La directrice générale de la Scierie Lac-Saint-Jean, Manon Simard, considère que l’entreprise a maintenant repris son rythme de croisière après la crise de l’industrie du bois d’oeuvre et deux incendies.

Scierie Lac-Saint-Jean: 10 M $ investis

Une crise du bois d’oeuvre sans précédent et deux incendies n’ont pas réussi à freiner la Scierie Lac-Saint-Jean, qui complétera au cours des prochains mois un programme d’investissements de près de 10 M $ avec, en perspective, l’ajout d’une faction à l’usine de sciage de Métabetchouan-Lac-à-la-Croix.

Manon Simard, directrice générale du groupe industriel composé de Jean-Guy Simard & fils (transport et matériel roulant), de la Scierie Lac-Saint-Jean (sciage), et de Bois Lac-Saint-Jean (séchage et préparation du bois), admet que le plan de développement adopté il y a huit ans a fait face à des contretemps majeurs. Mais l’entreprise est enfin prête à traverser une nouvelle crise, lance-t-elle avec un certain sourire.

« On a acheté une ligne pour les petites billes qui a été entreposée en attendant la fin de la crise. On a acheté les équipements de séchage et de préparation (planage) d’Hébertville en 2016. Ils étaient en mauvais état. Aujourd’hui, notre ligne de petites billes est en production, et l’usine d’Hébertville l’est également. Quand vous faites un investissement, il y a toujours un risque. On a en ce moment de bons prix pour le bois d’oeuvre, mais les copeaux ont diminué », rappelle la directrice générale de l’entreprise.

L’acquisition du moulin de préparation d’Hébertville a permis à l’entreprise de rapporter dans la région une partie de ses opérations. « On devait envoyer le bois brut dans deux ou trois endroits à Québec pour la préparation finale (planage). En rapportant les opérations ici, nous avons créé 25 emplois et nous conservons une activité économique. »

Système de classement
Les investissements réalisés à Hébertville permettent au groupe d’augmenter la valeur de sa production à partir du même volume d’un bois. Il s’agit du système de classement informatisé qui évalue la résistance du bois à partir du système de vibration le plus performant de l’industrie. Le bois est ainsi réparti entre les différents marchés. Celui qui affiche la plus haute résistance est vendu pour le bois de structure et les fermes de toit.

« Quand nous devons composer avec un marché où les prix sont plus bas, le système de classement permet d’obtenir le meilleur prix pour la production. Ça aide dans ces situations. Comme nous sommes dans un marché cyclique, c’est important », note Mme Simard.

Le complexe de finition du bois d’Hébertville a une capacité de 45 millions de PMP (pied mesure de planche). L’entreprise transforme en ce moment 35 millions de PMP et compte bien offrir à d’éventuels scieurs la préparation de leur bois en attendant le démarrage d’un second quart de travail à la scierie.

L’usine de Métabetchouan-Lac-à-la-Croix transforme 195 000 mètres cubes de bois avec une garantie d’approvisionnement de 160 000 mètres cubes et des achats de 35 000 mètres cubes par le système de vente du Bureau de mise en marché des bois.

« Nous avons la capacité de production pour aller de l’avant. Ça prend toutefois une bonne planification puisque nous devons avoir le personnel et aussi des volumes de bois pour être en mesure d’approvisionner ce second quart de production », reprend Manon Simard, qui souligne que ce projet fait partie du plan stratégique de l’entreprise depuis plusieurs années.

En plus de compter sur le précieux savoir-faire familial avec son frère Claude, qui assume la vice-présidence et tout le volet mécanique des installations, ainsi que son père Jean Guy qui a fondé la scierie en 1980, Manon Simard a jugé pertinent de conclure des partenariats avec la Scierie Martel d’Alma pour toute la gestion des plans de coupe et de l’approvisionnement forestier. Elle est aussi associée à la Scierie Girard de Shipshaw pour la vente du bois par l’entremise de la filiale Bois du Fjord.

L’entreprise n’a pas de problème de main-d’oeuvre pour le moment. La directrice générale compte sur une automation des opérations pour contrer la pénurie. Et comme elle le répète souvent, « on va trouver des solutions quand nous allons en avoir [des problèmes de main-d’oeuvre] ».

L’autre principe du groupe industriel est de travailler avec des fournisseurs régionaux à moins qu’il s’agisse d’une technologie qui n’est pas disponible dans la région. Manon Simard cite l’exemple de la firme ASP de Métabetchouan-Lac-à-la-Croix spécialisée dans l’automation. « C’est toute une belle entreprise », souligne-t-elle.

« J’aime aussi ça quand je suis sur la route, que je passe à côté d’une quincaillerie et que je vois dans les cours des paquets de bois qui proviennent de nos scieries, enchaîne Manon Simard. J’ai un sentiment de fierté. »

SÈchoir et scierie Lac-St-Jean Manon Simard dg

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LE NERF DE LA GUERRE

La stabilité des approvisionnements forestiers est au coeur des préoccupations des propriétaires d’entreprises qui n’ont d’autre choix que d’investir dans les nouveaux équipements pour demeurer concurrentiels.

Les institutions financières évaluent deux éléments importants quand ils reçoivent les projets des entreprises. Ils analysent la qualité de la gestion et la stabilité des approvisionnements.

«Tu peux avoir les meilleurs équipements et la meilleure gestion, si tu n’as pas les approvisionnements, ça ne sert à rien», résume la directrice générale de la Scierie Lac-Saint-Jean, Manon Simard.

Le gouvernement du Québec accorde, selon la Loi sur les forêts, des garanties d’approvisionnement de cinq ans. Manon Simard affirme qu’une formule de 10 ans de garanties faciliterait la planification à long terme. Malgré la situation actuelle, elle mentionne que tout le volet des aires protégées et de la protection du caribou forestier constitue un enjeu avec en prime Richard Desjardins qui reprend le débat sur la foresterie.

«C’est certain que ça fait partie de nos préoccupations. On sait que la Scierie Girard va devoir faire des opérations dans nos zones en raison des contraintes dans le secteur nord. C’est un joueur de plus sur le terrain. Si nous devons subir une baisse de la possibilité forestière, ce sont toutes les entreprises qui vont devoir l’assumer», estime la directrice générale.

Le gouvernement du Québec est sur le point d’amputer des dizaines de milliers de kilomètres carrés de forêt boréale à la coupe forestière pour respecter les engagements de protéger 17 % du territoire. Ces mesures vont faire fondre la possibilité forestière et ainsi diminuer les approvisionnements. Le sujet n’a pas été abordé en campagne électorale et Manon Simard considère que ce silence démontre que pour la majorité, l’industrie forestière n’existe pas alors qu’elle est toujours un pilier de l’économie québécoise avec 62 000 emplois, loin devant les mines et l’aluminium.

Dans la région, l’industrie doit composer avec une autre problématique dans la gestion des approvisionnements. Le gouvernement a accordé des approvisionnements temporaires à des organisations qui ne font aucune transformation. Cette situation devait être temporaire et est devenue permanente.

«Ceux qui ont des usines ont des besoins en approvisionnement. Les personnes qui travaillent pour récolter ces 125 000 mètres cubes conserveraient leur emploi puisqu’il faudrait récolter les arbres», a conclu Manon Simard.