David Dufour, directeur exécutif-Régions, et Jean Rainville, président-directeur général de Métaux BlackRock, ont répondu aux questions du public au cours de la première journée d’audiences du BAPE.

Sous le signe de l’économie

Les enjeux à caractère économique plutôt qu’environnemental ont fait l’objet de questionnements du public, mardi soir, à l’occasion de la première soirée de consultation portant sur le projet d’usine de transformation de concentré de fer par Métaux BlackRock (MBR) dans le cadre de l’enquête du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) qui se tenait à l’Hôtel La Saguenéenne.

Pour l’occasion, la grande salle de l’hôtel était remplie presqu’à pleine capacité de gens intéressés par le projet de 1,1 milliard $ qui consiste en l’ouverture d’un nouveau site industriel dans le secteur du port de Grande-Anse. La nouvelle usine qui y sera implantée produira 500 000 tonnes de fonte brute, 5200 tonnes de ferrovanadium et 135 000 tonnes de scories de titane par année.

Les audiences sont présidées par Michel Germain, géomorphologue de formation, qui a participé depuis ses débuts à 33 commissions d’enquête du BAPE, dont 24 à titre de président. Il a été commissaire pour le projet de mine de fer du lac Bloom et président de la commission sur le Programme de stabilisation des berges du lac Saint-Jean 2017-2026, comme le commissaire Pierre Renaud présent à ses côtés.

Après les présentations usuelles, Jean Rainville, président-directeur général de Métaux BlackRock, et son équipe ont souligné que les principaux enjeux du projet sont liés à l’approvisionnement en eau de procédé de l’usine, au transport maritime ainsi qu’au transport terrestre du minerai à partir de la nouvelle mine qui sera ouverte à Chibougamau.

Mécontentement 
Avant même que la période de questions du public ne soit ouverte, la mairesse de Chibougamau, Manon Cyr, accompagnée de conseillers municipaux, est intervenue lors de la présentation des requêtes pour faire connaître un certain vent de mécontentement au sein de la population de sa ville.

Alors qu’elle est directement concernée par le projet, la population de Chibougamau s’est fait annoncer d’importants changements par le promoteur en matière de transport, d’impacts sur l’environnement et de création d’emplois, rendant le projet problématique pour sa ville, a-t-elle déclaré.

Selon elle, il est important que le scénario retenu par le promoteur soit optimal en matière d’environnement et d’émission de gaz à effet de serre, de préservation des infrastructures publiques, de circulation, de sécurité des usagers de la route et de valorisation d’infrastructures existantes, ce qui n’est pas le cas. Mme Cyr s’interroge sur la rigueur et le respect de MBR et ses pratiques de gestion et de relations avec les communautés.

Lors de la période de questions, MBR a mentionné que le projet a évolué puisqu’au départ, il était question d’extraire un volume de trois millions de tonnes de minerai, un modèle qui s’est avéré non rentable sur une base économique, a expliqué M. Rainville. Ce dernier a expliqué qu’en contrepartie, la vie utile de la mine serait multipliée par trois.

La question du mode de transport a également fait l’objet de plusieurs discussions. Trois scénarios demeurent à l’étude, soit le transport par train, qui serait préféré, mais qui demeure problématique entre Chibougamau et Grande-Anse, puisque trois compagnies sont impliquées, soit le CN, Rio Tinto et Port-Saguenay qui possède la desserte.

Selon David Dufour, directeur de MBR, Rio Tinto se montre ouverte à l’utilisation de ses rails, mais ne peut assurer que le service sera disponible à long terme compte tenu des projets d’expansion pour ses alumineries régionales.

Le président Germain a mentionné que le BAPE entendait poser des questions sur cet enjeu majeur qui aura des impacts sur les émissions de gaz à effet de serre (GES).

Un intervenant a interrogé le promoteur au sujet de l’impact sur le projet des mesures tarifaires mises en place par le président Donald Trump sur l’importation de l’acier. Selon Jean Rainville, aucun financier new-yorkais n’a démontré d’inquiétude à ce sujet. « Nous avons pris la décision de commencer à déployer une force de vente du côté européen. On a des appuis et des intérêts en Europe. On signera prochainement une entente pour vendre 50 % de nos produits en Europe. »

Projet morcelé
Avant le début des audiences, un regroupement formé de quatre organismes environnementaux (Conseil régional de l’Environnement et du développement durable, ZIP Saguenay-Charlevoix, Eurëko et Organisme de bassin versant du Saguenay) a tenu un point de presse pour informer le public sur le danger de morcellement du projet. Selon le regroupement, le transport du minerai, les matières résiduelles générées, les émissions de GES, les infrastructures d’alimentation en eau de l’usine et le transport par voie navigable devraient faire l’objet d’une analyse globale afin de permettre à la population de bien comprendre les impacts réels de l’implantation de cette future usine.

Les travaux du BAPE se poursuivent mercredi à 13 h avec la présentation d’Hydro-Québec pour la construction d’une nouvelle ligne de transport d’énergie de 15 kilomètres et d’Énergir (Gaz Métropolitain) pour l’alimentation en gaz naturel de la future usine.