Sébastien Morasse est d’avis que l’épreuve du rappel massif de production a permis de faire grandir l’équipe.

Riverbend: d’un pub à une usine

L’équipe de la Microbrasserie Riverbend a fait face à son premier défi bien avant de mettre en canette sa première bière en 2015. Aujourd’hui, avec le recul, ce premier changement de plan a permis d’éviter bien des casse-têtes.

« Dès le début, le premier projet, c’était d’avoir un Broue Pub. On s’était lancé dans le projet avec plein de gens très enthousiastes d’embarquer avec nous », témoigne l’un des fondateurs de la Microbrasserie Riverbend, Sébastien Morasse.

L’an dernier, la microbrasserie Riverbend a dû effectuer le rappel du quart de sa productions annuelle.

Les démarches étaient grandement avancées alors que le plan d’affaires était sur la table, le montage financier attaché et plusieurs locaux almatois avaient même été visités. « Un groupe d’investisseurs a pris la décision de se retirer du projet vu l’apparence d’un conflit d’intérêts relié à leur emploi. Après, ç’a fait un effet boule de neige. On a ensuite perdu un ami qui s’est retiré devant l’incertitude de devenir entrepreneur », explique M. Morasse.

Devant ces défis, les fondateurs ont dû se rendre à l’évidence, ils ne pouvaient louer le local convoité qui fut repris par une autre microbrasserie. Sébastien Morasse ne s’en cache pas, ce fut une période de néant pour les initiateurs du projet qui voyaient celui-ci se découdre devant eux.

C’est le frère de Sébastien Morasse, Jean-Philippe, qui a fait la suggestion d’orienter le projet vers une usine de bière. L’idée avait certainement du sens, puisque Jean-Philippe a joint le groupe à la tête du projet qui est devenu aujourd’hui une microbrasserie qui distribue ses produits dans plus de 400 points de vente à travers la province.

Avec le recul, le changement de cap fut bénéfique pour l’équipe de Riverbend qui s’est évité un lot de problèmes de gestion. « On a découvert beaucoup d’avantages suite à ça. Avec l’usine, c’est beaucoup moins d’employés à gérer que si on avait un pub. La restauration, c’est un autre domaine. Avec l’usine, on a une qualité de vie familiale. Dès 17h, on peut mettre la clé sur la porte et ne revenir que le lendemain », fait-il valoir.

Sébastien Morasse et les autres partenaires du projet Riverbend ont dû revoir leur plan bien avant de mettre en canette de la première bière.

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UN RAPPEL DU QUART DE LA PRODUCTION QUI A ENCORE DES IMPACTS 

La microbrasserie almatoise Riverbend a vécu son plus grand défi, il y a un peu plus d’un an, alors que des bières «surgazées», qui risquaient même d’exploser, se sont retrouvées sur les tablettes de commerçants. L’entreprise a été dans l’obligation de rappeler l’équivalent du quart de sa production annuelle. Et comme un malheur n’arrive jamais seul, le rappel massif de produits a eu lieu dans la période la plus achalandée de l’année pour l’entreprise.

Sébastien Morasse explique qu’une deuxième levure s’est invitée dans le processus de production. Celle-ci a causé une augmentation de dioxyde de carbone (CO2) dans les bières. 

« C’est quelque chose qu’on a décidé d’assumer et d’annoncer publiquement. On a pris nos torts et on a choisi de ne pas se mettre la tête dans le sable », raconte celui qui est également le directeur de la production. 

M. Morasse explique que tous les clients de la microbrasserie ont obtenu un crédit pour les produits et comme il l’affirme, aucun d’entre eux n’a subi de pertes financières. « Audrey (directrice générale et cofondatrice de Riverbend) a fait un travail extraordinaire de ce côté. Elle a permis, malgré l’ampleur du rappel, de conserver la réputation qu’on avait et la confiance des clients et des détaillants », souligne-t-il. 

Même si la tempête est traversée, les conséquences de ce rappel suivront l’entreprise jusqu’à deux ans après les événements. 

Malgré ce défi majeur, Sébastien Morasse souligne le support qu’il a ressenti de ses pairs, qui n’ont pas hésité à le contacter pour lui offrir du support et de l’aide. C’est notamment le cas de l’équipe de la Voie Maltée qui a même offert de brasser de la bière pour Riverbend. Les détaillants et les clients se sont également montrés plus que compréhensifs.

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APPRENDRE PENDANT ET APRÈS LA TEMPÊTE

Force est d’admettre qu’une fois la poussière retombée, des effets positifs se dégagent de ce qui, à première vue, semblait quasi insurmontable. 

« Devant une problématique, il en ressort une courbe d’apprentissage qui est extraordinaire. On se dit: ‘‘On ne veut pas revivre ça’’ », met de l’avant Sébastien Morasse. 

Celui-ci souligne les nombreux apprentissages faits et la quantité d’informations assimilées, alors que l’équipe cherchait les causes du problème et mettait en place des mécanismes et des méthodes de travail évitant de revivre cette mésaventure. « Tout le monde a grandi dans ça. L’équipe au complet a fait un pas vers l’avant », ajoute-t-il. 

Celui-ci se remémore une réflexion qu’il avait eue, à l’époque dans son garage. Face à l’épreuve, il cherchait une explication à celle-ci. « Je ne pouvais croire que tout cela nous arrivait alors qu’on avait une personne dédiée au contrôle de la qualité et qu’on était certifiés du Programme qualité de l’AMBQ. J’ai fini par me dire que c’est comme quelqu’un qui prend soin de lui toute sa vie et qui tombe malade jeune », image-t-il. Il a finalement cessé de chercher à comprendre et s’est contenté de penser qu’il avait pigé le «mauvais ticket», cette fois.