Langevin (à droite), et du président du Conseil central CSN, Engelbert Cottenoir (à gauche).

Un conflit inutile, déplore le syndicat

Le Syndicat des travailleuses des centres de la petite enfance et des bureaux coordonnateurs de la région affilié à la FSSS-CSN soutient que le conflit qui a éclaté au cours des dernières heures dans 24 garderies est inutile puisque les demandes syndicales n’ont aucune incidence monétaire.

Les 500 travailleuses des services de garde vont monter les piquets de grève, au cours des prochaines heures, devant chacun des centres paralysés par le conflit. La présidente du syndicat, Nathalie Duperré, n’a pas été surprise par la stratégie patronale annoncée la semaine dernière.

« Les employeurs ont donné la consigne de passer les restes et de mettre au congélateur la nourriture. La décision était prise avant que l’employeur se présente à la table de négociation vendredi. Ils n’ont déposé aucun texte pour avancer dans les discussions », reprend la présidente du syndicat qui en profite pour lancer un appel aux parents qui siègent sur les conseils d’administration des centres de la petite enfance.

« Ce n’est pas vrai que les parents n’ont pas de pouvoir. Les conseils d’administration peuvent donner des directives aux négociateurs. Nous réitérons que les demandes que nous faisons, selon nos calculs, n’auront aucun impact sur les finances des centres. Comment se fait-il que nous soyons parvenus à régler avec l’autre regroupement qui comprend cinq centres avec les mêmes demandes ? », questionne la présidente.

Le litige repose sur deux dispositions de la convention collective. Les travailleuses exigent la possibilité de fragmenter une semaine de vacances en cinq journées de congé qu’elles peuvent prendre de façon séparée. La seconde demande consiste à créer une banque de congés pour les employés de la liste de rappel à partir du temps accumulé.

« Contrairement à ce qu’avance l’employeur, nous ne demandons pas de vacances de plus. C’est catégoriquement faux. Les vacances sont déjà payées par l’employeur ainsi que le temps accumulé pour les employés de la liste de rappel. L’employeur doit déjà cet argent aux travailleuses. »

Selon la présidente du syndicat, les demandes que l’employeur refuse de reconnaître dans la prochaine convention collective sont connues depuis longtemps. Au moins 50 % des centres en conflit appliquent de façon discrétionnaire ces deux dispositions dans la gestion quotidienne des garderies. La mobilisation est à son comble dans les centres puisque plus de 50 % des membres du syndicat sont des employés à statut précaire. Il n’est pas rare de trouver une éducatrice qui a 15 à 20 ans d’ancienneté. Ces éducatrices souhaitent avoir plus de facilité pour gérer les congés. Les demandes syndicales auraient aussi pour effet de faciliter la gestion de la période estivale alors que les éducatrices permanentes souhaitent prendre des vacances.

Les dirigeants syndicaux n’ont reçu aucune convocation des employeurs pour retourner à la table. Elles lancent donc un appel aux parents qui ont le pouvoir d’intervenir pour forcer les employeurs à reprendre les négociations.

« La stratégie des employeurs est de nous demander de faire des compromis sur les compromis que nous avons faits avec l’autre groupe de centres de la petite enfance avec qui nous avons conclu une entente », a conclu Nathalie Duperré. 

UNE «CAMPAGNE DE DÉSINFORMATION»

L’Association patronale des CPE du Saguenay-Lac-Saint-Jean dénonce « la campagne de désinformation » menée par le syndicat FSSS-CSN qui représente les 500 éducatrices des services de garde en grève générale illimitée depuis hier matin.

Selon l’association, cette campagne est menée pour mobiliser les membres du syndicat ainsi que les parents qui doivent depuis lundi trouver des solutions pour garder les enfants. L’association patronale évoque l’ajout de deux sujets à la négociation pour expliquer l’échec des discussions.

« Les deux derniers sujets qui empêchent la conclusion d’une convention collective sont de nouvelles demandes présentées par le syndicat qui ne figuraient pas dans l’ancienne convention collective. Rien de ce qui reste sur la table ne touche donc les acquis des travailleuses. Le syndicat veut imposer aux employeurs de nouvelles façons de moduler les vacances et permettre aux travailleuses remplaçantes de prendre des congés payés », stipule le communiqué émis quelques minutes après le point de presse du syndicat.

Le regroupement des employeurs considère qu’il est impossible en ce moment d’accéder aux demandes syndicales en raison de la situation de l’emploi dans la région. Le communiqué fait état des conditions de travail avantageuses pour les travailleuses des garderies.

« Dans le contexte actuel de l’emploi, ce n’est pas envisageable. La qualité du service aux parents en souffrirait grandement. Les travailleuses en CPE de la région bénéficient déjà d’excellentes conditions de travail avec la semaine de quatre jours. À cela s’ajoutent plusieurs semaines de vacances et de journées de congé fériées, mobiles, personnelles et pour obligations familiales », reprend le communiqué.

Jointe à son bureau d’Alma, la présidente de l’association, Aline Vaillancourt, a insisté pour ne pas commenter la situation. Elle juge que le conflit a été déclaré par le syndicat et ne souhaite pas négocier sur la place publique.

Elle a refusé de commenter les allégations du vice-président de la FSSS-CSN à l’effet que la source du conflit était le négociateur patronal, Me Sylvain Bouchard de Gauthier Bédard. 

Selon Gaston Langevin, le procureur patronal n’aurait pas apprécié que celui retenu par quatre autres garderies de la région, Me Mathieu Fournier de la firme Cain Lamarre, en arrive à une entente avec les syndicats pour tracer le cadre du règlement dans la région.

« Je ne commenterai pas cette affirmation. Nous ne voulons pas nous lancer dans des attaques personnelles comme c’est le cas avec cette affirmation », a insisté Mme Vaillancourt qui n’a pas voulu dévoiler la nature du contrat qui lie chacune des garderies au groupe. Une clause de pénalité en cas de rupture d’entente avant la conclusion d’une convention collective serait désavantageuse pour les garderies qui voudraient quitter l’association, selon l’interprétation syndicale.

« La partie syndicale refuse de discuter. Elle veut imposer aux 24 employeurs ce qu’elle a négocié chez les quatre autres. Aucun aménagement n’est envisageable. C’est ce texte, point final. Aucune discussion possible », mentionne le communiqué de la partie patronale.

Les directions des garderies avancent qu’elles auraient préféré la poursuite des négociations de façon à préserver le climat dans les centres. Aujourd’hui, l’association constate que le syndicat a choisi la confrontation.

« Nous aurions pu éviter tout cela en trouvant des compromis, mais le syndicat n’en souhaite malheureusement pas », a conclu l’association dans son communiqué.