La Scierie Girard va investir une autre tranche de 800 000 $ pour améliorer le moulin de préparation du bois qui sera doté d’un système informatique de traçabilité de la production.

Safari industriel à la Scierie Girard de Shipshaw

La Scierie Girard de Shipshaw est parvenue, en l’espace de moins de deux ans, à adapter avec succès la nouvelle technologie de sciage finlandaise HewSaw aux particularités des approvisionnements de la forêt boréale québécoise, tout en conservant les marchés spécialisés qu’elle développe depuis plusieurs années.

La société HewSaw ne pouvait trouver un meilleur endroit pour une visite industrielle organisée pour une vingtaine de représentants d’entreprises de sciage de Suède, de Finlande, de Pologne, de Russie et de Lituanie. Ce genre de safari industriel a pour objectif de présenter la technologie dans un environnement complètement différent de la réalité d’Europe du Nord.

Le représentant canadien du fabricant finlandais, Roch Fournier, a fait preuve de beaucoup de diplomatie quand on lui a demandé de comparer les performances de l’usine de Shipshaw avec les autres clients de l’entreprise. « Ils ont été parmi les meilleurs pour adapter les équipements en fonction de ce qu’ils produisent », se contente-t-il de dire.

Il reste que HewSaw a tout de même eu recours à la Scierie Girard pour mener une expérience, au cours des derniers mois. Un transformateur de bouleau de la Gaspésie a exigé la réalisation de tests de sciage avant de faire l’acquisition de la technologie. Il a donc transporté à Shipshaw des camions de bouleau de sa région pour réaliser l’expérience.

L’un des propriétaires de la Scierie Girard, Jean-Pierre Girard, estime que les équipements finlandais ont permis d’améliorer grandement les performances de l’entreprise avec les modifications apportées par les employés de la scierie.

« On avait des tiges de qualité de bois de poêle pour faire l’expérience et on a quand même réussi à scier avec un certain succès du bouleau », raconte le directeur de l’usine, Frédéric Girard.

La nouvelle ligne de sciage HewSaw a subi certaines modifications maison depuis son installation.

Les visiteurs ont pris plusieurs photos et bien observé les employés affectés au fonctionnement des équipements. Les modifications en question comprennent l’ouverture des parois d’acier remplacées par des fenêtres de plastique afin de permettre aux techniciens de bien voir l’intérieur de la machine avec des caméras dans les endroits inaccessibles.

Il serait surprenant que HewSaw retienne ces modifications puisque l’entreprise livre des équipements avec des contraintes de sécurité très élevées. Selon Roch Fournier, l’entreprise peut effectuer ses propres modifications puisqu’elle a la responsabilité de ses systèmes de sécurité.

Après la scierie, l’entreprise va améliorer son moulin de préparation du bois avec un système de traçabilité de la production.

Performance impressionnante

Les propriétaires de la scierie avaient des résultats impressionnants à offrir aux visiteurs au chapitre des performances des nouveaux équipements. Selon Benoît Girard, l’un des propriétaires de l’entreprise, qui supervise tout ce qui concerne la transformation, des gains ont été réalisés au chapitre de la productivité en plus d’offrir une qualité supérieure pour le produit fini.

Benoît Girard indique que l’ancienne ligne de sciage – toujours en fonction – permettait de transformer jusqu’à 7000 billes par jour quand les équipements étaient au rendement maximum. La nouvelle ligne HewSaw atteint aujourd’hui des sommets de production avec le traitement de plus ou moins 13 000 billes sur une base quotidienne.

En plus de la cadence, qui se traduit par des gains de productivité, la nouvelle technologie permet une meilleure utilisation de la fibre et une réduction des copeaux et des autres sous-produits. La valeur ajoutée a une grande importance dans l’industrie.

Le ratio de transformation est ainsi passé de cinq mètres cubes à 3,5 mètres cubes de bois pour la production de 1000 PMP. À la fin de l’année, le même volume de bois a fourni beaucoup plus de produits à valeur ajoutée.

Les améliorations apportées au moulin de préparation du bois de la Scierie Girard permettront de mécaniser une dernière étape de production et d’implanter un système de traçabilité de la production.

Scanner la bille

Le principe de base de la nouvelle ligne de sciage se résume dans le scannage de chaque bille, laquelle est ensuite placée de façon à pouvoir scier d’un seul trait plusieurs madriers et planches pour obtenir la valeur maximale de la tige. Le tout se réalise en quelques secondes.

Il s’agit de la technique Scan-n-set (scannage de la bille et positionnement). Ce système est conçu par l’entreprise québécoise Prologic de la Beauce et est relié à la ligne de sciage finlandaise. C’est comme si le cerveau de la ligne de sciage était beauceron et le corps scandinave.

Ce projet de modernisation a nécessité des investissements de l’ordre de 7,5 M $ pour la ligne de sciage. Il sera complété par un nouveau système de classement du bois et de traçabilité de 800 000 $ ajouté au moulin de préparation du bois (planeur), afin d’automatiser complètement les manoeuvres.

La direction de la Scierie Girard planche sur une dernière phase majeure de transformation de l’usine, mais préfère attendre d’avoir réglé tous les détails avant d’en faire l’annonce.

Les visiteurs européens ont multiplié les prises de photos dans les installations de la Scierie Girard de Shisphaw, qui est dotée de la dernière technologie de sciage finlandaise HewSaw.

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DES FORÊTS PAS SI DIFFÉRENTES

Les particularités de la foresterie québécoise ont soulevé l’intérêt des industriels européens de passage à Shipshaw dans le cadre d’un safari industriel, puisque les paramètres des approvisionnements influencent grandement le choix des technologies de transformation.

Les Scandinaves, pour des raisons historiques, ont mis en place une industrie forestière qui repose à plus ou moins 90 % sur des forêts privées. Ils ont développé une foresterie intensive qui permet de produire de la matière ligneuse à partir de grandes plantations.

« Quand ils voient une abatteuse qui travaille dans une forêt vierge, ils sursautent et ont un premier jugement critique. Aujourd’hui, ils comprennent un peu mieux la différence entre notre foresterie et ce qu’ils font. On peut dire que chacun a des points forts, mais ça s’est grandement amélioré au Québec », explique François Grégoire, de l’entreprise Prologic, qui travaille depuis maintenant 25 ans en collaboration avec la société HewSaw.

Les questions sur la foresterie portaient sur la propriété des forêts, la façon dont le reboisement est effectué et les obligations en matière de plantation. Le Québec a choisi le principe du maintien de la biodiversité dans les forêts publiques avec le reboisement d’approximativement 25 % des superficies récoltées.

:Le directeur des opérations de la Scierie Girard, Frédéric Girard, a supervisé les différentes étapes d’optimisation de la technologie finlandaise afin de l’adapter aux approvisionnements forestiers de l’entreprise.

Les visiteurs ont aussi appris que les entreprises forestières devaient suivre la planification de l’État qui s’échelonne sur trois ans, avec la responsabilité de l’aménagement des routes.

Il est intéressant de savoir que nonobstant le type de foresterie, le coût de l’approvisionnement forestier est sensiblement le même au Québec que dans les pays scandinaves pour le mètre cube de bois rond livré dans la cour de l’usine. Il se situe entre 70 et 80 $.

Selon le représentant canadien de HewSaw, Roch Fournier, il y a des différences pour chaque item budgétaire, mais le prix global se ressemble beaucoup d’un pays à l’autre : « À titre d’exemple, le salaire est plus bas en Finlande, mais les protections sociales sont plus importantes. »

Les visiteurs ont traversé la Réserve faunique des Laurentides pour visiter la région et ont pu observer les vastes paysages forestiers. Ils auront une bonne idée des forêts publiques et de leur étendue puisqu’ils prenaient la route en direction de Chibougamau après Shipshaw, avec une halte dans les usines de Chantiers Chibougamau avant de se diriger vers l’Abitibi. 

Roch Fournier a expliqué que les coûts de la fibre livrée dans la cour de l’usine sont sensiblement les mêmes au Québec et en Finlande.